{"id":31,"date":"2008-11-26T15:09:32","date_gmt":"2008-11-26T14:09:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/errance-narrative-par-pbs\/lettre-daustralie-etincelles-en-serie\/"},"modified":"2017-07-20T22:34:24","modified_gmt":"2017-07-20T20:34:24","slug":"lettre-daustralie-etincelles-en-serie-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/carnets-de-route\/lettre-daustralie-etincelles-en-serie-2.html","title":{"rendered":"Lettre d&#8217;Australie :<br\/>Etincelles en s\u00e9rie"},"content":{"rendered":"<p><strong>Premi\u00e8re journ\u00e9e de la Conf\u00e9rence Internationale sur les Pratiques narratives et communautaires. Au programme, retellings aborig\u00e8nes, c\u00e9r\u00e9monies d\u00e9finitionnelles et le sorcier de la d\u00e9construction, Steven Madigan (voir en bas de ce post). Journ\u00e9e d\u00e9coiffante.<\/strong><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" id=\"image127\" src=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/img_0026.jpg\" alt=\"img_0026.jpg\" width=\"151\" height=\"231\" \/><\/p>\n<p><strong>Ici, il n&#8217;y a pas de fronti\u00e8re entre les histoires, la conf\u00e9rence, la musique<\/strong> (ci-dessus, un didjeridoo offert par la communaut\u00e9 aborig\u00e8ne aux organisateurs, le musicien -prodigieux- se nomme Samuel). Nous avons conscience d&#8217;\u00eatre en terre aborig\u00e8ne, g\u00e9n\u00e9reusement accueillis par les vrais propri\u00e9taires au nom de leurs anc\u00eatres qui leur ont l\u00e9gu\u00e9 ce pays. Chacun s&#8217;exprime \u00e0 travers des chansons qui expriment la fiert\u00e9 de vivre la t\u00eate droite et d&#8217;appartenir \u00e0 sa communaut\u00e9. Les chansons sont ici un mode d&#8217;expression parfaitement normal. L\u00e0 o\u00f9 une conf\u00e9rence en France est une chose &#8220;s\u00e9rieuse&#8221; o\u00f9 l&#8217;on voit se succ\u00e9der \u00e0 la tribune des experts tr\u00e8s savants et tr\u00e8s ennuyeux, comme si le fait d&#8217;\u00eatre chiant \u00e9tait une garantie de qualit\u00e9. Les Australiens Aborig\u00e8nes (dire juste &#8220;les Aborig\u00e8nes&#8221; est consid\u00e9r\u00e9 comme m\u00e9prisant), des repr\u00e9sentants de communaut\u00e9s maories avec qui ils ont longtemps \u00e9chang\u00e9 des messages solidaires, et des lectures de correspondances d&#8217;un groupe de Rwandais survivants du g\u00e9nocide avec qui des liens se sont tiss\u00e9s, se succ\u00e8dent au micro. On voit s&#8217;\u00e9lever dans la salle des histoires et des chansons o\u00f9 sont fix\u00e9s leurs espoirs, leurs forces et leurs fiert\u00e9s, qui s&#8217;enchev\u00eatrent, se r\u00e9pondent et se nourrissent les unes les autres. La musique vivante est le prolongement ce des sentiments ; elle occupe sa place et joue son r\u00f4le sans pr\u00e9tendre \u00e0 rien d&#8217;autre mais sans non plus \u00eatre parqu\u00e9e dans l&#8217;enclos du moment r\u00e9cr\u00e9atif et ludique. En mati\u00e8re de travail avec les communaut\u00e9s, on est en haute mer.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" id=\"image128\" src=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/img_0023.jpg\" alt=\"img_0023.jpg\" \/><\/p>\n<p><strong>Atelier de Jill Freedman sur les c\u00e9r\u00e9monies d\u00e9finitionnelles.