{"id":2586,"date":"2011-12-20T11:43:25","date_gmt":"2011-12-20T10:43:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/?p=2586"},"modified":"2011-12-20T11:43:57","modified_gmt":"2011-12-20T10:43:57","slug":"medecine-narrative-le-compte-rendu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/explorations\/medecine-narrative-le-compte-rendu.html","title":{"rendered":"MEDECINE NARRATIVE : LE COMPTE-RENDU"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_2587\" aria-describedby=\"caption-attachment-2587\" style=\"width: 211px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/explorations\/medecine-narrative-le-compte-rendu.html\/attachment\/mots-qui-guerissent\" rel=\"attachment wp-att-2587\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-2587   \" title=\"Mots qui gu\u00e9rissent\" src=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/Mots-qui-gu\u00e9rissent.jpg\" alt=\"\" width=\"211\" height=\"194\" srcset=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/Mots-qui-gu\u00e9rissent.jpg 400w, https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/Mots-qui-gu\u00e9rissent-300x276.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 211px) 100vw, 211px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-2587\" class=\"wp-caption-text\">Extrait du blog &quot;Plume, voix de l&#39;\u00e2me&quot;<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong><strong>Par Fanny Moureaux-N\u00e9ry<\/strong><\/strong><\/p>\n<p><strong>Notre amie Fanny a assist\u00e9 \u00e0 la conf\u00e9rence sur la m\u00e9decine narrative que nous annoncions ici-m\u00eame dans un article du 20 novembre. Elle en a retir\u00e9 un tr\u00e8s joli compte rendu, \u00e0 la fois pr\u00e9cis, profond et plein d&#8217;humanit\u00e9, qui nous emm\u00e8ne loin dans la d\u00e9couverte de nouvelles routes qui sillonnent le territoire de l&#8217;art de soigner. Merci Fanny !<\/strong><\/p>\n<p>Rita Charon enseigne, \u00e0 New-York, la M\u00e9decine Narrative, \u00e0 Columbia University La conf\u00e9rence qu&#8217;elle a donn\u00e9e en Novembre \u00e0 la facult\u00e9 de M\u00e9decine Ren\u00e9 Descartes \u00e0 Paris, m&#8217;a beaucoup touch\u00e9e. Car, en un mot, elle accomplit un travail de r\u00e9-humanisation de la pratique de la m\u00e9decine, et transmet aux \u00e9tudiants, ce qu&#8217;elle exige d&#8217;elle-m\u00eame<br \/>\nJe pense \u00eatre fid\u00e8le \u00e0 son expos\u00e9, aux articles que j&#8217;ai pu lire. Je reprends beaucoup de ses termes, mais j&#8217;ai \u00e9prouv\u00e9, parfois, le besoin de me reformuler ce que j&#8217;avais saisi.<\/p>\n<p><!--more--><strong>L&#8217;importance du contact m\u00e9decin\/malade<\/strong><\/p>\n<p>Pour elle, le contact m\u00e9decin\/malade est aussi indispensable que les savoirs \u00e9labor\u00e9s par la m\u00e9decine. Le m\u00e9decin a \u00e0 apprendre du patient son exp\u00e9rience de la maladie, \u00e0 comprendre ce que c&#8217;est pour lui que d&#8217;\u00eatre malade et d&#8217;\u00eatre pris en charge par un ou des soignants.<br \/>\nLe lien, qu&#8217;elle cr\u00e9e entre eux deux, est d&#8217;ordre \u00e9thique pour le m\u00e9decin, th\u00e9rapeutique pour le patient. Elle s&#8217;engage dans la t\u00e2che de soutenir le malade \u00e9motionnellement, tant la relation a une influence sur le &#8220;soi&#8221; du malade et sur son corps. Dans l&#8217;expos\u00e9 des sympt\u00f4mes, elle d\u00e9code le diagnostic dans sa singularit\u00e9 ; par la compr\u00e9hension de ce que le patient endure, elle lui ouvre un choix pour r\u00e9sister \u00e0 sa souffrance. La science et la conscience se r\u00e9unissent.