{"id":4533,"date":"2015-09-17T10:58:18","date_gmt":"2015-09-17T09:58:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/?p=4533"},"modified":"2015-09-17T10:58:38","modified_gmt":"2015-09-17T09:58:38","slug":"these-guys-are-great-arent-they","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/resistances\/these-guys-are-great-arent-they.html","title":{"rendered":"&#8220;THESE GUYS ARE GREAT, AREN&#8217;T THEY ?&#8221;"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-4529\" alt=\"Catherine_Mengelle_200x200\" src=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/Catherine_Mengelle_200x200-150x150.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/p>\n<p><em><strong>Par Catherine Mengelle<\/strong><\/em><\/p>\n<p><strong>Enfin (!) pourrait-on dire, des nouvelles de TC12 (le colloque &#8220;Therapeutic Conversations&#8221; de Vancouver en avril dernier) auquel notre envoy\u00e9e sp\u00e9ciale de la Fabrique Narrative a particip\u00e9, manifestement avec jubilation !<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai eu la chance et l\u2019honneur, apr\u00e8s cinq jours de road trip \u00e0 travers les grands espaces de la Colombie Britannique, d\u2019assister fin avril 2015 aux douzi\u00e8mes journ\u00e9es des \u00ab\u00a0Therapeutic Conversations\u00a0\u00bb (TC 12) organis\u00e9es par Stephen Madigan et tous ceux de la Vancouver School of Narrative Therapy, l\u00e0-bas \u00e0 Vancouver\u00a0!<\/p>\n<p>Trois jours d\u2019ateliers au choix, ouverts par le chant et la pri\u00e8re d\u2019un indien (on dit \u00ab\u00a0First Nations\u00a0\u00bb). Son grand-p\u00e8re lui a donn\u00e9 le nom de \u00ab\u00a0<b>Grand Guerrier<\/b>\u00a0\u00bb, ce qui am\u00e8ne un sourire doux sur ses l\u00e8vres. Un tr\u00e8s petit nombre d\u2019entre eux a surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019implantation des colons. Pillage des cimeti\u00e8res, caract\u00e9risation de race inf\u00e9rieure, ravages de la variole, violation des terres sacr\u00e9es d\u00e9sormais enfouies sous des couches de b\u00e9ton, de ponts autoroutiers, de gratte-ciels, de zones commerciales\u2026 des pans entiers de culture perdus, ceux qui d\u00e9tiennent les savoirs tr\u00e8s puissants ne les transmettant qu\u2019\u00e0 ceux capables de les porter \u00e0 leur tour. Et tellement sont morts sans avoir la possibilit\u00e9 de le faire. La question de la r\u00e9paration est tr\u00e8s pr\u00e9gnante \u00e0 Vancouver.<!--more--><\/p>\n<p>Longue introduction de la 1<sup>\u00e8re<\/sup> journ\u00e9e par <b>David Epston<\/b> qui rappelle que tout ne s\u2019est pas arr\u00eat\u00e9 avec la disparition de Michael, qui n\u2019avait nullement l\u2019intention avec \u00ab\u00a0Maps\u00a0\u00bb de figer sa pratique et comptait bien tout remettre \u00e0 z\u00e9ro avec David d\u00e8s l\u2019\u00e9t\u00e9 2008.<\/p>\n<p><b>1<sup>er<\/sup> atelier<\/b> avec <b>Kay Ingamells<\/b> dont David supervise par email les conversations qu\u2019elle lui retranscrit. Elle d\u00e9roule une carte heuristique qu\u2019elle a appel\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Mapping the Magic of David Epston\u00a0\u00bb (cartographier la magie de DE) et dont je ne donne ici qu\u2019un petit aper\u00e7u. Elle dit que les histoires sont \u00ab\u00a0round and deep\u00a0\u00bb (tout en rondeurs et en profondeurs) et qu\u2019il doit en \u00eatre de m\u00eame pour les questions\u00a0: les questions \u00ab\u00a0plates\u00a0\u00bb font des conversations qui tournent en rond, alors que les questions \u00ab\u00a0vallonn\u00e9es\u00a0\u00bb ouvrent de nouveaux paysages, laissent plus de libert\u00e9. Elle parle de la n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas se pr\u00e9cipiter, \u00ab\u00a0making haste slowly\u00a0\u00bb, aller vite lentement, de faire attention aux petits d\u00e9tails\u00a0: la magie na\u00eet de la lenteur et de l\u2019intimit\u00e9, ralentir invite \u00e0 la r\u00e9flexion et au r\u00e9cit. Elle rappelle que s\u2019excuser fait partie de notre pratique, lorsque nous allons trop vite, trop t\u00f4t, que nos questions sont trop compliqu\u00e9es, etc. Elle invite au respect et \u00e0 la courtoisie vis \u00e0 vis des personnes (mais pas des probl\u00e8mes\u00a0!) et incite \u00e0 poser des questions po\u00e9tiques, par exemple \u00e0 Elena, 14 ans, qui veut \u00eatre astrophysicienne plus tard\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qui fait, Elena, que tu regardes le ciel alors que tant de jeunes filles de ton \u00e2ge pr\u00e9f\u00e8rent se regarder dans la glace\u00a0?\u00a0\u00bb. Elle propose, apr\u00e8s la question qui permet d\u2019ouvrir le casting de la contre histoire, de tricoter les questions suivantes point par point, pour lui donner du corps\u00a0: il faut la tenir, la suivre. Elle utilise l\u2019expression \u00ab\u00a0leg up enquiries\u00a0\u00bb (questionnement courte-\u00e9chelle) pour d\u00e9crire comment enjamber le probl\u00e8me, comment racheter au probl\u00e8me les r\u00e9putations des gens. Elle sugg\u00e8re de droguer le probl\u00e8me plut\u00f4t que de chercher \u00e0 lui trouver une solution, de le d\u00e9loger en l\u2019enfumant (\u00ab\u00a0smoke out\u00a0\u00bb), de trouver des fa\u00e7ons d\u2019agir innovantes face \u00e0 lui.<\/p>\n<p><b>2<sup>\u00e8me<\/sup> atelier<\/b>\u00a0: \u00e9tude universitaire r\u00e9alis\u00e9e sur un groupe d\u2019\u00e9tudiants affect\u00e9s par un suicide dans leur entourage et accompagn\u00e9s de fa\u00e7on narrative pour sortir du silence, du tabou et de l\u2019isolement, et pour se souvenir des moments de vie plut\u00f4t que du moment de la mort. Le projet est supervis\u00e9 par <b>Lorraine Hedkte<\/b> et <b>John Winslade<\/b>, dont l\u2019approche narrative du deuil a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e lors d\u2019une masterclasse \u00e0 Bordeaux en 2012. Voir aussi l\u2019article renversant de Michael White\u00a0: \u00ab\u00a0Say Hullo Again\u00a0\u00bb (Dire bonjour \u00e0 nouveau), qui a boulevers\u00e9 le regard sur le deuil \u00ab\u00a0pathologique\u00a0\u00bb. Un des reproches faits \u00e0 la Th\u00e9rapie Narrative, c\u2019est de ne pas documenter ses r\u00e9sultats, de ne pas apporter la preuve du bien-fond\u00e9 de l\u2019approche. La documentation compl\u00e8te de l\u2019\u00e9tude sera donc accessible\u00a0; contactez directement les responsables du projet\u00a0: <b>Krystal Howard<\/b>, <a href=\"mailto:kjballew@yahoo.com\">kjballew@yahoo.com<\/a>, et <b>Caryn Kruse<\/b>, <a href=\"mailto:clkruse7@gmail.com\">clkruse7@gmail.com<\/a>.