{"id":2309,"date":"2009-09-19T06:06:31","date_gmt":"2009-09-19T05:06:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/?p=2309"},"modified":"2022-01-21T12:02:58","modified_gmt":"2022-01-21T11:02:58","slug":"lapproche-narrative-collectivedavid-denboroughpreface-et-introduction","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/publications\/lapproche-narrative-collectivedavid-denboroughpreface-et-introduction.html","title":{"rendered":"<\/br>L&#8217;approche narrative collective <\/br>David Denborough <\/br>Pr\u00e9face et introduction<\/br>Trad. Catherine Mengelle"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<p><strong>Pr\u00e9face de l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>C\u2019est un plaisir et un honneur que de traduire et de publier en fran\u00e7ais pour la premi\u00e8re fois un livre de David Denborough. Tout d\u2019abord, tr\u00e8s \u00e9go\u00efstement, parce qu\u2019au fil des ann\u00e9es David est devenu un ami, que son travail notam- ment sur la musique narrative a eu une influence d\u00e9termi- nante sur le mien, et qu\u2019il a toujours accueilli mes id\u00e9es, mes propositions, et mes questions avec une bienveillance et une gentillesse que pour quelque raison obscure, j\u2019ai tendance \u00e0 associer syst\u00e9matiquement aux australiens.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>David est un vrai Aussie. L\u2019histoire de sa famille et la sienne sont intimement li\u00e9es aux grandes et aux petites histoires de ce continent fabuleux, th\u00e9\u00e2tre de trag\u00e9die et d\u2019h\u00e9ro\u00efsme, terre de g\u00e9nocide et de tol\u00e9rance, humus sanglant et rude d\u2019o\u00f9 a \u00e9merg\u00e9 une pratique th\u00e9rapeutique et sociale qui depuis 30 ans, se d\u00e9veloppe dans le monde entier avec un succ\u00e8s et une cr\u00e9ativit\u00e9 uniques.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>Cette histoire-l\u00e0 aussi, David en a fait partie depuis deux d\u00e9cennies, ayant rejoint le Dulwich Centre au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 et ayant travaill\u00e9 depuis \u00e0 son d\u00e9veloppement aux c\u00f4t\u00e9s de Michael White et Cheryl White, en tant qu\u2019associ\u00e9 et ami. il a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper tr\u00e8s rapidement au sein des pratiques narratives une voie originale passant par l\u2019\u00e9cri- ture, la diffusion des savoirs, mais surtout la documentation\u00a0et la performance des histoires minoritaires au service de la r\u00e9paration de l\u2019identit\u00e9 de communaut\u00e9s d\u00e9vast\u00e9es par des traumas.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p>Musicien et arrangeur hors-pair, il a cr\u00e9\u00e9 les techniques de \u00abnarrative songwriting\u00bb et les a fait conna\u00eetre dans le monde entier. en tant que th\u00e9rapeute et travailleur social, et toujours avec la complicit\u00e9 de Cheryl White, codirectrice du Dulwich Center, il a d\u00e9velopp\u00e9 sur le socle des travaux de Michael White un ensemble de techniques et d\u2019approches originales, issues de son travail inlassable tout autour du monde avec de multiples communaut\u00e9s en difficult\u00e9 en australie, en Palestine, en isra\u00ebl, au rwanda (o\u00f9 j\u2019ai eu la chance de travailler avec lui), en ex-Yougoslavie, en ouganda, au br\u00e9sil, dans les prisons auxquelles il a consacr\u00e9 un magnifique ouvrage pr\u00e9c\u00e9dent&#8230; Chacune de ces missions a eu pour r\u00e9sultat d\u2019exp\u00e9rimenter de nouvelles pratiques et apprentissages au contact des groupes qu\u2019il a accompagn\u00e9s, puis de les formaliser et de les partager g\u00e9n\u00e9reusement avec l\u2019ensemble de la communaut\u00e9 narrative, toujours enthou- siaste vis-\u00e0-vis des retours d\u2019exp\u00e9riences et des \u00e9changes.