{"id":2950,"date":"2012-05-12T17:05:55","date_gmt":"2012-05-12T16:05:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/?p=2950"},"modified":"2012-05-12T17:06:57","modified_gmt":"2012-05-12T16:06:57","slug":"vous-avez-dit-ouverture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/conferences\/vous-avez-dit-ouverture.html","title":{"rendered":"VOUS AVEZ DIT OUVERTURE ?"},"content":{"rendered":"<p><em>Par Jean-Louis Roux<\/em><\/p>\n<p><strong>Comme pour d&#8217;autres conf\u00e9rences narratives, celle de Vancouver s&#8217;est ouverte avec des chants. <\/\n\nUne th\u00e9rapeute issue de la premi\u00e8re nation originaire du peuple Indien a offici\u00e9 pour cette ouverture. Elle a proc\u00e9d\u00e9 avec ses deux cons\u0153urs \u00e0 un tour rituel de protection des participants \u00e0 l'aide d'un brin de sauge enflamm\u00e9e, accompagn\u00e9 par un battement de tambour rythmant le geste de diffusion de la fum\u00e9e. Nous avons chant\u00e9 ensemble Elizabeth, Pierre, moi ainsi que d'autres th\u00e9rapeutes pour ouvrir en chanson avec \"saying hullo again\" <em>(une chanson compos\u00e9e justement par Cathy Richardson, la coll\u00e8gue dont il est question ci-dessus &#8211; NDLR)<\/em><\/p>\n<p>Stephen Madigan \u00e0 ouvert la conf\u00e9rence en nous faisant part de ses travaux sur l&#8217;individualisme, sa progression et ses effets sur les personnes et le monde. Il nous rappelle aussi les r\u00e9f\u00e9rences importantes desquelles il puisse les id\u00e9es qu&#8217;il met en avant en parlant des auteurs comme Foucault et Derrida. Pour soutenir l&#8217;importance de ces r\u00e9f\u00e9rences, John Winslade avec qui nous avons passe deux jours \u00e0 la Fabrique Narrative en compagnie de Lorraine Hedtke, sa compagne, anime un workshop sur la th\u00e9orie de ces auteurs.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p> Apr\u00e8s toute les \u00e9motions de cette journ\u00e9e, ainsi que celle de vendredi, apr\u00e8s avoir entendu toutes ces belles techniques sur les pratiques narratives, tous ces th\u00e9rapeutes expliquer comment ils pouvaient aider les gens et comment ils les aidaient, je suis parti faire ma marche quotidienne pour m&#8217;a\u00e9rer. J&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 de faire le tour du parc Stanley. Le parc Stanley est un immense \u00e9cran de verdure \u00e0 la pointe de Vancouver qui donne dans la baie des Anglais, baie des Anglais qui s&#8217;ouvre sur le Pacifique. Cette promenade est magnifique : des plages ou se c\u00f4toient d&#8217;\u00e9normes rochers ronds dont on se demande comment ils ont bien pu rouler jusqu&#8217;ici, jeu de billes probablement de g\u00e9ants, ou d&#8217;esprits indiens ayant fa\u00e7onn\u00e9 cette contr\u00e9e<\/p>\n<p>Je marche le long de la plage et ce soir, je rencontre des animaux. Un couple de bernaches avec cinq petits, puis au d\u00e9tour d&#8217;un virage de ce chemin qui longe la baie et ses m\u00e9andres, je tombe nez \u00e0 nez avec un immense aigle \u00e0 t\u00eate blanche, symbole des \u00c9tats Unis. Celui-la est magnifique. Je poursuit ma route, et il semble qu&#8217;il n&#8217;y ait que moi qui aper\u00e7oive ces animaux. J&#8217;ai l&#8217;impression que les gens de Vancouver ne voient plus rien. Ils font du v\u00e9lo, ils courent, ils font leur jogging les \u00e9couteurs vis\u00e9s sur les oreilles, ils font du bruit certes, ils sont l\u00e0, ils vivent dans cette nature magnifique ! Soudain, devant moi deux phoques. Ils doivent se demander \u00e0 quelle heure ils vont pouvoir