<\/p>\n<p><b>Marcela Polanco<\/b> ouvre la 2<sup>\u00e8me<\/sup> journ\u00e9e par un long discours tr\u00e8s politique et extr\u00eamement \u00e9mouvant sur la g\u00e9opolitique du savoir. Marcela est colombienne et travaille comme th\u00e9rapeute et enseignante aux \u00c9tats-Unis. Elle \u00e9voque avec les larmes aux yeux le discours d\u2019investiture de Harry Truman du 20 janvier 1949, o\u00f9 il invente la notion de sous-d\u00e9veloppement et se montre insultant vis \u00e0 vis des peuples comme le sien, les qualifiant d\u2019ignorants, de pauvres, de fragiles, de stagnants\u2026 Elle dit\u00a0: \u00ab\u00a0nous sommes beaucoup plus que ce que l\u2019on dit de nous\u00a0\u00bb. D\u2019apr\u00e8s elle, traduire n\u2019est pas le sujet\u00a0; traduire les id\u00e9es narratives revient \u00e0 participer \u00e0 la colonisation des pauvres par les riches. Elle pr\u00e9f\u00e8re rendre hommage au \u00ab\u00a0r\u00e9alisme magique\u00a0\u00bb de la litt\u00e9rature latino-am\u00e9ricaine du XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle (Gabriel Garcia Marquez), comme un savoir et une fa\u00e7on d\u2019\u00eatre et de vivre sp\u00e9cifiques \u00e0 son peuple.<\/p>\n<p><b>3<sup>\u00e8me<\/sup> atelier<\/b>\u00a0: <b>Linda Moxley<\/b>, th\u00e9rapeute canadienne, plonge dans ses archives et revient sur l\u2019enseignement de Michael de 1991 \u00e0 2007. On suit \u00e0 travers ses notes d\u2019atelier (1991, 1995, 1997, 2004 et 2007) l\u2019\u00e9volution de la pens\u00e9e et de la pratique de Michael et ses influences\u00a0: ni Foucault, ni Bruner, ni Myerhoff ne sont cit\u00e9s en 1991. L\u2019Approche Narrative\u00a0: un projet sans fin, disait-il.<br \/>\n<i>1991<\/i>\u00a0: Karl Tomm, th\u00e9rapeute familial et enseignant \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Calgary, invite Michael White en Am\u00e9rique du Nord pour un 1<sup>er<\/sup> atelier. Michael surprend les participants, peu habitu\u00e9s \u00e0 \u00e7a, par une intervention pleine d\u2019humour, de spontan\u00e9it\u00e9, d\u2019humilit\u00e9 et de d\u00e9tachement de soi. Il parle de la posture d\u00e9centr\u00e9e mais influente et invite d\u00e9j\u00e0 les praticiens \u00e0 consulter leurs clients (\u00ab\u00a0consulting your consultants\u00a0\u00bb) et \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 leurs propres savoirs. Il cite Bourdieu et invite \u00e0 \u00ab\u00a0exotiser le domestique\u00a0\u00bb. Est pr\u00e9sente l\u2019id\u00e9e que la vie est un projet identitaire, que l\u2019identit\u00e9 est une r\u00e9alisation sociale plus qu\u2019individuelle, et que les conclusions identitaires se construisent culturellement. En 1991, les id\u00e9es narratives sont essentiellement d\u00e9constructivistes. L\u2019externalisation est l\u00e0, avec l\u2019exemple c\u00e9l\u00e8bre de \u00ab\u00a0Sneaky Poo\u00a0\u00bb (Caca Sournois), l\u2019exception aussi (\u00ab\u00a0unique outcome\u00a0\u00bb, terme emprunt\u00e9 \u00e0 Erving Goffman) avec son autre histoire possible (celle de la r\u00e9sistance au probl\u00e8me), ainsi que la volont\u00e9 d\u2019une part d\u2019inscrire l\u2019autre histoire dans le temps, d\u2019autre part de lui recruter une audience\u00a0: \u00ab\u00a0Elizabeth, connais-tu quelqu&#8217;un qui ne serait pas du tout surpris de savoir que tu as \u00e9t\u00e9 capable de r\u00e9sister \u00e0 Tyrannie\u00a0?\u00a0\u00bb. Il est d\u00e9j\u00e0 int\u00e9ress\u00e9 par le pouvoir inspirant de la po\u00e9sie et il cite Gaston Bachelard et sa \u00ab\u00a0Po\u00e9tique de l\u2019espace\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0L\u2019image est avant la pens\u00e9e\u00a0\u00bb). Il explique finalement qu\u2019il faut commencer par r\u00e9\u00e9valuer le sentiment de soi et que les actes suivent d\u2019eux-m\u00eames.