<\/p>\n<p>Un nouveau malade m&#8217;est, dit-elle, &#8220;totalement inconnu. J&#8217;ai \u00e0 honorer son r\u00e9cit, \u00e0 \u00eatre tr\u00e8s curieuse&#8221; Elle se coupe volontairement de ce qu&#8217;elle sait du monde, pour \u00eatre un t\u00e9moin attentif \u00e0 l&#8217;histoire de la maladie, qui se d\u00e9roule dans le temps, dans un lieu, dans le contexte familial, social et culturel. Elle ne se contente pas d&#8217;\u00e9couter le contenu du r\u00e9cit, elle rel\u00e8ve les images utilis\u00e9es, les silences, le lien \u00e9tabli avec les autres \u00e9v\u00e8nements de la vie, les gestes, les expressions, la position corporelle, les intonations. C&#8217;est dire que son attention re\u00e7oit de multiples informations, dont elle va d\u00e9gager la compr\u00e9hension des attentes de son patient<\/p>\n<p>Elle porte \u00e9galement attention au corps qui peut lui dire des choses sur le malade et dont elle lui fait part. Elle estime tout aussi n\u00e9cessaire d&#8217;entendre les r\u00e9cits de la famille, et si le malade est hospitalis\u00e9, ceux des autres sp\u00e9cialistes le cas \u00e9ch\u00e9ant, et des infirmi\u00e8res qui se relaient aupr\u00e8s de lui. Ces r\u00e9cits sont diff\u00e9rents, parfois contradictoires ; ce n&#8217;est qu&#8217;apr\u00e8s les avoir \u00e9cout\u00e9s, qu&#8217;elle peut d\u00e9cider du traitement.<\/p>\n<p><strong>Sortir de l&#8217;isolement<\/strong><\/p>\n<p>Rita est tr\u00e8s consciente de la solitude de chacun. La maladie isole le malade, le coupe de l&#8217;ordinaire, (elle a invent\u00e9 le terme&#8221; infra-ordinaire&#8221;, par rapport \u00e0 l&#8217;extraordinaire qui diff\u00e9rencie de l&#8217;habituel, pour repr\u00e9senter sa situation). Le malade est sujet \u00e0 garder sa souffrance, l&#8217;humiliation de sa d\u00e9pendance, la honte \u00e9ventuellement, l&#8217;angoisse li\u00e9e \u00e0 la maladie, pour lui.<br \/>\nLa famille d\u00e9sempar\u00e9e face \u00e0 son malade se sent souvent coup\u00e9e des autres : les parents d&#8217;un b\u00e9b\u00e9 malade, vivant dans un autre environnement que les autres, se sentaient comme dans un aquarium.<br \/>\nLes m\u00e9decins sont isol\u00e9s par leurs connaissances m\u00e9dicales, par ce que les malades ne veulent pas savoir, par le fait de conna\u00eetre les risques.<\/p>\n<p>Les membres des \u00e9quipes hospitali\u00e8res sont souvent s\u00e9par\u00e9s les uns des autres par une comp\u00e9titivit\u00e9 et une relative animosit\u00e9.<br \/>\nD&#8217;o\u00f9 la question que Rita s&#8217;est pos\u00e9e: si chacun est dans son aquarium, comment se rejoindre ? L&#8217;\u00e9change des r\u00e9cits, r\u00e9dig\u00e9s, en sont le moyen. Il est essentiel d&#8217;accueillir l&#8217;histoire du patient, comment il interpr\u00e8te sa maladie, et de la compl\u00e9ter par celle des m\u00e9decins, des infirmi\u00e8res, de la famille. Les r\u00e9cits cr\u00e9ent le lien comme en t\u00e9moigne sa jolie m\u00e9taphore : &#8220;je laisse entrer les poissons des autres aquariums dans le mien&#8221;. Dans cet \u00e9tat d&#8217;esprit, l&#8217;\u00e9quipe participe \u00e0 l&#8217;histoire particuli\u00e8re du patient. Il en r\u00e9sulte moins de fatigue et de burn-out pour l&#8217;\u00e9quipe.<\/p>\n<p><strong>Soubassements th\u00e9oriques<\/strong><\/p>\n<p>La m\u00e9decine narrative a ses racines dans la philosophie existentielle et son outil dans la pratique narrative.