accoster les plages, \u00e0 quel moment nous allons lib\u00e9rer ce bord de c\u00f4te, ce bord de chemin pour qu&#8217;ils puissent venir se reposer pour la nuit probablement. Il est clair que personne ne les voit. Tout le monde est indiff\u00e9rent \u00e0 leur tentative d&#8217;abordage, sauf peut \u00eatre le h\u00e9ron qui p\u00eache au pied du pont, ce pont magnifique que j&#8217;ai sous les yeux, un pont suspendu, immense, qui traverse le chenal qui permet de sortir de la baie qui forme le port de Vancouver. <\/p>\n<p>C&#8217;est aussi l&#8217;heure ou sortent d&#8217;\u00e9normes paquebots de croisi\u00e8re blancs, avec des gens qui font cr\u00e9piter les flashs de leur appareil photo, j&#8217;imagine \u00eatre sur des dizaines de photos prises par ces passagers allant vers le nord canadien pour d\u00e9couvrir les grands espaces sauvages, peut \u00eatre vont-ils \u00e0 la rencontre des baleines. Pour l&#8217;instant les deux phoques me tiennent compagnie. Ils continuent \u00e0 pointer le bout de leur nez hors de l&#8217;eau afin d&#8217;observer s&#8217;il est possible d&#8217;accoster sans danger. Plus loin un grand h\u00e9ron est en train de p\u00eacher, magnifique, majestueux, il fait plus d&#8217;un m\u00e8tre de haut. Des voiliers sortent et je me demande vers quelles destinations ils partent \u00e0 l&#8217;heure ou le soleil se couche, ou la nuit commence. Je retourne vers la ville pour aller me sustenter de quelques nourritures. Au d\u00e9tour du parc dans l&#8217;horizon, les grandes grues rouges du port de Vancouver se dessinent, elles sont magnifiques, elles d\u00e9chargent \u00e0 longueur de temps des cargos et des bateaux en provenances du monde entier, je suppose. <\/p>\n<p>Pour en revenir \u00e0 la journ\u00e9e d&#8217;aujourd&#8217;hui, effectivement Norman ce matin a \u00e9t\u00e9 magnifique, si particulier, tellement puissant dans sa d\u00e9monstration pour nous faire comprendre \u00e0 quel point nous ne comprenons pas le handicap et \u00e0 quel point nous avons des jugements de valeurs sur les personnes handicap\u00e9s. La journ\u00e9e s&#8217;est poursuivie avec cette apr\u00e8s-midi une interview de Madigan, interview qui a port\u00e9 sur les couples, qu&#8217;il nous d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9e \u00e0 voir \u00e0 Arcachon, mais avec la forme de questionnement utilis\u00e9e dans les conf\u00e9rences TC, c&#8217;est \u00e0 dire deux personnes interviewent le th\u00e9rapeute \u00e0 partir de son travail, en ayant une posture d\u00e9centr\u00e9e mais influente, est fondamentalement int\u00e9ressant. On n&#8217;est plus face \u00e0 des conf\u00e9renciers guind\u00e9s derri\u00e8re leur pupitre, (quoique !!!!!!) <\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui une participante a d\u00e9nonce l&#8217;emploi de la langue coloniale qu&#8217;est l&#8217;anglais, mais aussi l&#8217;emploi d&#8217;une autre langue coloniale qui est la sienne, l&#8217;espagnol. Je n&#8217;ai rien ose penser du colonialisme fran\u00e7ais.