<\/p>\n<p><i>1995<\/i>\u00a0: Michael s\u2019int\u00e9resse aux syst\u00e8mes plus larges, au social, \u00e0 l\u2019injustice. Barbara Wingard, travailleuse sociale aborig\u00e8ne, a rejoint l\u2019\u00e9quipe du Dulwich Centre en 1994. Il fait \u00e9voluer les \u00e9quipes r\u00e9fl\u00e9chissantes en faveur de non professionnels (pas encore appel\u00e9s t\u00e9moins ext\u00e9rieurs) et en d\u00e9veloppant les quatre questions que nous connaissons\u00a0; il explique que dire \u00e0 une personne qu\u2019elle est merveilleuse est une \u00e9valuation positive mais n\u2019en reste pas moins un jugement d\u2019un int\u00e9r\u00eat th\u00e9rapeutique limit\u00e9\u00a0; il s\u2019agit de dire pourquoi on le pense et ce qui touche particuli\u00e8rement. Il \u00e9voque Martin Buber et son ouvrage \u00ab\u00a0Je et Tu\u00a0\u00bb, pr\u00e9fac\u00e9 par Gaston Bachelard, qui qualifie son auteur de philosophe de la rencontre et de la r\u00e9ciprocit\u00e9. Il reparle de l\u2019externalisation et dit que les conversations externalis\u00e9es sont des contre-pratiques face aux discours modernes internalisants. \u00c0 la m\u00e9taphore guerri\u00e8re de lutte contre les probl\u00e8mes, il pr\u00e9f\u00e8re celle de la protestation, de la r\u00e9sistance. Michel Foucault pointe son nez, notamment avec le traitement de l\u2019anorexie. Michael pr\u00e9sente \u00e9galement le processus en zigzag entre les paysages de l\u2019action et de la conscience (pas encore de l\u2019identit\u00e9). S\u2019int\u00e9ressant aux questions d\u2019\u00e9thique, il commence \u00e0 envisager la supervision comme un travail de re-authoring.<\/p>\n<p><i>1997<\/i>\u00a0: Il insiste sur l\u2019\u00e9thique. Il situe les pratiques narratives (il abandonne le terme \u00ab\u00a0th\u00e9rapie\u00a0\u00bb trop connot\u00e9) dans le mouvement post-structuraliste. Il utilise une nouvelle expression\u00a0: \u00ab\u00a0sparkling events\u00a0\u00bb (p\u00e9pites) et oppose les conclusions minces au d\u00e9veloppement de descriptions plus riches. Il pr\u00e9sente cette ann\u00e9e-l\u00e0 moins les philosophes que les gens du Dulwich Centre, mais il cite toutefois Einstein\u00a0: \u00ab\u00a0Les id\u00e9aux qui ont guid\u00e9 ma route et qui m&#8217;ont donn\u00e9 le courage d&#8217;affronter la vie jours apr\u00e8s jours avec bonne humeur ont \u00e9t\u00e9 la gentillesse, la beaut\u00e9 et la v\u00e9rit\u00e9. [\u2026] les biens, l&#8217;apparence, le succ\u00e8s, le luxe, ont toujours \u00e9t\u00e9 m\u00e9prisables \u00e0 mes yeux\u00a0\u00bb. Int\u00e9ress\u00e9 par la m\u00e9taphore du rite de passage, il a d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 partir des travaux de Barbara Meierhoff le concept du \u00ab\u00a0re-membering\u00a0\u00bb, qu\u2019il pr\u00e9sente au groupe cette ann\u00e9e-l\u00e0.<\/p>\n<p><i>2004<\/i>\u00a0: il aborde une toute nouvelle id\u00e9e, l\u2019absent mais implicite. Malheureusement, \u00e0 ce moment-l\u00e0 de l\u2019atelier, ma concentration se rel\u00e2che\u2026 J\u2019ai simplement not\u00e9 les \u00e9volutions terminologiques suivantes, \u00e9voqu\u00e9es entre 2004 et 2007\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Unique initiative\u00a0\u00bb (initiative unique) pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0unique outcome\u00a0\u00bb (r\u00e9sultat unique)\u2026 mais