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>\u00abLes pratiques narratives collectives\u00bb est un ouvrage d\u2019une richesse incroyable, orient\u00e9 vers l\u2019intervention concr\u00e8te aupr\u00e8s des communaut\u00e9s et qui ouvre d\u2019immenses possibi- lit\u00e9s pour tous les praticiens de la relation d\u2019aide, qu\u2019ils soient travailleurs sociaux, th\u00e9rapeutes, coachs en entreprise&#8230; ou musiciens. voil\u00e0 ce qu\u2019en dit Catherine Mengelle, qui en a assur\u00e9 la traduction avec sa finesse et sa pertinence habituelles : \u00ab C\u2019est vrai que ce livre est fondamental. Je trouve que, sans rien renier ni l\u00e2cher de la pens\u00e9e source, il l\u2019am\u00e8ne \u00e0 des choses tr\u00e8s simples, simplement en observant et en reconnaissant que les gens ne se comportent jamais en victimes passives. La mission devient alors de trouver comment soutenir les efforts d\u00e9j\u00e0 existants, pour que le soulagement s\u2019installe plus vite. \u00bb<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>en proposant d\u2019accompagner simplement les commu- naut\u00e9s dans la d\u00e9couverte des savoirs, des principes de vie et des r\u00e9cits qui leur permettent de gu\u00e9rir des probl\u00e8mes socialement construits par les contextes dominants dans\u00a0lesquels elles sont plong\u00e9es et leurs repr\u00e9sentations, David Denborough propose un v\u00e9ritable changement de paradigme. nos propres repr\u00e9sentations du soin et du travail social sont quant \u00e0 elles domin\u00e9es par la tradition occidentale qui les confinent dans le domaine des sp\u00e9cialistes ou des philanthropes. L\u2019auteur nous propose d\u2019explorer ici une piste enti\u00e8rement diff\u00e9rente qui consiste \u00e0 confier le pouvoir aux communaut\u00e9s elles-m\u00eames et \u00e0 faire r\u00e9sonner leurs voix.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p>\u00abLes pratiques narratives collectives\u00bb sont appel\u00e9es \u00e0 devenir dans les pays francophones un ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence pour tous ceux qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 l\u2019approche narrative, comme c\u2019est d\u00e9j\u00e0 le cas en australie et dans la communaut\u00e9 internationale. Nous tenons \u00e0 exprimer notre infinie recon- naissance \u00e0 l\u2019auteur ainsi qu\u2019\u00e0 Cheryl White pour nous avoir encourag\u00e9s dans la cr\u00e9ation de cette collection en fran\u00e7ais enti\u00e8rement consacr\u00e9e aux pratiques narratives, pour nous avoir pris au s\u00e9rieux et soutenus lorsque nous avons cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Bordeaux la Fabrique Narrative, pour avoir \u00e9t\u00e9 et pour \u00eatre en permanence des partenaires g\u00e9n\u00e9reux, \u00e9thiques, inspirants, et rigoureux, \u00e0 la fois fid\u00e8les \u00e0 la m\u00e9moire de Michael White et encourageant avec enthousiasme tous les d\u00e9veloppements cr\u00e9atifs et in\u00e9dits qui prolongent son aventure.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p><em>Pierre Blanc-Sahnoun<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p><strong>Pr\u00e9face de l\u2019auteur<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pour r\u00e9pondre au d\u00e9fi de Paulo Freire<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>J\u2019ai \u00e9crit ce livre pour r\u00e9pondre \u00e0 un d\u00e9fi lanc\u00e9 il y a onze ans \u00e0 Sao Paulo au Br\u00e9sil. Onze ans, c\u2019est long, mais le d\u00e9fi \u00e9tait tel que je ne l\u2019ai jamais oubli\u00e9. J\u2019esp\u00e8re d\u2019ailleurs ne jamais l\u2019oublier.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>J\u2019\u00e9tais au br\u00e9sil pour \u00e9tudier les initiatives des sans-logis \u00e0 Sao Paulo qui revendiquaient le droit de vivre dans la rue, construisaient des \u00ab maisons \u00bb sous les aqueducs et cr\u00e9aient des associations de sans-logis pour essayer de s\u2019organiser politiquement (cf. veranda, 1999). C\u2019\u00e9tait aussi l\u2019\u00e9poque o\u00f9 le Mouvement Sans Terre (Movemento Sem Terra) marchait sur la capitale pour exiger un profond changement social.