{"id":3759,"date":"2014-04-06T15:41:56","date_gmt":"2014-04-06T13:41:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/?p=3759"},"modified":"2022-01-21T16:23:48","modified_gmt":"2022-01-21T15:23:48","slug":"clown-e-narratif-ve-et-militant-e","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/evenements\/clown-e-narratif-ve-et-militant-e.html","title":{"rendered":"CLOWN.E, NARRATIF.VE ET MILITANT.E"},"content":{"rendered":"<p><b>En sortant de la <a href=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/resistances\/pas-encore-inscrit-pour-le-4-avril-a-geneve.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">premi\u00e8re Journ\u00e9e de th\u00e9rapie narrative francophone<\/a> \u00e0 Gen\u00e8ve de vendredi 4 avril&#8230;<\/b><\/p>\n<p><em><strong>Par\u00a0<a href=\"http:\/\/creattitudes.ch\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Camille Bierens de Haan*<\/a><\/strong><\/em><\/p>\n<p>La premi\u00e8re journ\u00e9e de th\u00e9rapie narrative francophone se termine \u00e0 l\u2019instant. D\u2019autres plus l\u00e9gitimes que moi en feront sans doute le compte rendu sur ce blog. Je voudrais de mon c\u00f4t\u00e9 compl\u00e9ter \u00e0 chaud la r\u00e9ponse que j\u2019ai tent\u00e9 d\u2019apporter \u00e0 une des questions du d\u00e9bat final, tant il est vrai qu\u2019\u00e0 peine prononc\u00e9s, les mots ont continu\u00e9 \u00e0 r\u00e9sonner dans ma t\u00eate et qu\u2019en rentrant chez moi, me sont venues les id\u00e9es que j\u2019aurais voulu pouvoir exprimer pour rendre compte plus exactement de ma pens\u00e9e. Chez nous, on appelle \u00e7a \u00ab l\u2019esprit d\u2019escalier \u00bb\u2026., ou alors c\u2019est juste du \u00ab slow thinking \u00bb ou le \u00ab swiss touch \u00bb \u2026 je ne sais pas, mais heureusement qu\u2019il existe les blogs pour continuer \u00e0 penser ensemble !<!--more--> Cette journ\u00e9e a \u00e9t\u00e9 un concentr\u00e9 de th\u00e9orie et d\u2019histoires, merci aux organisateurs : quand on a \u00ab le nez dans guidon \u00bb comme moi, il est bon d\u2019entendre diff\u00e9rents points de vue comme autant d\u2019\u00e9clairages sur sa pratique. Le peintre Pierre Soulages disait : \u00ab Ce que je fais m\u2019apprend ce que je cherche \u00bb. En ce qui me concerne, c\u2019est en entendant les autres raconter la \u00ab narrative \u00bb et ses diff\u00e9rents inspirateurs, que j\u2019ai mieux compris ce que je faisais spontan\u00e9ment ; j\u2019ai vu appara\u00eetre des racines et des liens que je ne soup\u00e7onnais pas et je vois mon chemin tout proche de la grande avenue trac\u00e9e par Epston &amp; White, que je viens de croiser.<\/p>\n<p>Les id\u00e9es \u00ab dont le moment est venu \u00bb. rien ne sert de s\u2019y opposer. Ce qui me frappe, dans le discours sur l\u2019approche narrative, c\u2019est son vocabulaire si proche de l\u2019esp\u00e9rance des militants pour un monde en transition, pour une civilisation plus humaine, pour celles et ceux qui revendiquent la d\u00e9croissance, plus de liens moins de biens, les Colibris, les fabricants de monnaies citoyennes, les militants du revenu inconditionnel de base, les r\u00e9veilleurs de soci\u00e9t\u00e9 civile. Tous argumentent pour et travaillent au \u00ab reempowerment \u00bb des populations, \u00e0 savoir le r\u00e9tablissement de la dignit\u00e9 humaine, la revitalisation du sens de la responsabilit\u00e9 de chacun et la red\u00e9finition des territoires de pouvoir des individus et des communaut\u00e9s.