{"id":2698,"date":"2012-01-23T12:17:35","date_gmt":"2012-01-23T11:17:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/?p=2698"},"modified":"2022-01-21T12:53:27","modified_gmt":"2022-01-21T11:53:27","slug":"peter-pan-nexiste-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/questions-sociales\/peter-pan-nexiste-pas.html","title":{"rendered":"PETER PAN N&#8217;EXISTE PAS"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_2747\" aria-describedby=\"caption-attachment-2747\" style=\"width: 410px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/nomade-chroniques\/peter-pan-nexiste-pas.html\/attachment\/_mg_4592\" rel=\"attachment wp-att-2747\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-2747 \" title=\"_MG_4592\" src=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/MG_4592.jpeg\" alt=\"\" width=\"410\" height=\"274\" srcset=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/MG_4592.jpeg 640w, https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/MG_4592-300x200.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 410px) 100vw, 410px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-2747\" class=\"wp-caption-text\">Photo Brahim Taougar<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Voil\u00e0 les Enfants Perdus. Nous les avons rencontr\u00e9s \u00e0 Casablanca, en tournant une nuit avec le <a href=\"http:\/\/mizania.forumdediscussions.com\/t3101-samu-social-de-casablanca-les-chiffres\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">SAMU social<\/a>, dans le cadre d&#8217;un reportage avec les journalistes du magazine &#8220;<a href=\"http:\/\/www.actuel.ma\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Actuel<\/a>&#8220;.<br \/>\n<\/strong><br \/>\nComme au pays Imaginaire, ils vivent en petites bandes, omnipr\u00e9sents et invisibles. Leur existence est une boucle sans fin : trouver de l&#8217;argent, acheter de la colle ou du &#8220;dolio&#8221; (solvant \u00e0 peinture) qu&#8217;ils sniffent dans des sacs en plastique, trouver un coin pour s&#8217;\u00e9crouler et dormir quelques heures, puis recommencer. Certains ont huit ans, certains consomment un demi-litre de colle par jour, certains ont 15 ans mais ont l&#8217;air d&#8217;en avoir 8, certains se prostituent, certains volent, certains ont d\u00e9j\u00e0 les neurones et les poumons grill\u00e9s par le produit.<\/p>\n<p><!--more--><br \/>\nLes soci\u00e9t\u00e9s dites \u00e9volu\u00e9es ont tendance \u00e0 rendre invisibles les personnes ou groupes constituant des minorit\u00e9s socialement inacceptables, puisqu&#8217;elles ne peuvent plus les supprimer physiquement. Michael White, dont la pens\u00e9e s&#8217;est beaucoup inspir\u00e9e des travaux de Michel Foucault et de la philosophie critique fran\u00e7aise (au moins jusqu&#8217;\u00e0 2004), a d\u00e9construit et d\u00e9crit ces strat\u00e9gies d&#8217;effacement qui fa\u00e7onnent notre perception de ces groupes (ou de ces discours minoritaires dans notre vie).<\/p>\n<p>Devenus tellement invisibles qu&#8217;ils peuvent occuper impun\u00e9ment un squat en plein centre des affaires de Casa, \u00e0 deux pas d&#8217;un commissariat, ces enfants sont transparents et ils meurent discr\u00e8tement dans les interstices de la croissance marocaine. Comme les Enfants Perdus dans &#8220;Peter Pan&#8221;, ils se sont organis\u00e9s en petits groupes familiaux o\u00f9 les plus grands veillent sur les plus petits, ont reconstruit des pratiques de vie autour de solidarit\u00e9s \u00e9l\u00e9mentaires. Mais nulle trace d&#8217;un Peter Pan, qui leur donnerait un projet, un espoir, une direction pour l&#8217;avenir, en poussant son fameux &#8220;bangerang !&#8221;<\/p>\n<p>Nous avons &#8220;histoiris\u00e9&#8221; les Enfants Perdus \u00e0 travers la fiction de Peter Pan comme un fantasme bourgeois o\u00f9 une main leur serait tendue pour les ramener vers la normalit\u00e9 : un papa et une maman. Ce conte rassurant nous dit qu&#8217;il existe toujours une passerelle vers l&#8217;espoir et une Wendy au grand coeur pour assurer la travers\u00e9e du Pays Imaginaire vers la Vraie Vie. Les travailleurs sociaux du SAMU Social marocain (les deux hommes en bleu au second plan sur la photo) tentent de jouer ce r\u00f4le, en les persuadant de quitter la vie de la rue pour entrer dans le circuit d&#8217;int\u00e9gration propos\u00e9 par les services sociaux : h\u00e9bergement d&#8217;urgence, \u00e9cole, formation, etc. Mais certains refusent et pr\u00e9f\u00e8rent continuer \u00e0 mourir lentement dans le Pays Imaginaire.<\/p>\n<p>Est-ce une vision dominante et normalisatrice d&#8217;homme blanc \u00e9duqu\u00e9 que de le d\u00e9plorer ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voil\u00e0 les Enfants Perdus. Nous les avons rencontr\u00e9s \u00e0 Casablanca, en tournant une nuit avec le SAMU social, dans le cadre d&#8217;un reportage avec les journalistes du magazine &#8220;Actuel&#8220;. Comme au pays Imaginaire, ils vivent en petites bandes, omnipr\u00e9sents et invisibles. 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