<br \/>\nJ&#8217;aurais aim\u00e9 apr\u00e8s cette d\u00e9claration l\u00e0, qu&#8217;elle fasse son intervention dans sa langue d&#8217;origine, quelle qu&#8217;elle soit, indienne, am\u00e9rindienne, turque ou javanaise, mais qu&#8217;au moins elle nous fasse la surprise d&#8217;aller jusqu&#8217;au bout de ce qu&#8217;elle d\u00e9nonce. C&#8217;est toujours un peu d\u00e9cevant, les gens qui annoncent des choses et qui ne prennent jamais le contrepied. J&#8217;aurais aim\u00e9 voir la tronche de 400 participants devant une personne qui leur parle en javanais, c&#8217;e\u00fbt \u00e9t\u00e9 incompr\u00e9hensible pour tout le monde et au del\u00e0 de cela, absolument d\u00e9licieux de pouvoir entendre cette femme s&#8217;exprimer dans sa langue. Ceci \u00e9tant dit, elle abordait un sujet grave, celui des violences faites aux femmes qui ne souffre d&#8217;aucune ironie ici. <\/p>\n<p>Ce parc est aussi un lieu ou sont pr\u00e9sents des arbres magnifiques des red cedars probablement, ce bois magnifique d&#8217;une couleur rousse, imputrescible et servant encore aujourd&#8217;hui \u00e0 la finition ext\u00e9rieure de nombreuses maison en bois. J&#8217;aime leur tronc filiforme qui s&#8217;\u00e9l\u00e8ve vers le ciel et qui pr\u00e9figure du gigantisme de ces arbres quant ils atteignent leur taille adulte. Avant de sortir du parc, je vais probablement prendre un de ces arbres dans mes bras de mani\u00e8re \u00e0 pouvoir profiter de leur \u00e9nergie.<br \/>\nJe croise un Indien, un indien sur un v\u00e9lo, cet homme est beau avec ses longs cheveux noirs qui volent au vent. Son cheval est un peu moins romantique que dans les films. Mais c&#8217;est une monture, disons moderne.<\/p>\n<p>Je mets dans cet article les premier vers du po\u00e8me d&#8217;Arthur Rimbaud, &#8220;le bateau ivre&#8221;, ces vers sont pour moi ce qui d\u00e9finit le plus comment ce pays me transporte, et je me rappelle d&#8217;une version dite par L\u00e9o Ferr\u00e9, \u00e0 quel point j&#8217;ai pu r\u00eaver dans les longs trajets qui me ramenaient entre la caserne ou ils m&#8217;ont enferm\u00e9 pendant un an et le domicile que j&#8217;occupais \u00e0 Bordeaux.<\/p>\n<p>Comme je descendais des fleuves impassibles,<br \/>\nJe ne me sentis plus guid\u00e9 par les h\u00e2leurs :<br \/>\nDes Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,<br \/>\nLes ayant clou\u00e9s nus aux poteaux de couleurs.<\/p>\n<p>Demain, c&#8217;est la,derni\u00e8re journ\u00e9e, je pense que c&#8217;est une journ\u00e9e que nous allons appr\u00e9cier, car, au-del\u00e0 de cette journ\u00e9e nous repartirons sur les chemins que nous avons pris chacun d&#8217;entre nous pour retourner vers nos familles, soit pour d&#8217;autres visites. Pour ma part, je vais m&#8217;arr\u00eater \u00e0 Montr\u00e9al, faire des connaissances, rencontrer quelques praticiens narratifs impliqu\u00e9s dans le milieu hospitalier et d&#8217;autres personnes qui ont eu la bonne id\u00e9e de s&#8217;int\u00e9resser \u00e0 Paolo Friere.<\/p>\n<p>Voil\u00e0, quelques sensations avant le retour. Demain les au-revoirs aux praticiens narratifs ayant donn\u00e9 \u00e0 voir et \u00e0 entendre de leurs travaux et \u00e0 nos confr\u00e8res pr\u00e9sents, pour leur chaleureuses attentions.<\/p>\n<p><em>Jean Louis<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Jean-Louis Roux Comme pour d&#8217;autres conf\u00e9rences narratives, celle de Vancouver s&#8217;est ouverte avec des chants.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[23],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2950"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2950"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2950\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2952,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2950\/revisions\/2952"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2950"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2950"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2950"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}