{"id":3763,"date":"2014-04-06T15:55:00","date_gmt":"2014-04-06T14:55:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/?p=3763"},"modified":"2014-04-06T15:55:17","modified_gmt":"2014-04-06T14:55:17","slug":"temps-et-recit-la-therapie-flaneuse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/retellings\/temps-et-recit-la-therapie-flaneuse.html","title":{"rendered":"TEMPS ET R\u00c9CIT : LA TH\u00c9RAPIE FL\u00c2NEUSE"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>Par <a href=\"http:\/\/superieur.deboeck.com\/auteurs\/121508\/serge-mori.html\" target=\"_blank\">Serge Mori<\/a>*<\/strong><\/em><\/p>\n<p><strong>Il existe une joie \u00e9l\u00e9mentaire de l\u2019univers humain, dont on assombrit l\u2019horizon chaque fois que l\u2019on pr\u00e9tend \u00eatre quelqu\u2019un ou l\u2019on sait quelque chose. <\/strong><\/p>\n<p>Quelques rares th\u00e9rapeutes l\u2019ont compris. Marginaux, ils concentrent leur effort vers un seul but\u00a0: peser le moins possible, n\u2019alourdir la th\u00e9rapie que d\u2019une tr\u00e8s fine, tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re ros\u00e9e. Ils creusent un ab\u00eeme entre un savoir lourd embaum\u00e9 dans les mots et les figures de style.\u00a0<span style=\"line-height: 1.5;\">Je qualifie ces rares th\u00e9rapeutes comme \u00e9tant exceptionnels, seuls aptes \u00e0 nous faire revenir \u00e0 un \u00e9tat d\u2019innocence primesauti\u00e8re\u00a0; ils s\u2019adressent \u00e0 nous d\u2019une r\u00e9gion de l\u2019\u00e2me qui n\u2019aurait pas connu le p\u00e9ch\u00e9 ni \u00e9prouv\u00e9 le mal dispers\u00e9 dans le monde des mots. Ils soignent comme on respire, comme on vit, au rythme des jours et des nuits, des joies et des chagrins, d\u2019une r\u00e9gion int\u00e9rieure bruissante de rires, de voix de femmes, d\u2019arbres odorif\u00e9rants, de toutes les choses simples et douces sorties de la main de l\u2019Homme.\u00a0<!--more--><\/span><\/p>\n<p>Ils \u00e9crivent leur enchantement du monde, qui suffit au n\u00f4tre, dans le plus simple appareil d\u2019une langue limpide, totalement offerte qui musarde tout au long des \u00e9changes. Ils ne pratiquent pas pour compliquer la vie mais pour nous la rendre touristique, au sens o\u00f9 ce sont des voyageurs de la vie qui ne courent jamais apr\u00e8s leurs tourments mais qui laissent venir \u00e0 eux les paysages de l\u2019existence. David EPSTON est de ceux-l\u00e0, sans doute le plus grand de nos th\u00e9rapeutes.<\/p>\n<p>Pour c\u00e9l\u00e9brer \u00e0 sa fa\u00e7on la m\u00e9moire de Michael WHITE, EPSTON s\u2019est propos\u00e9 de narrer sa rencontre avec lui. Ce bin\u00f4me, c\u2019est la tradition de la cavalerie l\u00e9g\u00e8re, et nous devons \u00e9viter qu\u2019elle tombe un jour en d\u00e9su\u00e9tude\u00a0!<\/p>\n<p><span style=\"line-height: 1.5;\">C\u2019est pour pr\u00e9parer l\u2019avenir qu\u2019EPSTON s\u2019est donn\u00e9 le loisir de fl\u00e2ner durant ces trois journ\u00e9es \u00e0 Bordeaux. Fl\u00e2ner, un de nos plus jolis verbes, \u00e0 mon go\u00fbt, qu\u2019il faudrait r\u00e9habiliter dans notre univers de hargne, de h\u00e2te et d\u2019impatience, o\u00f9 l\u2019existence quotidienne se doit de rev\u00eatir des allures rythmiques de championnat. EPSTON narre les choses comme il vit, nul doute que l\u00e0 est son charme. Il ne quitte jamais ses fa\u00e7ons de promeneurs dans ces cartes du monde. Il me para\u00eet explorer son \u00e9poque comme un touriste distrait qui n\u00e9glige de faire le compte des jours et d\u00e9couvre, \u00e0 la fin, qu\u2019ils se sont enfuis sans l\u2019avertir.