{"id":478,"date":"2009-06-20T08:00:06","date_gmt":"2009-06-20T07:00:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/?p=478"},"modified":"2010-12-23T06:23:11","modified_gmt":"2010-12-23T05:23:11","slug":"le-bounty-ecole-de-management","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/resistances\/le-bounty-ecole-de-management.html","title":{"rendered":"Le Bounty, \u00e9cole de management"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-medium wp-image-481\" title=\"revoltes-du-bounty-p12\" src=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/revoltes-du-bounty-p12-300x184.jpg\" alt=\"revoltes-du-bounty-p12\" width=\"300\" height=\"184\" srcset=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/revoltes-du-bounty-p12-300x184.jpg 300w, https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/revoltes-du-bounty-p12.jpg 319w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><strong>La DRH d&#8217;un grand \u00e9tablissement hospitalier du Sud Ouest dit souvent que : &#8220;le DRH, c&#8217;est le dernier \u00e0 avoir les pieds mouill\u00e9s&#8221;.<\/strong><\/p>\n<p>Cette r\u00e9flexion se t\u00e9lescope avec la rediffusion r\u00e9cente des &#8220;r\u00e9volt\u00e9s du Bounty&#8221; qui nous offre une admirable r\u00e9flexion sur le management autour de l&#8217;histoire de Christian Fletcher, honn\u00eate homme et copilote du vaisseau \u00e9ponyme qui finit par se mouiller les pieds et le reste en prenant la t\u00eate d&#8217;une mutinerie contre le cruel Capitaine Blye. Plusieurs conceptions du management et plusieurs syst\u00e8mes de valeurs s&#8217;affrontent sur ce paradigme vivant de l&#8217;entreprise qu&#8217;est un grand trois-m\u00e2ts engag\u00e9 dans une mission vitale : rapporter pour son actionnaire des plants d&#8217;arbre \u00e0 pain qui lui serviront \u00e0 am\u00e9liorer ses profits en nourrissant \u00e0 bas prix les esclaves employ\u00e9s dans ses filiales, pardon, ses domaines.<\/p>\n<p><strong>Le Capitaine Blye est l&#8217;arch\u00e9type du dirigeant de filiale traditionnel,<\/strong> incarnant ce que l&#8217;on appelle le management par la terreur, un management o\u00f9 la peur est vue comme le principal driver des collaborateurs et o\u00f9 la mission (augmenter les profits de l&#8217;actionnaire) passe avant tout le reste. Ainsi, pour arroser les fameux plans d&#8217;arbre \u00e0 pain, l&#8217;eau est pr\u00e9lev\u00e9e sur les rations de l&#8217;\u00e9quipage qui meurt de soif. Le temps et la rapidit\u00e9 sont une obsession dans ce type de management, et aucune autre opinion que celle du Capitaine n&#8217;y est concevable.<br \/>\n<!--more--><br \/>\n<strong>Face \u00e0 ce personnage brutal <\/strong>(mais dont le sadisme assum\u00e9 et la violence permanente ne le disputent pas \u00e0 la violence molle  et au sadisme passif que l&#8217;on rencontre parfois aujourd&#8217;hui dans certaines entreprises), le personnage de Christian Fletcher incarne au contraire la tentative pour concilier, f\u00fbt-ce au prix d&#8217;un d\u00e9chirement des adducteurs, le sens de l&#8217;objectif et le respect des r\u00e8gles avec les valeurs humanistes et de respect de l&#8217;individu et de sa vie, des valeurs qui en derni\u00e8re analyse, se r\u00e9v\u00e8lent plus importantes que l&#8217;atteinte du d\u00e9livrable \u00e0 n&#8217;importe quel prix. Mais l&#8217;exp\u00e9rience autogestionnaire de Fletcher est une fiction romantique, il prendra le pouvoir \u00e0 la place de Blye exil\u00e9 sur une chaloupe, apr\u00e8s avoir nomm\u00e9 officiers ses principaux complices qui l&#8217;ont manipul\u00e9, et ne saura pas l&#8217;exercer.<\/p>\n<p><strong>En effet, et ce n&#8217;est pas le moindre int\u00e9r\u00eat des &#8220;r\u00e9volt\u00e9s du Bounty&#8221;, le film finit mal.<\/strong> Fletcher est pris au pi\u00e8ge de l&#8217;histoire dominante du management par la terreur. Proposant sa vision des choses \u00e0 son Comit\u00e9 de Direction (&#8220;il faut aller jusqu&#8217;au bout de nos valeurs, quitte \u00e0 ce qu&#8217;elles nous conduisent au bout d&#8217;une corde&#8221;), se montrant prisonnier de sa culture aristocratique au moins autant qu&#8217;auteur de son acte de r\u00e9volte, il sous-estime l&#8217;impact de sa suggestion qui provoque un passage \u00e0 l&#8217;acte imm\u00e9diat de ses lieutenants. Il sera pi\u00e9g\u00e9 par son obsession de sauver dans l&#8217;incendie du &#8220;Bounty&#8221; l&#8217;instrument de sa libert\u00e9 (son sextant&#8230; ahem, heureusement qu&#8217;on n&#8217;est pas chez les Lacaniens !) Ceci causera sa perte et surtout l&#8217;\u00e9chec d&#8217;un management participatif qui croit pouvoir se dispenser d&#8217;autorit\u00e9, de cadres et de contrats clairement \u00e9nonc\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Que se passe t-il apr\u00e8s la fin du film ? <\/strong>Une soci\u00e9t\u00e9 na\u00eet sur l&#8217;\u00eele des r\u00e9volt\u00e9s, une soci\u00e9t\u00e9 qui comme toutes les soci\u00e9t\u00e9s, commence par un meurtre et se rassemble sur le partage d&#8217;une histoire mythique li\u00e9e \u00e0 ce meurtre. Il y a fort \u00e0 parier que la capitale de l&#8217;\u00eele s&#8217;appellera Fletcher City et que les trois mauvais compagnons finiront pr\u00e9sidents.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La DRH d&#8217;un grand \u00e9tablissement hospitalier du Sud Ouest dit souvent que : &#8220;le DRH, c&#8217;est le dernier \u00e0 avoir les pieds mouill\u00e9s&#8221;. Cette r\u00e9flexion se t\u00e9lescope avec la rediffusion r\u00e9cente des &#8220;r\u00e9volt\u00e9s du Bounty&#8221; qui nous offre une admirable r\u00e9flexion sur le management autour de l&#8217;histoire de Christian Fletcher, honn\u00eate homme et copilote du &hellip; <a href=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/resistances\/le-bounty-ecole-de-management.html\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de <span class=\"screen-reader-text\">Le Bounty, \u00e9cole de management<\/span><\/span>&nbsp;<span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9,8],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/478"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=478"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/478\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1619,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/478\/revisions\/1619"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=478"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=478"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=478"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}