{"id":5196,"date":"2016-07-10T11:09:56","date_gmt":"2016-07-10T10:09:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/?p=5196"},"modified":"2016-07-14T12:13:02","modified_gmt":"2016-07-14T11:13:02","slug":"le-desir-de-mourir-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/carnets-de-route\/le-desir-de-mourir-3.html","title":{"rendered":"Le d\u00e9sir de mourir (3)"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>Titre original : \u00ab\u00a0Responding to people seeking asylum \u2013 Poh Lin Lee (3)\u00a0\u00bb<\/strong><\/em><\/p>\n<p>En direct de la <a href=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/event\/4eme-conference-europeenne-des-pratiques-narratives-et-travail-social-barcelone\">4\u00e8me Conf\u00e9rence Europ\u00e9enne des Pratiques Narratives et Travail Social.<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce troisi\u00e8me article m&#8217;est inspir\u00e9 par un entretien rapport\u00e9 par Poh Lin Lee, avec une jeune femme du centre australien de d\u00e9tention de r\u00e9fugi\u00e9s Christmas Island. J&#8217;assume la traduction d\u00e9licate, et parcellaire, des extraits et des questions partag\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour m\u00e9moire, ces personnes r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es en mer, sont d\u00e9tenues sur un \u00eelot et ont pour seul avenir soit l&#8217;expulsion en direction de leur pays d&#8217;origine, soit une d\u00e9tention illimit\u00e9e sur un \u00eelot isol\u00e9, soit, beaucoup plus rarement, l&#8217;obtention d&#8217;un visa leur donnant acc\u00e8s au continent australien, mais sans le droit de travailler ni d&#8217;\u00e9tudier. Ces survivants ne re\u00e7oivent aucune information ou notification du sort qui leur est r\u00e9serv\u00e9.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La th\u00e9rapie, un acte politique<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que dire, que faire face \u00e0 une femme qui dit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&#8220;J&#8217;ai tenu durant toute la travers\u00e9e en pensant que je le faisais pour un futur meilleur. Quand nous avons \u00e9t\u00e9 recueillis en mer, on nous a donn\u00e9 un gilet de sauvetage et une bouteille d&#8217;eau. Je n&#8217;ai pas \u00e9t\u00e9 battue, ou malmen\u00e9e. J&#8217;ai cru pouvoir me sentir en s\u00e9curit\u00e9. Mais aujourd&#8217;hui, je ne peux plus continuer \u00e0 supporter un traitement aussi inhumain. Qu&#8217;est-ce que cela leur fait, que je sois vivante ou morte ?&#8221; ?<\/em><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9sir de mourir, comme seule option de refuser la violation de mes droits humains fondamentaux<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 une personne qui exprime le d\u00e9sir de mourir, la r\u00e9ponse institutionnelle consiste \u00e0 vouloir &#8220;lui sauver la vie&#8221;. Mais dans ce cas, nous retirons \u00e0 la personne la moindre parcelle d&#8217;autonomie et de choix, concernant sa seule possession : elle-m\u00eame !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Poh Line Lee exprime son souhait profond de ne pas reproduire, dans ses questions et sa posture d&#8217;accompagnement, cela m\u00eame qui est \u00e0 l&#8217;\u0153uvre dans la situation que vit cette jeune femme : la prise de pouvoir absolu du syst\u00e8me sur sa capacit\u00e9 \u00e0 exprimer une volont\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle se centre alors sur l&#8217;ici et maintenant, et cherche, par une s\u00e9rie de questions, \u00e0 co-construire avec elle une fa\u00e7on acceptable d&#8217;aborder le probl\u00e8me&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces questions acceptent de plonger dans la peur, le d\u00e9sespoir avec le souci de comprendre, sans chercher \u00e0 minimiser, \u00e0 solutionner.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">&#8220;Que vivez-vous ici de nouveau qui rendent les choses insupportables ?&#8221;<\/h3>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>&#8220;Je ne peux plus continuer comme \u00e7a &#8216;&#8221;<\/em><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>&#8220;Qu&#8217;entendez-vous par comme \u00e7a ?&#8221;<\/em><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>&#8220;Un traitement aussi inhumain&#8230;&#8221;<\/em><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>&#8220;Permettez-moi de v\u00e9rifier (si je comprends bien)&#8230; Est-il possible que vous ayez d\u00e9j\u00e0 connu des traitements inhumains ?