<\/span><\/p>\n<p>Des expressions de vieux mousquetaires, des mots qui, lorsqu\u2019ils viennent \u00e0 notre esprit, veulent dire que le temps nous a rattrap\u00e9 et d\u00e9visag\u00e9. EPSTON s\u2019efforce, jusqu\u2019au bout, de narrer encore, avec les moyens qu\u2019il a coutume d\u2019employer. Ce faisant, par ce choix original et fulgurant de cr\u00e9ativit\u00e9, il nous offre tous les charmes de la th\u00e9rapie \u00ab\u00a0fl\u00e2neuse\u00a0\u00bb. Les r\u00eaveries se mettent \u00e0 l\u2019aise. Les pens\u00e9es n\u2019ob\u00e9issent qu\u2019\u00e0 leur d\u00e9sordre naturel\u00a0; nulle neuro-cognition ici, rien ne les presse\u00a0: la mort m\u00eame attendra, m\u00eame si elle maugr\u00e9e contre l\u2019insouciance humaine\u2026 Et EPSTON de nous donner une vraie le\u00e7on de tourisme narratif et existentiel ou de savoir vivre. EPSTON a adopt\u00e9 peu \u00e0 peu l\u2019habitude \u00ab\u00a0paresseuse\u00a0\u00bb de laisser venir \u00e0 lui les paysages, au lieu de leur courir apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Il nous fait conna\u00eetre sa d\u00e9finition de la th\u00e9rapie narrative, un vrai soufflet pour les travailleurs sociaux, psychologues, psychiatres, th\u00e9rapeutes et coach. Simple, \u00e9tonnant, prodigieux. Il peut aussi s\u2019\u00e9merveiller devant une boussole, souvenir d\u2019un don de la part de son p\u00e8re pour mieux se rep\u00e9rer dans ces cartes diverses et vari\u00e9es. La m\u00eame boussole qu\u2019il a \u00e9gar\u00e9e et que Pierre BLANC SAHNOUN lui offrira \u00e0 la fin de ces 3 journ\u00e9es, accompagn\u00e9e d\u2019une jolie carte de Bordeaux (lieu de la master class).<\/p>\n<p>Ce qui attire par-dessus tout EPSTON c\u2019est la dr\u00f4lerie tendre de la vie, lorsqu\u2019elle oublie de se croire importante.<\/p>\n<p>EPSTON est un PONTE(S), cette anagramme lui va bien.<\/p>\n<p>Il a, durant ces 3 jours, anim\u00e9 nos neurones et stimul\u00e9 notre cr\u00e9ativit\u00e9 et pour ma part cela m\u2019a permis d\u2019associer les th\u00e9rapies narratives \u00e0 un film \u00ab\u00a0retour vers le futur\u00a0\u00bb r\u00e9alis\u00e9 en 1985 (date de la rencontre de WHITE et EPSTON, fondateurs des th\u00e9rapies narratives. Curieux hasard n\u2019est-ce pas\u00a0?)<\/p>\n<p>Je vous propose un voyage dans \u00ab\u00a0le temps et r\u00e9cit\u00a0\u00bb mais avant un r\u00e9sum\u00e9 du film \u00ab\u00a0back to the futur\u00a0\u00bb est n\u00e9cessaire pour le d\u00e9veloppement de mon propos.