{"id":341,"date":"2009-04-04T09:18:57","date_gmt":"2009-04-04T07:18:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/?p=341"},"modified":"2017-07-20T22:31:00","modified_gmt":"2017-07-20T20:31:00","slug":"la-mort-du-poete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/carnets-de-route\/la-mort-du-poete.html","title":{"rendered":"Quand il est mort, le po\u00e8te"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_346\" aria-describedby=\"caption-attachment-346\" style=\"width: 394px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/www.dulwichcentre.com.au\/MichaelWhiteArchive.htm\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-346\" title=\"mida\" src=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/mida.jpg\" alt=\"mida\" width=\"394\" height=\"321\" srcset=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/mida.jpg 476w, https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/mida-300x244.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 394px) 100vw, 394px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-346\" class=\"wp-caption-text\">Peinture de Natasha Savelieva<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Il y a un an exactement,\u00a0 le 4 avril 2008, le corps vivant Michael White, le fondateur de l&#8217;approche narrative, est d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Il est d\u00e9sormais en relation avec nous \u00e0 travers ses histoires.<\/strong><\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas pleur\u00e9 la mort de Michael, de ces larmes qui auraient pu dire de moi que je pleurais un ami ou un parent. Je n&#8217;ai pas port\u00e9 un deuil qui aurait dit au monde combien nous \u00e9tions proches lui et moi. Je garde mes larmes pour mes amis et pour ma famille, ces larmes qui me restent apr\u00e8s avoir pleur\u00e9 mon p\u00e8re, Charles Kabl\u00e9, Jean-Marie Dillemann et quelques autres.<\/p>\n<p><strong>J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 l&#8217;un des \u00e9l\u00e8ves de Michael comme beaucoup d&#8217;entre nous<\/strong> en France et ici \u00e0 Bordeaux, et je le consid\u00e8re comme un th\u00e9rapeute et un enseignant g\u00e9nial, mais surtout comme un \u00eatre humain exemplaire de coh\u00e9rence et de congruence entre son enseignement et sa vie, entre ce que son travail disait de lui et la fa\u00e7on dont il incarnait ses principes, ses valeurs et ses espoirs dans ses relations avec les autres. Ma relation avec lui illustre donc la fa\u00e7on simple et fraternelle qu&#8217;il avait de se relier instantan\u00e9ment \u00e0 chaque personne qui croisait sa route, et c&#8217;est d\u00e9j\u00e0 une chance extraordinaire.<\/p>\n<p><strong>Aujourd&#8217;hui, j&#8217;ai le bonheur de faire partie d&#8217;une communaut\u00e9 internationale de praticiens<\/strong> qui, en France et dans le monde entier, vivent cette journ\u00e9e de fa\u00e7on particuli\u00e8re. J&#8217;ai le tr\u00e8s grand honneur d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9, aux c\u00f4t\u00e9 de gens comme David Epston, Angel Yuan ou John Laird, pour t\u00e9moigner au sein du Michael White Archive de l&#8217;influence de la pens\u00e9e de Michael sur mon travail (voir <a href=\"http:\/\/www.dulwichcentre.com.au\/MichaelWhiteArchive.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a> et pour la traduction de mon article en fran\u00e7ais, voir <a href=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/carnets-de-route\/la-mort-du-poete.html#more-341\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ci-dessous<\/a>).<\/p>\n<p><strong>Pour marquer symboliquement cette journ\u00e9e, nous avons d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;en faire la date officielle d&#8217;ouverture de la Fabrique Narrative,<\/strong> notre centre de formation \u00e0 l&#8217;approche narrative (voir <a href=\"http:\/\/www.cooprh.com\/fabrique-narrative\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a> pour l&#8217;avant-premi\u00e8re du site) qui commencera ses premiers groupes de formation en septembre prochain. R\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la meilleure fa\u00e7on de continuer la route, de transmettre les id\u00e9es de Michael et de ses coll\u00e8gues, de cr\u00e9er une p\u00e9dagogie vivante qui mette les praticiens en mouvement dans un enthousiasme joyeux plut\u00f4t que dans une appr\u00e9hension craintive : tels sont les axes de travail qui nous explorons actuellement, et notre fa\u00e7on de dire merci et de rendre hommage \u00e0 un grand ma\u00eetre et \u00e0 un grand humain.