<br \/>\nLa vision existentielle met en \u00e9vidence la relation incontournable de tout organisme avec le monde, l&#8217;un n&#8217;existant pas sans l&#8217;autre. Le constructionnisme a soulign\u00e9 que notre identit\u00e9 ne d\u00e9pend pas d&#8217;une structure existentielle donn\u00e9e une fois pour toutes, mais qu&#8217;elle se construit et se modifie avec la rencontre des autres et que le langage a un r\u00f4le important dans la construction de notre identit\u00e9<br \/>\nEn pratiquant la m\u00e9decine narrative, la responsabilit\u00e9 \u00e9thique du m\u00e9decin est soutenue par la comp\u00e9tence narrative<\/p>\n<p>Il est vraisemblable que l&#8217;acquisition de savoirs m\u00e9dicaux, puis la mise \u00e0 jour de leurs connaissances au cours de leur carri\u00e8re, imposent un tel travail aux m\u00e9decins, qu&#8217;ils en oublient peu ou prou, la dimension relationnelle, humaine, pourtant si indispensable \u00e0 chaque parti.<br \/>\nLe courant de L&#8217;E B M, &#8220;evidence based medecine&#8221;, cherchant \u00e0 baser la m\u00e9decine sur les faits prouv\u00e9s, en t\u00e9moigne. Ce mouvement semble faire fi de la situation dramatique, singuli\u00e8re, du patient, tout comme du jugement du m\u00e9decin. Il aboutit \u00e0 une hi\u00e9rarchisation des preuves, des faits constat\u00e9s, et conduit \u00e0 un trait\u00e9 de m\u00e9decine th\u00e9orique.<\/p>\n<p>Explorer la nature de la sant\u00e9 et de la maladie met face aux ph\u00e9nom\u00e8nes fondamentaux de l&#8217;existence. La sant\u00e9, la maladie, la vie, la mort, sont des faits universels, porteurs de questions existentielles, et invitant \u00e0 partager bien des incertitudes. La maladie est en rapport avec le myst\u00e8re de la vie, avec l&#8217;inconnaissable.<br \/>\nTenant compte de ce constat et de l&#8217;entrelacement fr\u00e9quent des histoires v\u00e9cues, Rita a cr\u00e9\u00e9 le N E B M, &#8220;narrative evidence based medecine&#8221; la m\u00e9decine bas\u00e9e sur les narrations et les preuves. C&#8217;est unir la dimension technique et la dimension qui donne du sens. Etre attentif \u00e0 l&#8217;inconnu et l&#8217;inconnaissable, \u00e0 l&#8217;universel et au particulier, \u00e0 l&#8217;unit\u00e9 corps \/soi, permet de mieux r\u00e9sister \u00e0 une vision froide, d\u00e9personnalis\u00e9e du malade et \u00e0 communiquer avec lui. Cela permet de ne plus vivre les doutes comme des affronts au pouvoir du praticien, mais de les vivre comme des myst\u00e8res \u00e0 contempler.<\/p>\n<p>Etablir un lien de compr\u00e9hension et de soutien demande de d\u00e9velopper des capacit\u00e9s d&#8217;\u00e9coute et d&#8217;empathie. Cela exige non seulement de l&#8217;attention, mais encore, la volont\u00e9 de s&#8217;exposer \u00e0 des exp\u00e9riences difficiles, d&#8217;\u00eatre \u00e0 m\u00eame de renvoyer un v\u00e9cu, d&#8217;avoir, dans les situations dramatiques, la force morale de voir la souffrance, le d\u00e9clin et la mort.<br \/>\nAussi le praticien a-t-il besoin de quelque chose, d\u00e9passant le th\u00e9orique et le technique, pour comprendre les diff\u00e9rents niveaux de l&#8217;exp\u00e9rience v\u00e9cue, souvent sans lois, contradictoires, surcharg\u00e9s de sens. Outre les savoirs accumul\u00e9s et les chartes de traitement, il a besoin de l&#8217;examen individuel, en quelque sorte, de l&#8217;auscultation physique et psychique du patient, tant il est vrai que chaque \u00eatre humain vit la valeur de l&#8217;existence dans sa singularit\u00e9, sa part de chance et de malchance, sa fa\u00e7on de r\u00e9agir.