\u00a0En somme l\u2019approche narrative \u2013 telle que je la comprends &#8211; s\u2019inscrit dans cet immense appel d\u2019air et d\u2019esp\u00e9rance qu\u2019ont toujours repr\u00e9sent\u00e9 les contre-cultures pour un monde renouvel\u00e9, un changement de civilisation qui passera notamment par la mise \u00e0 bas du r\u00e9gime \u00e9conomique dans lequel nous vivons, qui broie les humains et d\u00e9truit la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Ainsi, \u00e0 la question finale de cette journ\u00e9e : \u00ab Comment ne pas \u00eatre triste d\u2019\u00eatre triste ? \u00bb me viennent maintenant trois r\u00e9ponses. La question \u00e9tait adress\u00e9e \u00e0 Julien Betb\u00e8ze qui venait de d\u00e9finir la d\u00e9pression comme \u00ab la tristesse d\u2019\u00eatre triste \u00bb, \u00e0 savoir comme un jugement sur ses propres \u00e9motions et\/ou une interdiction int\u00e9rieure de ressentir. Il a r\u00e9pondu selon sa posture et ses crit\u00e8res de psychiatre (cf. compte-rendu). Me sont venus \u00e0 moi, qui n\u2019ai ni son savoir ni sa comp\u00e9tence, mais qui suis art-th\u00e9rapeute et \u00ab ma\u00eetre-clown int\u00e9rieur \u00bb, d\u2019autres arguments que j\u2019aimerais partager : les clown-e-s int\u00e9rieur-e-s s\u2019emparent avec bonheur de toutes les \u00e9motions qui leur arrivent , tant du fond d\u2019elles-eux-m\u00eames, que de l\u2019interaction avec leurs comparses ou leur public. Ni n\u00e9gatives, ni positives, les \u00e9motions sont pour elles-eux des messages, des manifestations de l\u2019\u00eatre int\u00e9rieur qui r\u00e9agit \u00e0 des stimuli. Les clown-e-s int\u00e9rieur-e-s s\u2019en repaissent comme autant de pr\u00e9textes \u00e0 improviser et \u00e0 nourrir le jeu. En improvisation, toute \u00e9motion est un moteur, un d\u00e9clencheur d\u2019histoire sur lequel l\u2019imagination greffe une situation, d\u00e9veloppe un r\u00e9cit. Jouer la tristesse en rep\u00e9rant ses points d\u2019ancrage dans le corps, en l\u2019amplifiant pour mieux ressentir, en la malaxant physiquement et en imaginaire, c\u2019est mettre entre moi et ma tristesse le plaisir de jouer et d\u2019\u00eatre vu. Bref, pour ne pas \u00eatre triste d\u2019\u00eatre triste, une des voies royales est le jeu sous le plus petit masque du monde : cette petite boule rouge qu\u2019on se met sur le nez, qui suscite toujours la s\u00e9cr\u00e9tion de ces hormones tr\u00e8s sp\u00e9cifiques du mieux-\u00eatre qu\u2019on appelle le sourire et le rire.<\/p>\n<p>Une autre voie \u2013 car comme pour aller \u00e0 Rome, il est de nombreux chemins en pays int\u00e9rieur \u2013 est le geste cr\u00e9ateur. Le postulat des art-th\u00e9rapeutes est que la cr\u00e9ation en tant que telle transforme et donc met en mouvement et entame une \u00ab gu\u00e9rison \u00bb. Donner forme \u00e0 sa tristesse au moyen de divers supports d\u2019expression (terre, encre, peinture, papier, collages, \u00e9criture, etc\u2026..) en s\u2019y immergeant ou s\u2019y confrontant, est une m\u00e9ditation dont on peut sortir \u00e9tonn\u00e9, voire \u00e9merveill\u00e9 de ce que les mains \u2013 respectivement le corps &#8211; savent faire et raconter quand l\u2019esprit leur l\u00e2che la bride. Cela se fait en passant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de soi du mode \u00ab command &amp; control \u00bb au mode \u00ab confiance &amp; l\u00e2cher prise &amp; exploration sans jugement \u00bb. Donner forme, c\u2019est mettre hors de soi de mani\u00e8re \u00e0 rendre visible, tangible. C\u2019est &#8211; en somme &#8211; \u00ab externaliser \u00bb. Apr\u00e8s, on dialogue, on modifie, on adapte, on transforme\u2026, la vie reprend ses droits en autorisant le changement et le plaisir y retrouve racine. Ainsi, la cr\u00e9ation autour de sa tristesse peut-elle devenir un grand moment de reconnexion \u00e0 soi-m\u00eame, et donc de joie profonde, pour autant que l\u2019on accepte de s\u2019y laisser immerger.