{"id":3037,"date":"2012-07-01T15:51:58","date_gmt":"2012-07-01T14:51:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/?p=3037"},"modified":"2012-07-01T15:54:52","modified_gmt":"2012-07-01T14:54:52","slug":"si-le-client-est-roi-le-coach-est-quoi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/carnets-de-route\/si-le-client-est-roi-le-coach-est-quoi.html","title":{"rendered":"SI LE CLIENT EST ROI, LE COACH EST QUOI ?"},"content":{"rendered":"<p><strong>Une grande glaciation s&#8217;est abattue sur l&#8217;\u00e9conomie europ\u00e9enne, et les petits oiseaux que sont les coachs ind\u00e9pendants sont les premiers \u00e0 avoir les pattes gel\u00e9es. <\/strong><\/p>\n<p><em>Par Pierre Blanc-Sahnoun<\/em><\/p>\n<p>Plusieurs que je connais, et non des moindres, sont d\u00e9j\u00e0 tomb\u00e9s de l&#8217;arbre ou bien ont de r\u00e9elles difficult\u00e9s \u00e0 continuer \u00e0 voler \u00e0 la m\u00eame altitude. Ind\u00e9pendamment de leur talent et de leur comp\u00e9tence, ils se heurtent au fait que les entreprises ont tendance \u00e0 serrer tous les boulons, et en premier lieu les budgets d&#8217;accompagnement de leurs salari\u00e9s. Le coaching est un produit de croissance&#8230;<!--more--><\/p>\n<p>Ceci se combine avec le fait que les \u00e9coles de coaching tournent \u00e0 plein r\u00e9gime, profitant de l&#8217;engouement pour notre magnifique m\u00e9tier et mettant sur le march\u00e9 chaque ann\u00e9e au moins 1000 ou 1500 coachs suppl\u00e9mentaires, qui ont tous besoins de manger.<\/p>\n<p>On ne le dira jamais assez : le m\u00e9tier de coach est d&#8217;abord un m\u00e9tier de vendeur. D\u00e9marrer aujourd&#8217;hui, c&#8217;est avant tout d\u00e9marrer une prospection commerciale hallucinante, dans un contexte o\u00f9 personne ne vous attend, se faire claquer au nez les portes de verre et de m\u00e9tal des grandes entreprises, de fa\u00e7on parfois violente.<\/p>\n<p>Une petite anecdote \u00e0 ce sujet : nous avons eu il y a deux ans, avec une coll\u00e8gue, un premier rendez-vous avec une grande soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;assurances. La personne que nous avons rencontr\u00e9e a manifest\u00e9 beaucoup d&#8217;int\u00e9r\u00eat pour nos activit\u00e9s et pour ce que nous proposions (une application des id\u00e9es narratives \u00e0 l&#8217;accompagnement culturel du changement et \u00e0 la mise en place de parcours individuels d&#8217;\u00e9volution pour les salari\u00e9s qui devaient changer de m\u00e9tier ou de posture vis-\u00e0-vis de leur m\u00e9tier.)<\/p>\n<p>Et puis pendant deux ans, alternance de silence radio et de rendez-vous rat\u00e9s sur Paris ; nous prenions nos billets et au dernier moment, pour des raisons ind\u00e9pendantes de sa volont\u00e9, l&#8217;entreprise annulait en s&#8217;excusant. Au bout de trois annulations, et n&#8217;ayant plus trop envie d&#8217;y retourner, je me permets donc d&#8217;envoyer une lettre au prospect en sugg\u00e9rant que ces annulations du dernier moment avaient peut-\u00eatre valeur de processus, qu&#8217;elles nous indiquaient une piste \u00e0 suivre dans notre travail \u00e9ventuel, une sorte de reflet syst\u00e9mique de quelque chose que l&#8217;entreprise ferait peut-\u00eatre vivre \u00e0 son insu \u00e0 d&#8217;autres personnes que nous, et qu&#8217;il y avait l\u00e0 \u00e9ventuellement mati\u00e8re \u00e0 \u00e9laborer quelques r\u00e9flexions sur les pratiques de relations de cette entreprise.<\/p>\n<p>Par ailleurs, je pointais le fait que nous avions pu ressentir ces annulations comme quelque chose d&#8217;un peu violent, et que ceci nous pla\u00e7ait \u00e0 chaque fois en position d&#8217;attendre bien sagement que l&#8217;on daigne nous fixer un nouvel entretien.<\/p>\n<p>La r\u00e9action du client ne s&#8217;est pas faite attendre : puisque nous le prenions comme \u00e7a, tout contact \u00e0 l&#8217;avenir serait interrompu. Game over. <\/p>\n<p>Comment pourrions-nous oser revendiquer que l&#8217;on nous traite comme autre chose que des fournisseurs, avides d&#8217;avoir nous aussi, comme les centaines de cabinets de tout poil qui se pressent aux portes de cette entreprise, quelques miettes du g\u00e2teau ? Y a t-il dans le fait de poser une parole sur des processus implicites qui nous recrutent une sorte de d&#8217;inconvenance ? un crime de l\u00e8se-majest\u00e9 ?