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><strong>\u00ab Qu\u2019est-ce que tu fais ? \u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>Traduction fran\u00e7aise de mon article dans le Michael White Archive, 4 avril 2009<\/em><\/p>\n<p>Un jour, j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 Michael ce qui se passait avec les clients qui ne sont pas capables de raconter des histoires. Comme j\u2019avais peur d\u2019\u00eatre ridicule avec ma question, j\u2019ai attendu un coffee break pour lui parler d\u2019Oc\u00e9ane, une jeune fille de 16 ans polyhandicap\u00e9e, qui ne parlait pas et donc qui ne disposait pas selon moi de la comp\u00e9tence narrative n\u00e9cessaire pour produire un r\u00e9cit.<\/p>\n<p>\u00ab Et qu\u2019est-ce que tu fais avec elle ? me demanda Michael avec sa fa\u00e7on tr\u00e8s particuli\u00e8re de plisser les yeux.<br \/>\n-Je lui joue de la guitare. Et elle semble aimer cela.<br \/>\n&#8211; Oh ! c\u2019est int\u00e9ressant ! et comment r\u00e9pond-t-elle ?<br \/>\n&#8211; Eh bien quand elle me voit, elle rit aux \u00e9clats et fait avec sa main le geste de jouer de la guitare\u2026<br \/>\n&#8211; Mmm, dit Michael en souriant, on dirait bien qu\u2019Oc\u00e9ane sait raconter une histoire. \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est cela, l\u2019id\u00e9e de Michael qui a le plus transform\u00e9 ma vie et mon travail : que tout le monde r\u00e9pond, que tout le monde r\u00e9siste aux traumas. M\u00eame si la fa\u00e7on de r\u00e9sister peut sembler bizarre ou m\u00eame peut passer aux yeux du monde entier pour le probl\u00e8me. Je me souviens de cette vid\u00e9o o\u00f9 Michael travaillait avec une jeune fille qui avait \u00e9t\u00e9 violent\u00e9e dans un supermarch\u00e9 et qui, d\u00e9sormais, restait dans sa voiture sur le parking, incapable d\u2019entrer \u00e0 nouveau dans le magasin. Elle avait \u00e9t\u00e9 trait\u00e9e par une foule de th\u00e9rapeutes pour ce \u00ab sympt\u00f4me \u00bb. Et puis Michael arrive et il lui demande : \u00ab quand tu es dans ta voiture, sur le parking, qu\u2019est-ce que tu fais ?<br \/>\nLa jeune fille r\u00e9fl\u00e9chit. Elle dit :<br \/>\n&#8211; On ne m\u2019avait jamais pos\u00e9 cette question. En fait, je r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 des plans pour m\u2019\u00e9chapper s\u2019il m\u2019arrive un probl\u00e8me.<br \/>\n&#8211; Oh, dit Michael, c\u2019est int\u00e9ressant ! Est-ce que tu veux bien m\u2019en dire un peu plus sur ces plans ? \u00bb<br \/>\nEt la conversation bascule compl\u00e8tement dans une nouvelle histoire : celle de cette jeune fille capable de prendre des initiatives et de d\u00e9velopper des strat\u00e9gies pour se prot\u00e9ger et pour se d\u00e9fendre.<\/p>\n<p>Ces exp\u00e9riences avec Michael ont profond\u00e9ment modifi\u00e9 le regard que je porte sur les probl\u00e8mes des clients. Je m\u2019efforce de regarder par transparence derri\u00e8re les probl\u00e8mes et de voir les magnifiques efforts de courage et de dignit\u00e9 que font les clients pour r\u00e9sister \u00e0 leur emprise sur leur vie. J\u2019ai pleur\u00e9 l\u2019hiver dernier \u00e0 Adelaide en \u00e9coutant Angel Yuan illustrer et \u00e9paissir cette id\u00e9e avec des r\u00e9cits bouleversants de la fa\u00e7on dont les enfants r\u00e9pondent aux abus et aux traumas et prot\u00e8gent leurs petits fr\u00e8res et leurs petites s\u0153urs.<\/p>\n<p>L\u2019un de mes clients, Charles, un brillant chef d\u2019entreprise, me parlait de sa souffrance dans sa relation avec sa m\u00e8re, qui avait laiss\u00e9 son beau-p\u00e8re le violenter dans son enfance. \u00ab Elle ne reconna\u00eetra jamais ma r\u00e9ussite professionnelle, je le sais et je l\u2019accepte, mais le pire, c\u2019est que je souffre encore. Apr\u00e8s 20 ans de psychanalyse et de th\u00e9rapies diverses, je n\u2019ai pas avanc\u00e9 d\u2019un pouce, puisque ma souffrance est toujours aussi insupportable. \u00bb<br \/>\nAlors j\u2019ai regard\u00e9 \u00e0 travers sa souffrance comme Michael m\u2019a appris \u00e0 le faire et je lui ai demand\u00e9 :<br \/>\n\u00ab Qu\u2019est ce que tu fais quand tu souffres ?<br \/>\n&#8211; quelle dr\u00f4le de question, m\u2019a t-il r\u00e9pondu. Puis il a r\u00e9fl\u00e9chi un long moment et a dit : quand je souffre, en fait, je prends la seule voie que je connais, le seul petit chemin possible pour aimer ma maman. \u00bb Et la conversation a bascul\u00e9 \u00e0 ce moment l\u00e0, quittant le th\u00e8me de la souffrance pour se diriger vers l\u2019histoire de cet amour. C\u2019est Michael qui m\u2019a appris \u00e0 regarder \u00e0 cet endroit l\u00e0. Je ne l\u2019ai pas suffisamment remerci\u00e9. Je ne pourrai jamais le remercier comme je le voudrais. Sauf en continuant \u00e0 honorer les r\u00e9sistances et les r\u00e9ponses chez mes clients. C\u2019est comme \u00e7a que moi, je r\u00e9siste \u00e0 la mort de Michael.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a un an exactement,\u00a0 le 4 avril 2008, le corps vivant Michael White, le fondateur de l&#8217;approche narrative, est d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Il est d\u00e9sormais en relation avec nous \u00e0 travers ses histoires. 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