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>Le d\u00e9fi qui m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 \u00e9crire ces lignes aujourd\u2019hui ne r\u00e9side pourtant pas dans ces \u00e9v\u00e9nements, aussi importants soient-ils. Il d\u00e9coule d\u2019une rencontre avec Paulo Freire, auteur de La P\u00e9dagogie de l\u2019Opprim\u00e9, banni du br\u00e9sil pendant plusieurs ann\u00e9es, r\u00e9put\u00e9 pour son \u00e9ternel refus du statu quo et invitant chacun \u00e0 s\u2019autoriser \u00e0 en faire autant. Une jeune femme, probablement une parente, nous avait fait entrer dans son bureau tous les trois, Cheryl White, Walter varanda (un coll\u00e8gue br\u00e9silien) et moi-m\u00eame. Lorsque Paulo Freire s\u2019\u00e9tait tourn\u00e9 vers nous pour nous demander\u00a0si nous parlions portugais, Cheryl et moi avions hoch\u00e9 la t\u00eate n\u00e9gativement. elle s\u2019\u00e9tait alors tourn\u00e9e vers lui pour lui faire remarquer : \u00ab Mais enfin, vous parlez parfaitement Anglais ! \u00bb<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p>Ils devaient \u00eatre coutumiers de ce jeu car Freire s\u2019\u00e9tait alors mis \u00e0 parler longuement en Portugais \u00e0 notre coll\u00e8gue br\u00e9silien. Le message \u00e9tait clair. nous \u00e9tions venus au br\u00e9sil pour le rencontrer mais n\u2019avions pas fait l\u2019effort de parler sa langue.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>Au bout d\u2019un moment, il avait fini par basculer dans un anglais impeccable pour \u00e9voquer comment il avait essay\u00e9 de faire bouger les dogmes de l\u2019apprentissage, de bousculer le sch\u00e9ma acad\u00e9mique individualis\u00e9 o\u00f9 les individus apprennent du ma\u00eetre pour proposer un processus o\u00f9 les gens acc\u00e8deraient \u00e0 une autre compr\u00e9hension du monde qui leur permettrait au bout du compte de penser et de mettre en \u0153uvre collectivement un changement social plus large.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>nous n\u2019avions bien entendu pas eu l\u2019occasion de demander si nous pouvions enregistrer l\u2019entretien et j\u2019avais commenc\u00e9 \u00e0 griffonner rapidement quelques notes sur un petit bloc. \u00c0 un moment, j\u2019avais profit\u00e9 d\u2019une interruption pour poser une question. Je voulais savoir si les principes qu\u2019il exposait pouvaient \u00e9galement s\u2019appliquer quand on travaille avec des sans-logis. La question \u00e9tait anodine mais je n\u2019ai jamais plus oubli\u00e9 sa r\u00e9ponse.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>il ne pouvait pas r\u00e9pondre \u00e0 cette question \u2013 je ne regardais pas l\u00e0 o\u00f9 il fallait pour trouver la r\u00e9ponse, la r\u00e9ponse ne pouvait se trouver qu\u2019aupr\u00e8s des sans-logis, en parlant avec eux.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>il sugg\u00e9rait que le plus urgent aujourd\u2019hui \u00e9tait de s\u2019inqui\u00e9ter du fait que les privil\u00e9gi\u00e9s de ce monde ne cherchaient jamais les solutions l\u00e0 o\u00f9 il fallait. et comme ils ne les trouvaient pas l\u00e0 o\u00f9 ils les cherchaient, ils finissaient par se d\u00e9courager et se dire qu\u2019il \u00e9tait vain de croire qu\u2019on pouvait agir et changer les choses. il appelait ce ph\u00e9nom\u00e8ne le \u00ab fatalisme n\u00e9o-lib\u00e9ral \u00bb et pensait que c\u2019\u00e9tait sans doute l\u2019obstacle le plus grand qui se dressait devant nous.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>Ses id\u00e9es sur le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme et cette politique du d\u00e9sespoir ont trouv\u00e9 chez moi un \u00e9cho consid\u00e9rable et m\u2019ont\u00a0lanc\u00e9 un v\u00e9ritable d\u00e9fi. J\u2019ai souvent crois\u00e9 le d\u00e9sespoir dans la vie, chaque fois par exemple que je me suis demand\u00e9 si le changement social \u00e9tait vraiment possible ou quand je voyais la fa\u00e7on dont les hommes traitaient leurs cong\u00e9n\u00e8res. Paulo Freire avait lui aussi crois\u00e9 le d\u00e9sespoir. Quand il parlait d\u2019espoir, ce n\u2019\u00e9tait pas de l\u2019optimisme b\u00e9at. L\u2019espoir qu\u2019il \u00e9voquait \u00e9tait d\u2019autant plus fort qu\u2019il connaissait bien le d\u00e9sespoir.