<\/strong> Dans un amphi glacial, \u00e0 moiti\u00e9 congel\u00e9 par la clim, j&#8217;ai compris quelque chose d&#8217;essentiel sur l&#8217;interview du t\u00e9moin ext\u00e9rieur, mais je ne sais pas quoi. Un exercice me permet d&#8217;affiner, Nicolas et Jean-Louis me l&#8217;offrent. C&#8217;est comme si quelque chose s&#8217;alignait dans ma pratique du t\u00e9moin ext\u00e9rieur, gommant les asp\u00e9rit\u00e9s et les cahots qui faisaient de cet interview une piste de lat\u00e9rite que je devais parcourir en 4X4. C&#8217;est la question de l&#8217;image. L&#8217;image est en fait associ\u00e9e au moment o\u00f9 le t\u00e9moin a ressenti quelque chose de remarquable, ce quelque chose qui n&#8217;est pas un compte-rendu de ce qui l&#8217;a &#8220;frapp\u00e9&#8221; ou &#8220;attir\u00e9&#8221; mais une r\u00e9action instinctive et po\u00e9tique qui donne naissance \u00e0 une vision. En fait, voil\u00e0 : ce que je comprends, c&#8217;est que l&#8217;interview du t\u00e9moin ext\u00e9rieur, ce n&#8217;est pas 4 choses, mais une seule chose continue et compacte, quel que soit le c\u00f4t\u00e9 par lequel on y rentre, l&#8217;\u00e9tape la plus puissante \u00e9tant celle du transport parce qu&#8217;elle permet au client de constater son influence sur la vie de quelqu&#8217;un d&#8217;autre. Et un d\u00e9tail suppl\u00e9mentaire: le t\u00e9moin ne doit pas prendre de notes. Jamais.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><strong>Un qui d\u00e9colle vraiment la pulpe, c&#8217;est Steven Madigan, le ma\u00eetre de la d\u00e9construction.<\/strong> Il est all\u00e9 tr\u00e8s loin dans sa r\u00e9flexion sur l&#8217;identit\u00e9, sur l&#8217;individu qui se contient lui-m\u00eame au moyen de pratiques d&#8217;auto-surveillance et d&#8217;auto-monitoring permanents. Il nous dit que 90 % des conversations que nous menons, nous les menons avec nous-m\u00eames sous la forme de dialogues et de r\u00e9cits internes sur tous les sujets et \u00e0 tous les moments de la journ\u00e9e. Ce sont ces dialogues internes qui nous identifient comme individu, &#8220;r\u00e9sultat d&#8217;une n\u00e9gociation entre le pouvoir et la connaissance&#8221; (Foucault). Ils nous maintiennent dans un \u00e9tat de vigilance et de n\u00e9gociation permanents, dans toutes les circonstances de notre vie, entre ce que nous pensons \u00eatre nous et ce que nous pensons \u00eatre \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur. Toutes nos conversations &#8220;internes&#8221; sont tenues devant un public hypoth\u00e9tique de surveillants (coll\u00e8gues, famille, parents&#8230;) Les probl\u00e8mes donnent lieu \u00e0 des conversations int\u00e9rieures particuli\u00e8res : en rendre compte \u00e0 un nouveau public non surveillant (le praticien, les t\u00e9moins) constitue ce que nous appelons l&#8217;externalisation mais qui pour Madigan est une externalisation de l&#8217;internalisation. Celle-ci qui nous permet d&#8217;entendre les mots, la syntaxe et la grammaire de cette rh\u00e9torique du probl\u00e8me. Car l&#8217;endroit o\u00f9 se tient le probl\u00e8me n&#8217;est pas \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du client, une croyance qui le rend profond\u00e9ment isol\u00e9 et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, mais dans le champ social et culturel, d&#8217;o\u00f9 il vient transpercer le client par les vecteurs m\u00eame qui le relient \u00e0 sa culture. &#8220;Les histoires, dit Madigan, deviennent nous, elles nous vivent, elles sont nous.&#8221; Samedi, j&#8217;assiste \u00e0 un s\u00e9minaire d&#8217;une journ\u00e9e enti\u00e8re sur la d\u00e9construction de la notion d&#8217;individu avec ce mec l\u00e0. Miam !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Premi\u00e8re journ\u00e9e de la Conf\u00e9rence Internationale sur les Pratiques narratives et communautaires. Au programme, retellings aborig\u00e8nes, c\u00e9r\u00e9monies d\u00e9finitionnelles et le sorcier de la d\u00e9construction, Steven Madigan (voir en bas de ce post). Journ\u00e9e d\u00e9coiffante. 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