c\u2019est \u00ab\u00a0unique outcome\u00a0\u00bb qu\u2019il utilise dans Maps<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Narrative practices\u00a0\u00bb pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0narrative therapy\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Landscape of identity\u00a0\u00bb pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0landscape of consciousness\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0outsider witnesses\u00a0\u00bb (t\u00e9moins ext\u00e9rieurs) pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0reflecting team\u00a0\u00bb (\u00e9quipe r\u00e9fl\u00e9chissante)<\/p>\n<p>ainsi que l\u2019insistance sur l\u2019inversion de la hi\u00e9rarchie du savoir, pour accro\u00eetre l\u2019autorit\u00e9 de la personne\u00a0; il am\u00e8ne la notion de \u00ab\u00a0insider knowledge\u00a0\u00bb (les savoirs des gens eux-m\u00eames) par opposition \u00e0 \u00ab\u00a0outsider knowledge\u00a0\u00bb (le savoir des experts). C\u2019est aussi la p\u00e9riode o\u00f9 l\u2019\u00e9quipe d\u00e9veloppe de plus en plus le travail communautaire et les pratiques collectives.<\/p>\n<p><b>4<sup>\u00e8me<\/sup> atelier<\/b>\u00a0: mon pr\u00e9f\u00e9r\u00e9\u00a0! Le plus rafra\u00eechissant, novateur, joyeux, enthousiasmant. <b>Travis Heath<\/b> (jeune psychoth\u00e9rapeute am\u00e9ricain porteur de dreadlocks) et <b>Paulo Arroyo<\/b> (rappeur et \u00e9tudiant en psychologie) pr\u00e9sentent leur travail aupr\u00e8s de jeunes en difficult\u00e9, avec qui tout a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 tent\u00e9, \u00ab\u00a0perdus pour la th\u00e9rapie\u00a0\u00bb. \u00c7a se passe \u00e0 Denver, dans des quartiers o\u00f9 les jeunes (\u00ab\u00a0kids\u00a0\u00bb en hip hop) se tirent dessus et croisent la mort au quotidien. Ils ont les \u00e9couteurs viss\u00e9s sur les oreilles, ce qui rend \u00e9videmment le travail th\u00e9rapeutique classique difficile\u00a0! Travis a choisi de commencer sur leur terrain (\u00ab\u00a0start where they are\u00a0\u00bb), en leur demandant\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que tu \u00e9coutes comme musique\u00a0?\u00a0\u00bb. S\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 partir de l\u00e0 un accompagnement narratif bas\u00e9 sur les mots du rap et d\u00e9crit dans un article publi\u00e9 dans \u00ab\u00a0the International Journal of Narrative Therapy and Community Work, 2014, n\u00b0 3\u00a0: Hip Hop Music and Narrative Therapy\u00a0\u00bb, que je suis en train de traduire. Leur d\u00e9marche est politique\u00a0: elle donne une voix \u00e0 ceux que personne n\u2019\u00e9coute jamais. Leurs conversations ne visent pas au respect des lois mais posent la question\u00a0: que faites-vous de diff\u00e9rent\u00a0? (\u00ab\u00a0What are you doing differently\u00a0?\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>C\u2019est <b>Nina Tejs-J\u00f8rring<\/b> qui introduit avec vivacit\u00e9 et humour la 3<sup>\u00e8me<\/sup> journ\u00e9e. Psychiatre, elle dirige un centre de sant\u00e9 mentale pour enfants et adolescents au Danemark et a David Epston comme mentor depuis tr\u00e8s longtemps. Avec son aide, elle a initi\u00e9 dans ses \u00e9quipes un syst\u00e8me d\u2019envoi syst\u00e9matique d\u2019emails aux familles apr\u00e8s les s\u00e9ances, sous la forme de notes m\u00e9dicales r\u00e9dig\u00e9es autour de la question suivante\u00a0: qu\u2019avons-nous particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9 chez cette famille\u00a0? Cette initiative a boulevers\u00e9 le regard que les \u00e9quipes m\u00e9dicales posent sur les familles apr\u00e8s les s\u00e9ances, auparavant souvent n\u00e9gatif et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. Les familles ont t\u00e9moign\u00e9 \u00e0 quel point elles trouvaient agr\u00e9able l\u2019id\u00e9e que les \u00e9quipes parlent d\u2019elles de cette fa\u00e7on apr\u00e8s leur d\u00e9part.