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me voie : la militance, pardi ! On nous a racont\u00e9 Deleuze, Guattari, Foucault, on nous a racont\u00e9 l\u2019alchimie ravageuse du n\u00e9o-lib\u00e9ralisme \u00e9conomique qui br\u00fble sans vergogne les \u00e2mes des travailleurs et les ressources de notre plan\u00e8te pour les transformer en dividendes des actionnaires, et nous resterions seul-e-s avec nos souffrances et nos psys ? On nous a bien rappel\u00e9 que \u00ab C\u2019est bien le probl\u00e8me qui est le probl\u00e8me, et non pas la personne \u2026. \u00bb sans oublier le compl\u00e9ment ajout\u00e9 par David Denborough : \u00bb\u2026et la solution ne d\u00e9pend pas que d\u2019elle. \u00bb Communaut\u00e9 oblige. En militance, on partage sans doute la tristesse d\u2019avoir perdu l\u2019innocence de notre joie de vivre, certainement l\u2019inqui\u00e9tude quant \u00e0 notre devenir collectif, probablement aussi beaucoup de col\u00e8re et de peur de fa\u00e7on plus ou moins clairement exprim\u00e9e, mais on partage assur\u00e9ment un sentiment de joie de ne plus \u00eatre seul-e dans sa d\u00e9sesp\u00e9rance ainsi que la conscience m\u00eame si encore confuse d\u2019appartenir \u00e0 la communaut\u00e9 de celles et ceux qui se l\u00e8vent pour faire entendre la voix de la r\u00e9sistance. Et lutter ensemble, c\u2019est comme c\u00e9l\u00e9brer \u00e0 la fois notre tristesse commune de voir ce que nous avons fait de notre monde et l\u2019esp\u00e9rance qui nous tient, et de ce partage na\u00eet toujours une certaine joie, m\u00eame carnassi\u00e8re, m\u00eame \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, m\u00eame aveugle ou irr\u00e9aliste. Oui, bien s\u00fbr, il y a des militants tristounets, on est d\u2019accord.<\/p>\n<p>Mais la psychorigidit\u00e9, le manque d\u2019imagination politique et po\u00ef\u00e9tique ne se situe pas au m\u00eame niveau que la tristesse profonde la d\u00e9pression. Disons alors \u00ab la militance \u00e0 c\u0153ur ouvert \u00bb. celle du mouvement de la Transition qui revendique le bonheur et la cr\u00e9ativit\u00e9 dans la lutte. R\u00e9sister, c\u2019est rester en vie et le raconter, c\u2019est faire \u0153uvre de cartographe, pour que d\u2019autres puissent emprunter le m\u00eame chemin. En somme, \u00e0 la pharmacop\u00e9e valid\u00e9e par la Facult\u00e9 pour se gu\u00e9rir de la tristesse d\u2019\u00eatre triste, je propose \u2013 en toute modestie &#8211; d\u2019ajouter ces m\u00e9dicaments probablement non reconnus par la S\u00e9curit\u00e9 sociale que sont le jeu des clown-e-s int\u00e9rieur-e-s, le geste cr\u00e9ateur accompagn\u00e9 ou non et l\u2019engagement dans l\u2019un ou l\u2019autre mouvement altermondialiste ou groupe de changement social.<\/p>\n<p>PS : A ce propos, je signale l\u2019initiative des militants de Bizi (au Pays Basque) : en 2015, se mettront en place un peu partout des Villages des alternatives sous le nom d\u2019ALTERNATIBA, pour convaincre les gouvernements qui si\u00e9geront au Sommet COP21 pour le climat \u00e0 Paris que les alternatives existent et que la soci\u00e9t\u00e9 civile exige que des mesures contraignantes soient prises par tous les pays. Il me semble que la d\u00e9marche narrative devrait \u00eatre pr\u00e9sente dans ces villages.<\/p>\n<p><em> Cf. www.alternatiba.eu<\/em><\/p>\n<p><em>*art-th\u00e9rapeute et accompagnatrice de transition int\u00e9rieure<br \/>\n<\/em><em>CREAttitudes.ch<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En sortant de la premi\u00e8re Journ\u00e9e de th\u00e9rapie narrative francophone \u00e0 Gen\u00e8ve de vendredi 4 avril&#8230; Par\u00a0Camille Bierens de Haan* La premi\u00e8re journ\u00e9e de th\u00e9rapie narrative francophone se termine \u00e0 l\u2019instant. D\u2019autres plus l\u00e9gitimes que moi en feront sans doute le compte rendu sur ce blog. 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