<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de cette m\u00e9saventure que l&#8217;on pourrait r\u00e9sumer par : \u00ab ah, je te marche sur les pieds ? Prends donc une baffe, tu m&#8217;en diras des nouvelles \u00bb, il y a certainement ici une r\u00e9flexion int\u00e9ressante sur ce qui est &#8220;permis&#8221; \u00e0 un fournisseur vis-\u00e0-vis d&#8217;un client ou plut\u00f4t la fa\u00e7on dont la relation client-fournisseur vient parasiter la posture et le travail du coach. <\/p>\n<p>De m\u00eame que dans certaines entreprises, il y a quelques ann\u00e9es, les missions de conseil qui faisaient \u00e9laborer les diff\u00e9rents services en interne sur l&#8217;existence de \u00ab clients internes \u00bb dont ils \u00e9taient les fournisseurs et de \u00ab fournisseurs internes \u00bb dont ils \u00e9taient les clients avait pour effet la plupart du temps d&#8217;importer artificiellement dans la culture de collaboration de l&#8217;entreprise des notions de pouvoir et de privil\u00e8ges li\u00e9es \u00e0 l&#8217;id\u00e9e dominante de la royaut\u00e9 du client et de la suj\u00e9tion du fournisseur.<\/p>\n<p>Car comme je l&#8217;\u00e9crivais \u00e0 ce prospect, le fait de pouvoir pointer des processus, interroger le contexte, d\u00e9construire les pratiques relationnelles, \u00e9ventuellement nous tromper et faire fausse route, revendiquer nos divergences d&#8217;analyse et d&#8217;opinion, exprimer nos ressentis, fait partie int\u00e9grante du travail d&#8217;un coach. Mais d\u00e8s lors que ce travail est envahi par l&#8217;histoire dominante du fournisseur disciplin\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9chine souple, reconnaissant implicitement que \u00ab le client est roi \u00bb et qu&#8217;il a tout pouvoir d&#8217;annulation, de report, d&#8217;exigence, sur le fournisseur, quel est l&#8217;espace qui nous reste pour coacher ? Ou plut\u00f4t quels est le moment \u00e0 partir duquel nous pouvons nous permettre de commencer \u00e0 coacher ?<\/p>\n<p>Peut-on coacher respectueusement ? Nous respectons les personnes et les communaut\u00e9s, mais respecter tous les processus du client et nous faire recruter pour des raisons commerciales parfaitement compr\u00e9hensibles par ses histoires dominant de probl\u00e8me, est-ce que cela ne constitue pas une faute professionnelle ? <\/p>\n<p>\u00ab Lorsque j&#8217;interromps un client, je ne lui manque pas de respect mais je subvertis les activit\u00e9s du probl\u00e8me \u00bb, disait Stephen Madigan l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re Arcachon. Interrompre un client qui reproduit avec nous en reflet ou en hologramme des pratiques violentes inspir\u00e9es par les r\u00e8gles du jeu du pouvoir et du privil\u00e8ge dans la relation commerciale, cela nous condamne d\u00e9finitivement \u00e0 ne pas travailler avec certains clients ? Quitte \u00e0 mourir de faim ? Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ? Est-ce que cela ne devient pas un luxe dans une p\u00e9riode o\u00f9 nos petites pattes gel\u00e9es ont besoin de fa\u00e7on pressante de trouver des missions pour pouvoir continuer \u00e0 avancer ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une grande glaciation s&#8217;est abattue sur l&#8217;\u00e9conomie europ\u00e9enne, et les petits oiseaux que sont les coachs ind\u00e9pendants sont les premiers \u00e0 avoir les pattes gel\u00e9es. Par Pierre Blanc-Sahnoun Plusieurs que je connais, et non des moindres, sont d\u00e9j\u00e0 tomb\u00e9s de l&#8217;arbre ou bien ont de r\u00e9elles difficult\u00e9s \u00e0 continuer \u00e0 voler \u00e0 la m\u00eame altitude. &hellip; <a href=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/carnets-de-route\/si-le-client-est-roi-le-coach-est-quoi.html\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de <span class=\"screen-reader-text\">SI LE CLIENT EST ROI, LE COACH EST QUOI ?<\/span><\/span>&nbsp;<span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[6],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3037"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3037"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3037\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3044,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3037\/revisions\/3044"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3037"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3037"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3037"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}