<\/p>\n<p>Les m\u00e9decins sont tiraill\u00e9s entre ignorance et savoir, entre l&#8217;espoir de tout expliquer et le tabou de l&#8217;inexplicable, entre les r\u00e8gles et les exceptions.<\/p>\n<p>Si les preuves cliniques examinent le champ du connu et de l&#8217;inconnu, les circonstances cliniques envisagent l&#8217;universel et le particulier, et prennent en compte ce qui est le plus pr\u00e9cieux pour les patients, leur corps et leur &#8220;soi&#8221;.<br \/>\nLe corps est le m\u00eame pour tous les \u00eatres humains, mais la fa\u00e7on de vivre son corps est sp\u00e9cifique \u00e0 chacun. Du fait que les corps sont semblables, il est possible de relier la maladie et les soins, qui peuvent entrer en intercommunication. La m\u00e9decine narrative ne s\u00e9pare pas le soi du corps, car la maladie met en question le corps et le corps met en question le &#8220;soi&#8221;<br \/>\nL&#8217;histoire de la maladie devient une rencontre intersubjective qui unit m\u00e9decin et patient dans cette communaut\u00e9 existentielle<\/p>\n<p><strong>Comp\u00e9tence narrative<\/strong><\/p>\n<p>Le pouvoir du r\u00e9cit sur le comportement, tant du m\u00e9decin que du malade, est si fort, qu&#8217;il a fait comprendre \u00e0 Rita l&#8217;obligation d&#8217;apprendre \u00e0 devenir capable de recevoir ces histoires.<br \/>\nPour reconna\u00eetre, absorber, interpr\u00e9ter, \u00eatre \u00e9mu par les histoires, et \u00e9tablir l&#8217;alliance th\u00e9rapeutique, le m\u00e9decin a besoin d&#8217;\u00eatre en accord avec le caract\u00e8re unique du patient, d&#8217;\u00eatre sensible \u00e0 ses dimensions \u00e9motionnelles et culturelles, \u00e0 imaginer ce que le patient endure et en d\u00e9duire ce dont il a besoin. Il a aussi \u00e0 s&#8217;engager moralement, \u00e0 savoir reconna\u00eetre les erreurs et dans la mesure du possible les pr\u00e9venir ; \u00e0 supporter l&#8217;incertitude, \u00e0 se placer dans l&#8217;humeur et l&#8217;ambiance de la situation ; \u00e0 inventer d&#8217;autres fins \u00e0 cette histoire.<\/p>\n<p>Rita rappelle que pour l&#8217;esprit narratif, l&#8217;histoire de notre vie contribue \u00e0 notre identit\u00e9 ; il existe de multiples histoires \u00e0 notre sujet. Les histoires donnent du sens, soit sur le comment, soit sur le pourquoi. Elles agissent sur nos buts, elles soutiennent ou nous privent de nos valeurs.<br \/>\nLa maladie est une histoire tragique existentielle, dont on peut externaliser les probl\u00e8mes qu&#8217;elle apporte.<\/p>\n<p>P\u00e9n\u00e9tr\u00e9e de l&#8217;esprit narratif, elle insiste sur l&#8217;importance du va et vient entre le r\u00e9cit oral et sa transcription \u00e9crite. Ecouter, ce qui est racont\u00e9, \u00e9tablit le premier contact, l&#8217;\u00e9crire, permet de saisir plus clairement les tensions int\u00e9rieures : questions, doutes, v\u00e9cu affectif, savoir-faire, capacit\u00e9s, valeurs.<br \/>\nElle a constat\u00e9, qu&#8217;\u00e9crire ce qu&#8217;elle avait capt\u00e9, lui permettait de prendre conscience qu&#8217;elle savait des choses justes, mais qu&#8217;elle ignorait, sur la personne ; que cela agissait sur son attitude vis \u00e0 vis d&#8217;elle, ainsi que sur les d\u00e9cisions \u00e0 lui proposer. De plus, \u00e9crire ensuite le v\u00e9cu d&#8217;un accompagnement, lui montrait ce que ses capacit\u00e9s lui avaient permis de faire avec elle.