<\/p>\n<p><b>5<sup>\u00e8me<\/sup> atelier<\/b>\u00a0: <b>Stephen Madigan<\/b> (Canada) et <b>David Nylund<\/b> (USA) d\u00e9roulent en \u00ab\u00a0live\u00a0\u00bb leur art du questionnement th\u00e9rapeutique, le \u00ab\u00a0Discovery Learning\u00a0\u00bb, fond\u00e9 entre autres sur\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la double \u00e9coute (celle qui entend les activit\u00e9s du probl\u00e8me mais aussi les efforts de r\u00e9sistance de la personne)<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 l\u2019anti-individualisme (l\u2019anorexie n\u2019est pas le probl\u00e8me d\u2019une famille ou d\u2019une personne, c\u2019est un probl\u00e8me qui touche tout le monde\u2026 simplement certains font mieux que les autres),<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 le post-structuralisme (ils ne s\u2019int\u00e9ressent pas \u00e0 la coh\u00e9rence, \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, \u00e0 l\u2019unification, mais au contraire aux d\u00e9calages, aux fissures, au c\u00f4t\u00e9 multi-histoires de la vie des gens),<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 et le constructionnisme social (les id\u00e9es se construisent au sein d\u2019une culture).<\/p>\n<p>Leur processus\u00a0: Stephen interviewe un\/une participant-e, puis David supervise Stephen devant la personne, \u00e0 qui il fait \u00e9galement un re-telling sous forme de lettre lue \u00e0 haute voix, puis ils inversent leurs deux r\u00f4les avec un\/une autre volontaire. La question de d\u00e9part est\u00a0: \u00ab\u00a0Y a-t-il une situation particuli\u00e8rement difficile que tu es fier d\u2019avoir surmont\u00e9e dans ta vie\u00a0?\u00a0\u00bb. La carte de questionnement explore ensuite\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 les effets de cette situation dans la vie de la personne,<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 comment elle a fait pour leur r\u00e9sister et survivre (paysage de l\u2019action),<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 ce que cela dit de ce qui est important pour elle (paysage de l\u2019identit\u00e9),<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 ce que cela fait \u00e0 la personne de se reconnecter avec ces choses-l\u00e0, \u00a0ce que cela lui ouvre comme perspectives,<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 le choix d\u2019un nom pour l\u2019histoire identitaire alternative.<\/p>\n<p>Dans les lettres, ils reprennent les mots et le d\u00e9roul\u00e9 de la conversation, y ajoutent leur patte, leurs id\u00e9es, leurs questions, et disent comment ils ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s. C\u2019est du re-telling \u00ab\u00a0\u00e0 bosses\u00a0\u00bb, m\u00e2tin\u00e9 de t\u00e9moignage\u00a0! La lettre est lue \u00e0 la personne, elle est jou\u00e9e.