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p>\u00c0 la fin de notre entretien, nous avions rejoint l\u2019a\u00e9roport et saut\u00e9 dans un avion pour Canberra o\u00f9 j\u2019habitais, dans un appartement face aux montagnes. \u00c9puis\u00e9, je m\u2019\u00e9tais endormi aussit\u00f4t mais r\u00e9veill\u00e9 longtemps avant le retour du soleil. il faisait encore nuit noire. Je m\u2019\u00e9tais install\u00e9 \u00e0 mon bureau pour travailler sur l\u2019interview, m\u2019\u00e9tais absorb\u00e9 dans la lecture de mes notes, les avais tap\u00e9es et corrig\u00e9es. Puis je m\u2019\u00e9tais recouch\u00e9 et rendormi.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>\u00c0 mon r\u00e9veil, quelques heures plus tard, le soleil inondait la pi\u00e8ce. C\u2019\u00e9tait l\u2019heure des nouvelles. La radio annon\u00e7ait que Paulo Freire \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans la nuit. Il avait \u00e9t\u00e9 admis \u00e0 l\u2019h\u00f4pital l\u2019apr\u00e8s-midi o\u00f9 nous l\u2019avions quitt\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>Les derniers mots qu\u2019il nous avait dits \u00e9taient : \u00ab Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on se bat aujourd\u2019hui qu\u2019on va forc\u00e9ment r\u00e9ussir \u00e0 faire bouger les choses mais si on ne le fait pas, les g\u00e9n\u00e9rations futures devront se battre deux fois plus. L\u2019histoire ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0, elle continue apr\u00e8s nous. \u00bb (Freire, 1999)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>Ce qu\u2019il nous a dit ce jour-l\u00e0, il y a de cela quinze ans, a influenc\u00e9 chaque page de ce livre. Comment r\u00e9sister au fatalisme n\u00e9o-lib\u00e9ral ? Comment imaginer des m\u00e9thodes de travail s\u2019appuyant sur l\u2019esp\u00e9rance de changements sociaux plus larges ? Comment rechercher cette esp\u00e9rance l\u00e0 o\u00f9 il faut ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>Cet ouvrage pr\u00e9sente un certain nombre de m\u00e9thodolo- gies capables d\u2019apporter des r\u00e9ponses \u00e0 des individus, des groupes ou des communaut\u00e9s qui traversent des \u00e9preuves difficiles. Ces approches sont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment simples \u00e0 mettre en \u0153uvre et peuvent aussi bien \u00eatre utilis\u00e9es avec des enfants, des jeunes ou des adultes. elles ont \u00e9t\u00e9 tout particuli\u00e8rement d\u00e9velopp\u00e9es pour r\u00e9pondre \u00e0 cette demande courante des praticiens : lorsque l\u2019on n\u2019a pas les moyens ou qu\u2019il n\u2019est pas appropri\u00e9 de faire un entretien en face \u00e0 face, comment faire pour utiliser n\u00e9anmoins l\u2019approche narrative avec les gens qui se d\u00e9battent dans des difficult\u00e9s ?<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>Soulignons que ces m\u00e9thodologies, con\u00e7ues \u00e0 l\u2019origine dans le cadre de contextes collectifs ou communautaires, ont \u00e9t\u00e9 \u00e9galement adopt\u00e9es par des praticiens travaillant essentiellement en individuel.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p><strong>Nous pr\u00e9senterons dans ce livre les m\u00e9thodologies suivantes :<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>\u2013 les documents narratifs collectifs ;<\/p>\n<p>\u2013 encourager la contribution par les \u00e9changes de messages\u00a0ou l\u2019organisation de c\u00e9r\u00e9monies d\u00e9finitionnelles ;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>\u2013 l\u2019arbre de vie : une r\u00e9ponse pour les enfants vuln\u00e9rables ;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p>\u2013\u00a0l\u2019\u00c9quipe de vie : donner sportivement une chance aux jeunes ;<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>les check-lists de r\u00e9sistance sociale