<br \/>\nQuand une \u00e9quipe partage les r\u00e9cits r\u00e9dig\u00e9s de leurs contacts avec le malade, chacun prend conscience de ses capacit\u00e9s \u00e0 g\u00e9rer la situation.<\/p>\n<p>Pour aider les \u00e9tudiants dans l&#8217;apprentissage de cette m\u00e9thode, elle distingue trois activit\u00e9s :<\/p>\n<p>1) l&#8217;attention, centr\u00e9e exclusivement, ici et maintenant, sur le patient,<br \/>\n2) la repr\u00e9sentation de son r\u00e9cit, par des mots, ou des dessins, peintures, chants, de la musique,<br \/>\n3) l&#8217;affiliation, c&#8217;est-\u00e0-dire, la n\u00e9cessit\u00e9 de relier les accompagnateurs et les modes d&#8217;expression.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9criture, dit-elle, transforme &#8220;l&#8217;immat\u00e9riel&#8221; en &#8220;mat\u00e9riel&#8221; : le r\u00e9cit \u00e9crit rend la souffrance intime et la r\u00e9sistance \u00e0 la souffrance, visibles. Ecrire l&#8217;histoire entendue, combiner l&#8217;\u00e9coute et l&#8217;\u00e9criture, permettent de comprendre le langage narratif de l&#8217;autre.<br \/>\nCela implique de savoir analyser un texte, identifier la structure de l&#8217;histoire, adopter de nombreuses perspectives, reconna\u00eetre les m\u00e9taphores et les allusions.<\/p>\n<p>Lire la litt\u00e9rature, \u00e9tudier les humanit\u00e9s, \u00e9crire de fa\u00e7on litt\u00e9raire sur son m\u00e9tier, pour \u00eatre en empathie avec les autres et devenir plus conscient de soi, est devenu une activit\u00e9 centrale de l&#8217;enseignement de la m\u00e9decine narrative. Quelques m\u00e9decins ont appris, que cela les aide d&#8217;\u00e9crire ce qu&#8217;ils \u00e9prouvent en pratiquant la m\u00e9decine, de parler de leurs relations humaines charg\u00e9es de sens, d&#8217;\u00e9crire leurs aspects \u00e9motionnels personnels.<\/p>\n<p><strong>Parall\u00e8le avec la th\u00e9rapie narrative<\/strong><\/p>\n<p>Le parall\u00e8le entre les convictions et la posture de Rita Charon et celles de Michael White et David Epston m&#8217;apparait \u00e9vident.<br \/>\nComme Michael, sa fa\u00e7on de parler de l&#8217;histoire qu&#8217;elle tisse avec ses patients, est aussi simple et humble, qu&#8217;est enthousiaste, son d\u00e9sir de transmettre son exp\u00e9rience. Mettre au service des patients ses connaissances scientifiques indispensables, en se connectant \u00e0 leur &#8220;soi&#8221;, \u00e0 leur v\u00e9cu, invisible au premier abord, et apprendre d&#8217;eux en reconnaissant ses incertitudes, et ses capacit\u00e9s, n&#8217;est-ce pas la route \u00e0 deux voies dont nous parlait Michael ?<\/p>\n<p>Deux choses ont particuli\u00e8rement retenu mon int\u00e9r\u00eat. Sa fa\u00e7on de passer de l&#8217;\u00e9coute \u00e0 l&#8217;\u00e9criture, puis \u00e0 la lecture de l&#8217;\u00e9crit.<\/p>\n<p>Personnellement, j&#8217;utilise l&#8217;\u00e9criture, lorsque j&#8217;ai un probl\u00e8me, et suis toujours surprise de constater que cela fait surgir en moi des sentiments et des possibilit\u00e9s dont je n&#8217;avais pas la moindre id\u00e9e.