<\/p>\n<p>Synopsis\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Marty Mac Fly est jeune gar\u00e7on de 17 ans fan de skate board et de guitare rock dont il veut faire le m\u00e9tier. Sa vie familiale reste cependant assez lugubre avec un oncle en prison, Lorraine une m\u00e8re alcoolique, George un p\u00e8re r\u00e9serv\u00e9 et aux ordres de son ignoble patron Biff qui abuse de lui. Marty compense ces probl\u00e8mes en visitant r\u00e9guli\u00e8rement un de ses vieux amis: le scientifique Doc Emmett Brown. Celui-ci lui donne rendez-vous un soir pour lui montrer une de ces nouvelles inventions: la machine \u00e0 voyager dans le temps, qui n&#8217;est autre qu&#8217;une Delorean. Alors qu&#8217;il faisait le plein de plutonium n\u00e9cessaire pour son voyage dans le futur, Doc est attaqu\u00e9 et tu\u00e9 par des libyens auxquels il avait vol\u00e9 le dit plutonium. Marty ne peut que s&#8217;\u00e9chapper avec la voiture et est envoy\u00e9 dans le pass\u00e9 en 1955, date de la d\u00e9couverte de la machine \u00e0 voyager dans le temps. Il y rencontre par hasard son p\u00e8re et le sauve d&#8217;une collision avec une voiture. Malheureusement, c&#8217;est cet accident qui devait aboutir \u00e0 la rencontre de ses parents, puisque le conducteur est le p\u00e8re de Lorraine. Marty rencontre Doc de 1955 pour l&#8217;aider \u00e0 retourner en 1985. Ce dernier lui propose de canaliser l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 d&#8217;un \u00e9clair qui, on le sait, s&#8217;abattra sur l&#8217;h\u00f4tel de ville \u00e0 10h04 pr\u00e9cis\u00e9ment. Mais Marty doit quant \u00e0 lui r\u00e9soudre le probl\u00e8me de ses parents et les force \u00e0 se rencontrer lors de la soir\u00e9e dansante des Sir\u00e8nes. Son stratag\u00e8me aboutit finalement par un heureux hasard au triomphe de George qui assomme Biff Tannen d&#8217;un coup de poing m\u00e9morable, et qui au passage conquiert le coeur de Lorraine. Marty est ensuite renvoy\u00e9 vers le futur gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de Doc. De retour du pass\u00e9, Marty cherche \u00e0 sauver Doc de la fusillade avec les libyens. Ce dernier porte en r\u00e9alit\u00e9 un gilet par-balle suivant ainsi les conseils que lui avait donn\u00e9 Marty dans une lettre remise en 1955. Mais le jeune gar\u00e7on n&#8217;est pas au bout de ses surprises puisqu&#8217;il d\u00e9couvre en quelque sorte une nouvelle famille: sa m\u00e8re n&#8217;est plus sous la domination de l&#8217;alcool, son p\u00e8re est sur de lui, et donne les ordres \u00e0 Biff, qui n&#8217;est plus qu&#8217;un vulgaire d\u00e9taillant en automobile. Doc revient soudainement dans la vie de Marty et l&#8217;invite \u00e0 voyager vers le futur pour des raisons familiales: l&#8217;histoire est loin d&#8217;\u00eatre termin\u00e9e&#8230;\u00a0<\/i>\u00bb<\/p>\n<p>Nous vivons des \u00e9v\u00e8nements et nous rencontrons des personnes, des choses et des objets. Tout ceci constitue des r\u00e9cits de vies, des narrations o\u00f9 l\u2019on passe d\u2019un cycle de r\u00e9cit de vie \u00e0 un autre dans une temporalit\u00e9 pass\u00e9, pr\u00e9sent, futur, o\u00f9 le futur devient pass\u00e9, le pr\u00e9sent devient futur et o\u00f9 le pass\u00e9 peut devenir un pr\u00e9sent \u00e0 venir (avenir\u2026). Ce voyage dans le temps n\u2019est possible qu\u2019\u00e0 partir du r\u00e9cit et je trouve que le film voyage vers le futur est une belle m\u00e9taphore des approches narratives et de l\u2019ouvrage d\u2019un philosophe Paul RICOEUR qui a consacr\u00e9 une partie de son \u0153uvre \u00e0 cette question de la temporalit\u00e9 dans ses \u00e9crits \u00ab\u00a0<i>Temps et R\u00e9cits\u00a0<\/i>\u00bb.