et psychologique ; les frises chronologiques narratives collectives : permettre aux gens de se sentir reli\u00e9s \u00e0 travers le temps ; les cartes d\u2019histoire : les endroits o\u00f9 on a appris ce qui compte le plus pour soi ;\u00a0les chansons de vie : relancer la culture \u00ab populaire \u00bb. Dans la plupart de nos contextes d\u2019intervention, les personnes qui aident les individus, les groupes ou plus largement les communaut\u00e9s sujets d\u2019un trauma, appartiennent \u00e0 la communaut\u00e9. Ce ne sont pas des professionnels. ils n\u2019ont pas eu de formation approfondie en psychologie. il est crucial aujourd\u2019hui de d\u00e9velopper des m\u00e9thodes de travail pouvant d\u00e9border du monde professionnel. Celles que je pr\u00e9sente ici sont fond\u00e9es sur des concepts narratifs r\u00e9cents (Denborough, 2006 ; Epston, 1998 ; Freedman &amp; Combs, 1996 ; White, 2007) et sont d\u00e9crites de fa\u00e7on \u00e0 les rendre accessibles\u00a0et relativement simples \u00e0 mettre en \u0153uvre.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>Les m\u00e9taphores qui leur servent de support ont \u00e9t\u00e9 choisies de fa\u00e7on d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e. Certaines de ces m\u00e9thodologies sont construites sur des m\u00e9taphores de la nature (les arbres, les for\u00eats, les temp\u00eates), d\u2019autres sur des m\u00e9taphores sportives (\u00c9quipe de vie) ou des concepts comme les frises chrono- logiques, les check-lists, les chansons et les histoires. Si on doit trouver des fa\u00e7ons de travailler capables de s\u2019exporter au-del\u00e0 du cabinet du praticien, il faudra s\u2019int\u00e9resser aux rites ordinaires de la vie de tous les jours et aux plaisirs de la vie en communaut\u00e9. nos rapports avec la nature, le sport, les r\u00e9cits, les chansons et l\u2019histoire constituent autant de points de d\u00e9part de la culture populaire.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p><strong>Des origines diverses<\/strong><\/p>\n<p>Chaque approche d\u00e9crite dans ce livre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e quelque part dans le monde pour r\u00e9pondre \u00e0 une situation de difficult\u00e9s particuli\u00e8re :<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p>\u2013 un australien qui tente, dans une prison de tr\u00e8s haute s\u00e9curit\u00e9 pour hommes, de se lib\u00e9rer de son pass\u00e9 d\u2019enfant sexuellement abus\u00e9 ;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>\u2013 des enfants en afrique du Sud dont les familles et les communaut\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 ravag\u00e9es par le virus HIV du sida ;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<ul>\n<li>\u2013 \u00a0des Palestiniens qui vivent en zone occup\u00e9e ;<\/li>\n<li>\u2013 \u00a0des coll\u00e8gues rwandais qui travaillent dans l\u2019ombre\u00a0du g\u00e9nocide ;<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<ul>\n<li>\u2013 \u00a0des Isra\u00e9liens en plein conflit militaire\u2013 \u00a0des communaut\u00e9s indig\u00e8nes en australie qui doivent\u00a0affronter les effets de la d\u00e9possession, du malheur, de\u00a0l\u2019alcool et de la violence ;<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>\u2013 des coll\u00e8gues libanais qui cherchent quelles r\u00e9ponses\u00a0apporter \u00e0 des communaut\u00e9s victimes d\u2019attaques\u00a0militaires ;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>\u2013 des jeunes gens au Soudan \u2013 excellents joueurs de\u00a0football malgr\u00e9 la guerre qui a chang\u00e9 \u00e0 jamais le\u00a0cours de leur vie.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>Chaque fois, les personnes victimes du trauma et des\u00a0souffrances ne se sont pas content\u00e9es de subir l\u2019\u00e9preuve passivement. Comme l\u2019ont d\u00e9crit alan Wade (1997) et Michael White (2004b, 2006), personne ne subit un trauma sans r\u00e9agir. C\u2019est vrai pour les individus, mais c\u2019est vrai aussi pour les groupes ou les communaut\u00e9s.