&#8221;<\/em><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>&#8220;Toute ma vie&#8230;&#8221;<\/em><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>&#8220;Vous avez le sentiment aujourd&#8217;hui de ne plus pouvoir le supporter. Que trouvez-vous ici aujourd&#8217;hui de diff\u00e9rent, qui rend la situation insupportable ?&#8221;<\/em><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>&#8220;Lorsque nous avons \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s en mer, on nous a donn\u00e9 \u00e0 bord un gilet de sauvetage, et une bouteille d&#8217;eau. Je n&#8217;ai pas \u00e9t\u00e9 battue ou malmen\u00e9e. J&#8217;ai cru pouvoir enfin me sentir en s\u00e9curit\u00e9. (NDLR\u00a0:\u00a0mais les conditions de d\u00e9tention, le manque d&#8217;information, confinent les personnes dans une situation aussi terrifiante que la dictature qu&#8217;ils ont cherch\u00e9 \u00e0 fuir) (&#8230;)&#8221;<\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">En creusant cette piste du sentiment de s\u00e9curit\u00e9 ressenti en arrivant, Poh Line Lee, tire le fil d&#8217;un absent mais implicite :<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">Je suis une personne digne de respect.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Je suis une personne qui a de la valeur, et m\u00e9rite d&#8217;\u00eatre en s\u00e9curit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par cette plong\u00e9e dans le d\u00e9sir exprim\u00e9 d&#8217;en finir avec cette situation, Poh Line Lee permet \u00e0 la personne de donner un sens \u00e0 sa d\u00e9tresse. Elle ouvre, par le regard port\u00e9 par la jeune femme sur ses conditions de d\u00e9tention, un espace d&#8217;analyse politique.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Relation en conditions extr\u00eames<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que nous apprennent l&#8217;urgence et la tension qui signent ces rencontres (qui peuvent \u00eatre interrompues \u00e0 tout moment par une expulsion ou un transfert ?).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Poh Lin Lee partage quelques r\u00e8gles fondamentales \u00e9thiques qui l&#8217;ont aid\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">Commencer par restaurer le sens que chacun peut donner \u00e0 son existence<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Chercher \u00e0 vivre \u00e0 chaque instant une situation de confiance, car un mot, une expression, peuvent g\u00e9n\u00e9rer brutalement de la m\u00e9fiance ; et chaque entretien peut \u00eatre le dernier<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">&#8220;Challenger&#8221; le pouvoir gr\u00e2ce \u00e0 la transparence<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Rechercher une relation de collaboration, de co-\u00e9laboration<\/li>\n<\/ul>\n<h3>Un lien avec d&#8217;autres lieux o\u00f9 l&#8217;on peut entendre le d\u00e9sir de mourir<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une derni\u00e8re r\u00e9flexion : la capacit\u00e9 illustr\u00e9e par Poh Lin Lee, d&#8217;accompagner la personne dans son d\u00e9sir d&#8217;en finir, me fait penser aux r\u00e9actions du clown d&#8217;improvisation, personnage hors des r\u00e8gles habituelles, qui en maison de retraite accepte de prendre en compte l&#8217;envie de mourir de la personne \u00e2g\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une amie clown, Ciccina Carvello, complice de longue date, s&#8217;est entendue r\u00e9pondre -en clown- \u00e0 une dame \u00e2g\u00e9e qui lui annon\u00e7ait son d\u00e9sir de mourir : &#8220;Bon. \u00c0 quelle heure ?&#8221;.\u00a0Et cette r\u00e9ponse a d\u00e9clench\u00e9 beaucoup d&#8217;int\u00e9r\u00eat chez la vieille dame, qui s&#8217;est occup\u00e9e avec&#8230; vivacit\u00e9 de choisir la robe qu&#8217;elle porterait, et ce qu&#8217;elle donnerait \u00e0 qui, le jour o\u00f9&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Th\u00e9rapie comme acte politique rejoint le &#8220;clown acteur social&#8221;, titre d&#8217;une formation tr\u00e8s connue du Bataclown.<\/p>\n<p><em><strong>Martine Compagnon, samedi\u00a09\u00a0juillet 2016<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em>P.S. : \u00a0Poh Lin m&#8217;a fait le plaisir d&#8217;ajouter le lien sur ce billet sur son site <a href=\"http:\/\/www.narrativeimaginings.com\/about.html\">Narrative Imaginings<\/a>.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Titre original : \u00ab\u00a0Responding to people seeking asylum \u2013 Poh Lin Lee (3)\u00a0\u00bb En direct de la 4\u00e8me Conf\u00e9rence Europ\u00e9enne des Pratiques Narratives et Travail Social. 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