<br \/>\nLire les livres de la th\u00e9rapie narrative m&#8217;a rendue plus disponible pour les stages que j&#8217;ai suivis. J&#8217;ai pris l&#8217;habitude d&#8217;envoyer \u00e0 mes clients, des notes sur nos entretiens, et la plupart ont le sentiment que cela les aide \u00e0 avancer. Notre \u00e9poque, ne donne sans doute pas assez d&#8217;importance \u00e0 l&#8217;\u00e9crit. Entre le travail, la radio et la t\u00e9l\u00e9vision, quel temps nous reste-t-il \u00e0 lui consacrer ? Ecrire ou lire prend du temps, certes, mais le profit est immense. Rita peut \u00eatre fi\u00e8re que les Universit\u00e9s aux Etats-Unis commencent \u00e0 envisager s\u00e9rieusement de consacrer temps et argent \u00e0 la N E B M<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me, est la dimension existentielle de sa pratique. Je me suis souvenue d&#8217;un jeune homme atteint d&#8217;un cancer du poumon, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la m\u00e9decine avait fort peu de savoir \u00e0 ce sujet. Il s&#8217;\u00e9tait demand\u00e9 : pourquoi moi ? Et apr\u00e8s une p\u00e9riode d&#8217;effroi et de r\u00e9volte, s&#8217;\u00e9tait r\u00e9pondu : parce que c&#8217;est moi. Cela m&#8217;avait frapp\u00e9e et j&#8217;avais longuement r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 cette question, en fait sans autre r\u00e9ponse possible. Na\u00eetre, vieillir, mourir, sont des faits existentiels qui d\u00e9passent notre entendement. Comment et pourquoi est-ce possible ? De nombreuses histoires tentent de calmer notre effroi, des religions \u00e0 la science. Consciemment ou inconsciemment, ces questions nous accompagnent. Il n&#8217;est pas facile de trouver un interlocuteur, qui ne coupe pas la r\u00e9flexion par ses croyances personnelles.<br \/>\nEn th\u00e9rapie, cette incertitude peut se faire jour. C&#8217;est bien le r\u00f4le du th\u00e9rapeute que d&#8217;\u00e9couter et de poser des questions qui permettent \u00e0 la personne de mobiliser ses ressources face \u00e0 notre situation existentielle.<\/p>\n<p>Que vais-je tirer de ma rencontre avec la N E B M ? L&#8217;avenir me le montrera. J&#8217;augure tout de m\u00eame, une plus profonde empathie, plus de respect, une capacit\u00e9 de partage plus d\u00e9velopp\u00e9e et un meilleur renvoi du v\u00e9cu de la personne.<\/p>\n<p><strong><em>Notes<\/em><\/strong><br \/>\n<em> La M\u00e9decine narrative est \u00e9galement enseign\u00e9e \u00e0 McGill University \u00e0 Montr\u00e9al et \u00e0 la facult\u00e9 de m\u00e9decine Ren\u00e9 Descartes \u00e0 Paris<\/em><\/p>\n<p><em>Rita Charon : Narrative medicine honoring the stories of illness. New-York Oxford University Press 2006<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Fanny Moureaux-N\u00e9ry Notre amie Fanny a assist\u00e9 \u00e0 la conf\u00e9rence sur la m\u00e9decine narrative que nous annoncions ici-m\u00eame dans un article du 20 novembre. Elle en a retir\u00e9 un tr\u00e8s joli compte rendu, \u00e0 la fois pr\u00e9cis, profond et plein d&#8217;humanit\u00e9, qui nous emm\u00e8ne loin dans la d\u00e9couverte de nouvelles routes qui sillonnent le &hellip; <a href=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/explorations\/medecine-narrative-le-compte-rendu.html\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de <span class=\"screen-reader-text\">MEDECINE NARRATIVE : LE COMPTE-RENDU<\/span><\/span>&nbsp;<span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[13],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2586"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2586"}],"version-history":[{"count":19,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2586\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2606,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2586\/revisions\/2606"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2586"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2586"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2586"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}