{"id":5472,"date":"2016-10-30T09:06:02","date_gmt":"2016-10-30T08:06:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/?p=5472"},"modified":"2016-11-04T07:46:45","modified_gmt":"2016-11-04T06:46:45","slug":"des-questions-qui-sauvent-des-vies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/carnets-de-route\/des-questions-qui-sauvent-des-vies.html","title":{"rendered":"Des questions qui sauvent des vies"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>Par Pierre Blanc-Sahnoun<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Beaucoup de th\u00e9rapies autorisent que l\u2019on \u00e9crive sur les personnes qui elles, en revanche, n\u2019ont pas tellement le droit de changer le texte qui parle d\u2019elles. &#8220;Contribuer au d\u00e9veloppement d\u2019une histoire riche est l\u2019acte le plus th\u00e9rapeutique qui soit&#8221;, nous a dit David Epston lors de sa master class d&#8217;octobre dernier.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelle est la diff\u00e9rence entre une histoire riche et une histoire pauvre ? Comment certaines histoires s\u2019y prennent-elles pour r\u00e9tr\u00e9cir les autres et \u00e0 l\u2019issue d\u2019une sorte de duel, conqu\u00e9rir notre loyaut\u00e9 ? Dans un proc\u00e8s, ce sont les jur\u00e9s, ou le juge, qui en dernier ressort, d\u00e9cident au nom de la communaut\u00e9, de la &#8220;vraie histoire&#8221;. Comment contrer l\u2019histoire de l\u2019accusation ? Parce que c\u2019est ce que nous, praticien.ne.s narratif.ve.s, faisons tout le temps. Comment vous y prendriez vous, en tant qu\u2019avocat.e.s pour contester la version du procureur et la description identitaire de l\u2019accus\u00e9 comme un &#8220;criminel&#8221; ? Pour \u00e9tablir que la personne n\u2019a pas pu faire cela parce que \u00e7a ne correspond pas \u00e0 son personnage ? Il y a beaucoup \u00e0 apprendre de ces avocats marrons qui arrivent \u00e0 faire acquitter des gens dont tout le monde sait qu\u2019ils sont coupables. Ils arrivent \u00e0 faire &#8220;raisonnablement douter&#8221; le jury. Le doute raisonnable : un d\u00e9but d\u2019enrichissement de l\u2019histoire du client, d\u00e9j\u00e0 l\u2019esquisse d\u2019une plaidoirie. Notre m\u00e9tier est d\u2019influencer le verdict. David dit : &#8220;Nous aidons nos clients \u00e0 devenir de meilleurs \u00e9crivains. Pour cela, il faut d\u00e9j\u00e0 le devenir nous-m\u00eames. Donc savoir manier ce qui fait une bonne histoire : le myst\u00e8re, l\u2019intrigue, les rebondissements. (Citant Michael White) Engager l\u2019int\u00e9r\u00eat, puis la curiosit\u00e9, puis la fascination pour leur propre vie. Dire que si quelqu\u2019un est digne de respect, c\u2019est qu\u2019il poss\u00e8de des valeurs auxquelles nous devons le respect.&#8221;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ecouter une histoire, c\u2018est une position plus ou moins r\u00e9ceptive et passive dans laquelle l\u2019interviewer attend pour absorber l\u2019information mais ne fait pas grand chose pour fa\u00e7onner la forme. L\u2019histoire, quelle qu\u2019elle soit, reste la m\u00eame et est re-racont\u00e9e de plus en plus souvent sous une forme identique. En revanche, \u00e9couter pour une histoire est une position beaucoup plus engag\u00e9e et avec beaucoup plus de discernement dans laquelle l\u2019\u00e9coutant va inlassablement chercher l\u2019histoire, m\u00eame si elle est \u00e0 l\u2019ombre d\u2019une histoire de probl\u00e8me. C\u2019est en quelque sorte du &#8220;co-racontage&#8221;. N\u00e9anmoins, l\u2019histoire \u00e9merge si l\u2019interviewer.euse a su venir \u00e0 sa rencontre avec des questions et une posture ad\u00e9quates. David encore : &#8220;Nous habitons le royaume du pas-encore-racont\u00e9. Le