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>Au sein de toute communaut\u00e9 qui fait face \u00e0 des difficult\u00e9s, il y a des gens qui cherchent \u00e0 s\u2019y attaquer et qui font tout ce qui est en leur pouvoir pour essayer, en s\u2019appuyant sur des talents et des savoirs particuliers, de contrer les effets du probl\u00e8me dans leur vie et dans la vie de ceux qu\u2019ils aiment et dont ils s\u2019occupent. Ces initiatives ne sont sans doute pas assez reconnues actuellement et elles ne sont s\u00fbrement pas suffisantes \u00e0 elles seules pour surmonter tout ce que la communaut\u00e9 doit affronter sur le moment. elles sont pour- tant hautement significatives. Si on offrait aux membres de la communaut\u00e9 la possibilit\u00e9 d\u2019identifier ces initiatives et d\u2019en parler suffisamment pour faire \u00e9merger aux yeux de tous les talents et les savoirs implicites qu\u2019elles rec\u00e8lent, si on leur offrait la possibilit\u00e9 de retracer l\u2019origine de ces talents et\u00a0de ces savoirs pour r\u00e9aliser \u00e0 quel point ils sont \u00e9troitement li\u00e9s \u00e0 leur culture locale, on pourrait alors les renforcer et ouvrir la voie \u00e0 d\u2019autres initiatives (Denborough, Koolmatrie, Mununggiritj, Marika, Dhurrkay &amp; Yunupingu, 2006, p. 20).<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p>notre premi\u00e8re mission est donc d\u2019inventer des fa\u00e7ons de travailler qui permettent d\u2019exhumer (puis de d\u00e9crire avec richesse) les talents et les savoirs de ceux qui ont v\u00e9cu une exp\u00e9rience traumatique et souffert. notre deuxi\u00e8me mission est d\u2019\u00ab encourager la contribution \u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p><strong>Encourager la contribution<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>La plupart de ceux avec qui nous travaillons ont tr\u00e8s rarement l\u2019occasion de sentir qu\u2019ils contribuent \u00e0 la vie d\u2019autrui. ils n\u2019imaginent pas, vu le mal qu\u2019ils \u00e9prouvent \u00e0 g\u00e9rer leur propre vie, qu\u2019ils peuvent apporter quoi que ce soit \u00e0 autrui. Pourtant, ils ne sont pas seuls \u00e0 rencontrer des difficult\u00e9s et l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019ils en ont ainsi que la fa\u00e7on dont ils r\u00e9agissent peuvent servir \u00e0 tous ceux qui connaissent des situations semblables ou proches. vivre l\u2019exp\u00e9rience de contribuer \u00e0 la vie d\u2019autrui peut \u00eatre un excellent catalyseur pour r\u00e9duire les effets (ou transformer la nature) des souffrances d\u2019une personne. Le fait de se rendre compte que son savoir, acquis de haute lutte, est utile \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019autre lui permettra de donner du sens \u00e0 une souffrance qui n\u2019aura \u00ab pas \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement inutile \u00bb (Myerhoff, 1982, p. 111). Ce sentiment g\u00e9n\u00e9rera une impression de possible qui d\u00e9bordera sur d\u2019autres aspects de sa vie.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>Les exp\u00e9riences que nous avons v\u00e9cues montrent que plus les circonstances qu\u2019affronte une communaut\u00e9 sont difficiles et plus ce principe prend du sens. au point que nous avons \u00e9t\u00e9 conduits, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, \u00e0 reconfigurer notre travail. on part g\u00e9n\u00e9ralement du principe que les gens qui font face \u00e0 de lourdes \u00e9preuves ont besoin d\u2019\u00eatre \u00abaid\u00e9s\u00bb, \u00abgu\u00e9ris\u00bb, \u00absuivis en th\u00e9rapie\u00bb ou \u00absoutenus psychologiquement \u00bb et que cette \u00ab aide \u00bb doit venir de professionnels. Mais apr\u00e8s tout, ils ont peut-\u00eatre besoin de tout \u00e0 fait autre\u00a0chose. Peut-\u00eatre serait-il int\u00e9ressant de cr\u00e9er des conditions qui permettraient aux individus et aux communaut\u00e9s qui traversent des difficult\u00e9s de contribuer \u00e0 la vie d\u2019autres personnes rencontrant des difficult\u00e9s du m\u00eame ordre. Les chapitres de ce livre pr\u00e9sentent un certain nombre de fa\u00e7ons d\u2019y parvenir.