<br \/>\nPour ma part, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s touch\u00e9e par l\u2019histoire de \u00ab\u00a0Gentle Wind\u00a0\u00bb plac\u00e9e b\u00e9b\u00e9 dans une famille o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 violemment maltrait\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle d\u00e9couvre jeune femme ses origines, gr\u00e2ce \u00e0 une th\u00e9rapie initi\u00e9e pour lutter contre l\u2019alcoolisme. Elle a alors compris d\u2019o\u00f9 lui venait cette connexion si intime avec la nature. Elle aurait aim\u00e9 s\u2019appeler Hurricane (Ouragan), mais sa communaut\u00e9 a choisi pour elle, elle l\u2019avait pressenti, \u00ab\u00a0Gentle Wind\u00a0\u00bb (Douce Brise\u00a0?). Elle qui avait perdu sa voix l\u2019a retrouv\u00e9e depuis et elle a entonn\u00e9 pour nous un \u00e9mouvant chant indien.<\/p>\n<p>J\u2019ai choisi le <b>6<sup>\u00e8me<\/sup> et dernier atelier<\/b> avec <b>Jill Freedman<\/b> pour deux raisons\u00a0: d\u2019abord parce qu\u2019elle vient \u00e0 Bordeaux en septembre 2015 pour notre prochaine masterclasse, ensuite parce qu\u2019elle y abordait la question des discours et de la d\u00e9construction. Ces discours qui sont invisibles mais qui semblent si r\u00e9els que les gens s\u2019y mesurent et s\u2019efforcent de r\u00e9pondre aux standards, aux normes, aux injonctions (\u00ab\u00a0should be\u2019s\u00a0\u00bb), et ont en permanence le sentiment d\u2019\u00e9chouer. Jill nous fait part de son exp\u00e9rience. Comme moi, elle est intellectuellement passionn\u00e9e par la d\u00e9construction des discours. Elle est de plus militante f\u00e9ministe. Cela l\u2019a conduite au d\u00e9but \u00e0 entra\u00eener trop vite ses clients dans une critique frontale et experte des discours. Or les discours cr\u00e9ent des espoirs. Ses clients se sont rebell\u00e9s (surtout les hommes\u00a0!) et ont refus\u00e9 de la suivre. Il ne faut pas sous-estimer les discours\u00a0! Elle donne l\u2019exemple de Michael White face \u00e0 un couple o\u00f9 le mari souhaite plus d\u2019intimit\u00e9 mais d\u00e9cide seul de tout. Plut\u00f4t que d\u00e9construire le syst\u00e8me patriarcal, Michael a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne pense pas que vous soyez \u00e0 l\u2019origine de ce mode de communication de couple\u00a0\u00bb, invitant ainsi gentiment l\u2019homme \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au contexte culturel de ses relations de couple, sans questionner le discours en direct. Jill enseigne qu\u2019il faut arriver \u00e0 d\u00e9construire, mais en restant aux c\u00f4t\u00e9s des gens, en marchant avec eux, sans confronter. Elle montre aussi que d\u00e9construire n\u2019est pas la panac\u00e9e\u00a0: un p\u00e8re, une m\u00e8re et leur fils de 16 ans, mutique, viennent la voir car le fils veut brusquement arr\u00eater le basket, sa passion. Jill entend des choses comme\u00a0: on n\u2019arr\u00eate pas ce que l\u2019on a commenc\u00e9, on ne prend pas des d\u00e9cisions impulsives, on doit \u00eatre loyal \u00e0 son \u00e9quipe, on ne part pas sur un coup de t\u00eate, dans la vie il faut avoir du caract\u00e8re, notre fils n\u2019est pas du genre \u00e0 abandonner, etc. Elle est tent\u00e9e de d\u00e9construire ces discours parentaux mais elle veut d\u2019abord obtenir le point de vue du fils. Quand il se d\u00e9cide \u00e0 parler, les parents d\u00e9couvrent que la d\u00e9cision de leur fils \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 motiv\u00e9e par le comportement raciste, et insupportable \u00e0 ses yeux, de ses co\u00e9quipiers vis \u00e0 vis d\u2019un nouveau joueur et qu\u2019il n\u2019avait pas souhait\u00e9 en parler, justement par loyaut\u00e9 pour l\u2019\u00e9quipe.