questionnement relie les \u00e9v\u00e9nements dans un th\u00e8me et donne \u00e0 l\u2019histoire une qualit\u00e9 esth\u00e9tique qui la rend int\u00e9ressante. &#8220;Ecouter pour&#8221; nous fait porter le regard vers la substance, le contenu, la forme, l\u2019intensit\u00e9, le rythme, le symbolisme, les m\u00e9taphores, les ombres et les lumi\u00e8res&#8221;. Il y a, selon lui, toute une vari\u00e9t\u00e9 de personnages que peut faire l\u2019interviewer dans sa fa\u00e7on d\u2019\u00e9couter et d\u2019interviewer : &#8220;il voyage parfois comme un berger, parfois comme un passager&#8221;. Le personnage du client ou de la cliente, en ce qui le concerne, est \u00e0 la recherche d\u2019une histoire pour abandonner son fant\u00f4me ; pas une &#8220;historiette&#8221; mais l\u2019une de ces histoires o\u00f9 la vie et la mort sont engag\u00e9es. L\u2019enjeu : devenir un &#8220;personnage rond&#8221; (= plein de possibilit\u00e9s in\u00e9dites) au lieu d\u2019un personnage plat (= limit\u00e9 \u00e0 une courte description, \u00e0 une ligne de force identitaire monolithique et pr\u00e9visible ferm\u00e9e \u00e0 toute possibilit\u00e9 de changement).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais comment les contre-histoires s\u2019y prennent-elles pour subvertir les histoires dominantes ? si le ou la th\u00e9rapeute, ou coach, est critique litt\u00e9raire, script doctor ou monteur.se de cin\u00e9ma, que faut-il savoir pour cr\u00e9er des contre-histoires vraiment efficaces ? Comment revenir inlassablement \u00e0 la source des pratiques narratives, la m\u00e9taphore (g\u00e9niale) de la vie comme texte afin de soigner les histoires pour gu\u00e9rir les personnes ? Telles \u00e9taient les questions abord\u00e9es au cours de cette tr\u00e8s passionnante master class d\u2019octobre 2016. Mais au centre, la notion de la th\u00e9rapie et du coaching comme travail avant tout litt\u00e9raire. Notre scalpel : les questions po\u00e9tiques. Des questions que l\u2019on voit sauver des vies, devant nos yeux, dans les vid\u00e9os pr\u00e9sent\u00e9es par David. &#8220;Poser des questions po\u00e9tiques est une chose que l\u2019on n\u2019enseigne pas \u00e0 l\u2019\u00e9cole&#8221;, regrette ce dernier. C\u2019est aussi le danger des cartes narratives appliqu\u00e9es de fa\u00e7on trop r\u00e9p\u00e9titive. R\u00e9duire la narrative aux cartes, c\u2019est r\u00e9duire le jazz au solf\u00e8ge. &#8220;Une question po\u00e9tique doit faire pleurer l\u2019auditeur, et ces larmes viennent de la beaut\u00e9. Une fa\u00e7on d\u2019\u00e9valuer une question pour moi est : est-ce que c\u2019est beau ?&#8221;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceci nous incite \u00e0 passer, dans notre pratique, de l\u2019application des cartes narratives de Michael White \u00e0 la cr\u00e9ation permanente de nos propres cartes, \u00e0 chaque nouvelle question que nous pro-posons \u00e0 nos client.e.s. Et \u00e0 travailler encore et toujours notre capacit\u00e9 d\u2019\u00e9merveillement en parall\u00e8le avec notre comp\u00e9tence de fabricant.e.s de questions. &#8220;Que penseriez vous d\u2019un chirurgien qui n\u2019aiguise jamais son scalpel ? conclut David. Est-ce que vous lui confieriez votre vie ?&#8221;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Pierre Blanc-Sahnoun Beaucoup de th\u00e9rapies autorisent que l\u2019on \u00e9crive sur les personnes qui elles, en revanche, n\u2019ont pas tellement le droit de changer le texte qui parle d\u2019elles. &#8220;Contribuer au d\u00e9veloppement d\u2019une histoire riche est l\u2019acte le plus th\u00e9rapeutique qui soit&#8221;, nous a dit David Epston lors de sa master class d&#8217;octobre dernier. 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