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p><strong>\u00c0 qui s\u2019adresse ce livre ?<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>Les m\u00e9thodologies pr\u00e9sent\u00e9es ici ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es afin de pouvoir \u00eatre utilis\u00e9es par un \u00e9ventail de gens le plus large possible :<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>\u2013 premi\u00e8rement, ceux qui s\u2019occupent des individus, des familles et des communaut\u00e9s victimes d\u2019un trauma : les conseillers, les travailleurs psychosociaux, les th\u00e9rapeutes, les adultes au sein des communaut\u00e9s et les travailleurs communautaires ;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>\u2013 puis, ceux qui interviennent dans le domaine de l\u2019\u00e9ducation populaire et de l\u2019alphab\u00e9tisation ;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>\u2013 ensuite, ceux qui sont engag\u00e9s dans la pratique artistique : l\u2019\u00e9criture, la musique, le th\u00e9\u00e2tre, la danse et le cin\u00e9ma ;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>\u2013 et enfin, ceux qui sont impliqu\u00e9s localement sur un certain nombre de questions sociales.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>J\u2019ai le plus grand respect pour tous ceux qui travaillent dans chacun de ces domaines et s\u2019impliquent dans l\u2019accompagnement du trauma, l\u2019\u00e9ducation populaire, l\u2019art et l\u2019action sociale. Le potentiel de collaboration entre tous ces domaines d\u2019action me semble sans mesure et pourtant, il est tr\u00e8s peu explor\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p><strong>Diff\u00e9rentes formes de pratique<\/strong><\/p>\n<p>Les r\u00e9ponses qu\u2019on apporte au trauma et \u00e0 la souffrance quelque part dans le monde sont parfois tr\u00e8s diff\u00e9rentes de celles qu\u2019on d\u00e9veloppe et propose ailleurs. Dans un cas, on\u00a0pr\u00e9f\u00e9rera un accompagnement individuel, dans un autre on choisira plut\u00f4t de faire appel \u00e0 des m\u00e9thodes collectives. N\u2019h\u00e9sitez pas \u00e0 rejoindre la Fondation du Dulwich Centre et \u00e0 nous aider \u00e0 d\u00e9velopper des m\u00e9thodologies ax\u00e9es sur ceux qui souffrent, les plus diverses et accessibles possibles. Quand vous appliquerez celles que je d\u00e9cris ici, je compte sur vous pour leur apporter les modifications et les adaptations exig\u00e9es par le contexte. Peut-\u00eatre d\u00e9ciderez-vous de d\u00e9velopper votre propre m\u00e9thode narrative collective. Ce\u00a0serait notre plus belle r\u00e9ussite.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p><strong>Pour acheter cet ouvrage :\u00a0<a href=\"http:\/\/www.editions-hermann.fr\/ficheproduit.php?lang=fr&amp;menu=9&amp;ref=Hermann+%2F+L%27Entrep%F4t+L%27approche+narrative+collective&amp;prodid=989\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">cliquer ici<\/a><\/strong><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr\u00e9face de l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise C\u2019est un plaisir et un honneur que de traduire et de publier en fran\u00e7ais pour la premi\u00e8re fois un livre de David Denborough. Tout d\u2019abord, tr\u00e8s \u00e9go\u00efstement, parce qu\u2019au fil des ann\u00e9es David est devenu un ami, que son travail notam- ment sur la musique narrative a eu une influence d\u00e9termi- &hellip; <a href=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/publications\/lapproche-narrative-collectivedavid-denboroughpreface-et-introduction.html\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de <span class=\"screen-reader-text\"><\/br>L&#8217;approche narrative collective <\/br>David Denborough <\/br>Pr\u00e9face et introduction<\/br>Trad. 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