<\/p>\n<p>Les TC12 se terminent par un hommage rendu par Stephen Madigan \u00e0 David Epston, \u00e0 l\u2019occasion de son anniversaire.<\/p>\n<p>Pour conclure, je voudrais d\u2019abord dire que je ne retranscris ici qu\u2019un infime pourcentage de ce que j\u2019ai entendu, pass\u00e9 par le filtre de ma subjectivit\u00e9 et de ma capacit\u00e9 de concentration et de compr\u00e9hension en anglais. Je le regrette profond\u00e9ment. Je n\u2019ai pour autre ambition qu\u2019un simple t\u00e9moignage, en mode narratif. Je regrette aussi d\u2019avoir beaucoup tard\u00e9 pour \u00e9crire ce compte-rendu\u00a0; j\u2019ai eu besoin du temps des vacances.<br \/>\nEnfin, j\u2019ai rencontr\u00e9 \u00e0 Vancouver des gens qui c\u00f4toient les pratiques narratives depuis maintenant longtemps et qui ont int\u00e9gr\u00e9 les id\u00e9es \u00e0 un haut niveau d\u2019expertise et d\u2019efficacit\u00e9. Pourtant, si je repense au discours incitatif de David Epston en introduction et que je veux \u00eatre honn\u00eate, j\u2019ai trouv\u00e9 \u00e0 Vancouver plus d\u2019hommages que d\u2019avanc\u00e9es r\u00e9elles. D\u2019ailleurs, si je n\u2019ai pas mal compris, il me semble que Linda Moxley et Andr\u00e9 Gr\u00e9goire, tous deux canadiens, travaillent sur l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0Re-curiositizing Narrative Practices\u00a0\u00bb. Les moments que j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, qui m\u2019ont le plus transport\u00e9e, ont finalement \u00e9t\u00e9 deux d\u00e9monstrations tr\u00e8s politiques, le discours de Marcela Polanco et l\u2019atelier Hip Hop de Travis et Paul, auquel j\u2019ai assist\u00e9, sans que nous nous soyons consult\u00e9s, avec Marcela et David, qui me donnait, ravi, des coups de coude dans les c\u00f4tes en me disant\u00a0: \u00ab\u00a0These guys are great, aren\u2019t they\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Catherine Mengelle Enfin (!) pourrait-on dire, des nouvelles de TC12 (le colloque &#8220;Therapeutic Conversations&#8221; de Vancouver en avril dernier) auquel notre envoy\u00e9e sp\u00e9ciale de la Fabrique Narrative a particip\u00e9, manifestement avec jubilation ! J\u2019ai eu la chance et l\u2019honneur, apr\u00e8s cinq jours de road trip \u00e0 travers les grands espaces de la Colombie Britannique, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/resistances\/these-guys-are-great-arent-they.html\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de <span class=\"screen-reader-text\">&#8220;THESE GUYS ARE GREAT, AREN&#8217;T THEY ?&#8221;<\/span><\/span>&nbsp;<span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[8],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4533"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4533"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4533\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4536,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4533\/revisions\/4536"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4533"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4533"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4533"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}