{"id":677,"date":"2009-07-28T08:54:54","date_gmt":"2009-07-28T07:54:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/?p=677"},"modified":"2010-12-23T06:17:34","modified_gmt":"2010-12-23T05:17:34","slug":"the-reader-part-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/retellings\/the-reader-part-1.html","title":{"rendered":"The reader (part 1)"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-684\" title=\"the-reader-winslet-kross\" src=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/the-reader-winslet-kross-282x300.jpg\" alt=\"the-reader-winslet-kross\" width=\"231\" height=\"245\" srcset=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/the-reader-winslet-kross-282x300.jpg 282w, https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/the-reader-winslet-kross.jpg 377w\" sizes=\"(max-width: 231px) 100vw, 231px\" \/><strong>Un film, un livre : deux narrations diff\u00e9rentes qui posent la question du texte virtuel et de la position du lecteur.<\/strong><\/p>\n<p>Le film est bouleversant, en grande partie gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;interpr\u00e9tation de  Kate Winslett. Mais qu&#8217;est-ce qui peut bien me motiver \u00e0 lire le livre imm\u00e9diatement apr\u00e8s l&#8217;avoir vu ? Si l&#8217;on en croit Jerome Bruner dans &#8220;Actual minds, possible worlds&#8221; (Harvard University Press), un livre ne vaut pas par le texte qui le constitue mais par le texte virtuel que le lecteur y substitue, texte virtuel n\u00e9 de sa capacit\u00e9 \u00e0 &#8220;combler les trous&#8221; de la narration avec ses propres r\u00e9f\u00e9rences narratives.<\/p>\n<p>Je me permets de traduire un long extrait de son propos que je trouve lumineux (p. 36-37) : &#8220;lorsque les lecteurs lisent, lorsqu&#8217;ils commencent \u00e0 produire leur propre texte virtuel, c&#8217;est comme s&#8217;ils s&#8217;embarquaient pour un voyage sans carte, et pourtant, ils poss\u00e8dent un stock de cartes et par ailleurs, ils savent des tas de choses sur les voyages et sur les cartes. Leurs premi\u00e8res impressions des nouveaux territoires qu&#8217;ils d\u00e9couvrent sont forg\u00e9es par les voyages qu&#8217;ils ont d\u00e9j\u00e0 effectu\u00e9s. Au fil du temps, le nouveau voyage acquiert sa propre r\u00e9alit\u00e9, bien que l&#8217;essentiel de sa forme initiale ait \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9e au pass\u00e9 (du lecteur). <!--more-->Le texte virtuel devient une histoire en elle-m\u00eame, son \u00e9tranget\u00e9 se d\u00e9finissant par contraste avec le sens que le lecteur donne \u00e0 l&#8217;ordinaire. Le paysage de la fiction doit finalement acqu\u00e9rir sa propre r\u00e9alit\u00e9 &#8211; l&#8217;\u00e9tape ontologique. C&#8217;est alors que le lecteur se pose la question cruciale : mais de quoi s&#8217;agit-il r\u00e9ellement ?  Ce &#8220;il&#8221; ne fait pas r\u00e9f\u00e9rence au texte r\u00e9el (quelle que soit sa puissance litt\u00e9raire) mais au texte que le lecteur a produit sous son influence. Et c&#8217;est pourquoi le texte r\u00e9el a besoin de la subjectivit\u00e9 qui permet au lecteur de cr\u00e9er son propre monde. Comme Barthes, je crois que le principal cadeau d&#8217;un grand auteur \u00e0 un lecteur est de lui permettre de devenir lui m\u00eame un auteur&#8221;.<\/p>\n<p><strong>Cet extrait, dont on excusera la longueur, renvoie \u00e0 la question <\/strong>soulev\u00e9e par le phiolologue et psychiatre Ricardo Ramos, de l&#8217;Universit\u00e9 de Barcelone, lors d&#8217;un atelier \u00e0 Brighton dont j&#8217;ai omis de rendre compte ici bien que j&#8217;en aie eu le projet : <span style=\"text-decoration: underline;\">quelle est notre intention lorsque, ayant lu un livre que nous avons appr\u00e9ci\u00e9, nous allons voir le film qui en est tir\u00e9<\/span> (ou le contraire ?) Nous connaissons l&#8217;intrigue, les personnages, les p\u00e9rip\u00e9ties, et la fa\u00e7on dont \u00e7a se termine. Alors pourquoi y allons nous ? D&#8217;apr\u00e8s Ricardo Ramos, pour savoir comment ces p\u00e9rip\u00e9ties que nous connaissons d\u00e9j\u00e0 vont \u00eatre rendues : nous nous int\u00e9ressons uniquement \u00e0 la forme. Et Ramos dit que c&#8217;est exactement la posture du th\u00e9rapeute narratif : connaissant d\u00e9j\u00e0 la fin de l&#8217;histoire racont\u00e9e par le client, puisqu&#8217;elle se situe dans le pass\u00e9 du client et de la s\u00e9ance,  il focalise son attention sur la fa\u00e7on dont l&#8217;intrigue et les p\u00e9rip\u00e9ties sont racont\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Ramos ajoute que l&#8217;enjeu d&#8217;une th\u00e9rapie narrative est de transformer une trag\u00e9die en roman. <\/strong>Pour donner sens \u00e0 son histoire, le client forge un r\u00e9cit dont la forme est emprunt\u00e9e \u00e0 l&#8217;une des grandes formes traditionnelles de r\u00e9cit disponibles telles que trag\u00e9die, farce, roman, chronique, etc. Le travail th\u00e9rapeutique, selon Ramos, vise donc \u00e0  transformer une trag\u00e9die (les personnages n&#8217;ont aucune influence sur le destin et \u00e7a se termine mal) en roman (la chronique des efforts des personnages pour influer sur leur histoire). Mais il y a autre chose de tr\u00e8s int\u00e9ressant, sp\u00e9cifique \u00e0 ce film, \u00e0 ce livre, et \u00e0 mon contexte culturel,  qui m&#8217;est apparu en discutant avec Rob Hall et son \u00e9pouse&#8230;<\/p>\n<p><em>(\u00e0 suivre)<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un film, un livre : deux narrations diff\u00e9rentes qui posent la question du texte virtuel et de la position du lecteur. Le film est bouleversant, en grande partie gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;interpr\u00e9tation de Kate Winslett. Mais qu&#8217;est-ce qui peut bien me motiver \u00e0 lire le livre imm\u00e9diatement apr\u00e8s l&#8217;avoir vu ? 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