<\/p>\n<p>Je ne d\u00e9velopperai pas ici la pens\u00e9e trop complexe de Ricoeur mais je terminerai par une de \u00a0ses citations pour illustrer mon propos\u00a0: \u00ab\u00a0<i>le temps devient temps humain [temporalit\u00e9] dans la mesure o\u00f9 il est articul\u00e9 sur un mode narratif, et que le r\u00e9cit atteint sa signification pl\u00e9ni\u00e8re quand il devient une condition de l&#8217;existence temporelle\u00a0<\/i>\u00bb.<\/p>\n<p>Nous pouvons voyager dans le temps sans machine par le biais des \u00ab\u00a0conversations de Re-groupement\u00a0\u00bb par exemple. (\u00ab\u00a0<i>L\u2019expression \u00ab\u00a0re-membering conversations\u00a0\u00bb est un jeu de mots sur le verbe \u00ab\u00a0to remember\u00a0\u00bb qui signifie \u00ab\u00a0se souvenir\u00a0\u00bb et que l\u2019on pourrait aussi traduire par \u00ab\u00a0regrouper des membres, des adh\u00e9rents\u00a0\u00bb. Les conversations de re-groupement ne sont pas des \u00e9vocations passives de souvenirs mais des r\u00e9engagements d\u00e9termin\u00e9s dans l\u2019histoire des relations d\u2019une personne avec les personnages significatifs de sa vie pr\u00e9sente et de sa projection d\u2019avenir\u00a0\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>Nous pouvons constater que notre rapport au temps dans les approches narratives n\u2019est pas lin\u00e9aire mais bien circulaire. Une image me vient \u00e0 l\u2019esprit pour illustrer ces cycles de r\u00e9cits de vie, ces cartes du monde et au fond ce voyage dans le temps et la narration\u00a0:<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/Atome.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-full wp-image-3771\" alt=\"Atome\" src=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/Atome.jpg\" width=\"237\" height=\"198\" \/><\/a><\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><i><a href=\"http:\/\/fr.123rf.com\/photo_10035291_signe-nucleaire-isole-sur-fond-blanc.html\"><span style=\"text-decoration: underline;\">\u00a0<\/span><\/a><\/i><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Merci, merci \u00e0 la Fabrique Narrative, merci \u00e0 Pierre et son \u00e9quipe et surtout un grand merci \u00e0 David EPSTON.<\/p>\n<p>Cette MASTER CLASS continue \u00e0 \u00e9veiller ma cr\u00e9ativit\u00e9 et ouvre encore un champ des possibles\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>*Docteur en psychologie clinique et psychopathologie\u00a0<\/em><br \/>\n<em>Enseignant associ\u00e9 aux universit\u00e9s\u00a0<\/em><br \/>\n<em>Officier de la R\u00e9serve Op\u00e9rationnelle du Service de Sant\u00e9 des Arm\u00e9es\u00a0<\/em><br \/>\n<em>Directeur du MCP\u00a0<\/em><br \/>\n<em>Mouvement Clinique et Psychoth\u00e9rapies\u00a0<\/em><br \/>\n<em>Th\u00e9rapeute Narratif\u00a0<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Serge Mori* Il existe une joie \u00e9l\u00e9mentaire de l\u2019univers humain, dont on assombrit l\u2019horizon chaque fois que l\u2019on pr\u00e9tend \u00eatre quelqu\u2019un ou l\u2019on sait quelque chose. Quelques rares th\u00e9rapeutes l\u2019ont compris. 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