{"id":2170,"date":"2011-09-08T05:53:22","date_gmt":"2011-09-08T04:53:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/?p=2170"},"modified":"2011-09-08T05:53:22","modified_gmt":"2011-09-08T04:53:22","slug":"une-therapie-de-la-reconnaissance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/conferences\/une-therapie-de-la-reconnaissance.html","title":{"rendered":"UNE THERAPIE DE LA RECONNAISSANCE"},"content":{"rendered":"<p><strong>Stephen Madigan est \u00e0 Arcachon pendant trois jours dans le cadre de la Classe de Mer 2011 de la Fabrique Narrative. Voici le magnifique texte d&#8217;ouverture par lequel il a d\u00e9marr\u00e9 hier ce s\u00e9minaire (traduction de Catherine Mengelle).<\/strong><\/p>\n<p>Je voudrais commencer par vous transmettre de cordiales salutations du Canada, de la part de ma famille et de mes coll\u00e8gues de Vancouver, et par vous remercier beaucoup de votre invitation.<\/p>\n<p>Un jour, en 1991, pendant ma formation de th\u00e9rapie narrative en Australie, je me suis retrouv\u00e9 avec Michael White dans son avion tr\u00e8s haut dans le ciel d&#8217;Adelaide. Il venait brillamment de me prouver qu&#8217;il savait voler comme un oiseau, en utilisant exclusivement les courants d&#8217;air chauds ascendants pour s&#8217;\u00e9lever, quand tout \u00e0 coup, il s&#8217;est tourn\u00e9 vers moi et m&#8217;a dit : &#8220;Tu sais, Stephen, j&#8217;ai toujours pens\u00e9 que les gens qui viennent nous voir sont beaucoup plus int\u00e9ressants qu&#8217;ils ne le disent.&#8221;<!--more--><\/p>\n<p>Je pense qu&#8217;il voulait dire qu&#8217;un praticien doit consid\u00e9rer \u2013 cette pratique toute simple est le premier travail du praticien narratif &#8211; que l&#8217;histoire de la vie des gens est beaucoup plus int\u00e9ressante que le r\u00e9cit qu&#8217;ils en font, et essayer de les aider \u00e0 se souvenir, se r\u00e9approprier et r\u00e9inventer une histoire alternative pr\u00e9sentant plus de richesse, d&#8217;\u00e9paisseur et de sens. Pour y parvenir, il est n\u00e9cessaire de d\u00e9velopper des comp\u00e9tences de double \u00e9coute.<\/p>\n<p>Maintenant qu&#8217;il est mort, je me rappellerai <em>toujours<\/em> qu&#8217;il disait que l&#8217;approche narrative \u00e9tait avant et plus que tout une <em>th\u00e9rapie de la reconnaissance<\/em>. Une forme de conversation privil\u00e9gi\u00e9e qui permet de reconna\u00eetre ce que les personnes vivent, leurs comp\u00e9tences, leurs talents, etc. J&#8217;ai appris, quand je me suis form\u00e9 avec Michael White et David Epston, que leur approche de la pratique narrative n&#8217;\u00e9tait rien d&#8217;autre qu&#8217;une <em>totale c\u00e9l\u00e9bration de l&#8217;autre<\/em>. C&#8217;est ce qu&#8217;ils ont l\u00e9gu\u00e9 de leur pratique, \u00e0 leurs amis, aux praticiens et aux personnes qui les ont consult\u00e9s.<\/p>\n<p>J&#8217;ai \u00e9galement d\u00e9couvert une autre id\u00e9e simple mais tr\u00e8s importante pour eux : il s&#8217;agit de leur engagement sans faille contre l&#8217;individualisme.<\/p>\n<p>Dans l&#8217;esprit de Michael et de David, il \u00e9tait compl\u00e8tement absurde d&#8217;aborder en th\u00e9rapie les combats des gens <em>sans<\/em> questionner le contexte relationnel \u00e9largi de leur vie. Ils pensaient qu&#8217;une psychologie fond\u00e9e sur les id\u00e9es d&#8217;individualisation pr\u00e9sentait un sens de la &#8220;r\u00e9alit\u00e9&#8221; \u00e0 la fois d\u00e9sincarn\u00e9 et d\u00e9connect\u00e9, et bien loin d&#8217;expliquer les myst\u00e8res et les richesses de l&#8217;exp\u00e9rience humaine.<\/p>\n<p>Michael se d\u00e9solait r\u00e9ellement de l&#8217;influence de l&#8217;individualisme sur la culture th\u00e9rapeutique, au sens large. Il affirmait que l&#8217;individualisme n&#8217;\u00e9tait pas simplement un d\u00e9bat de th\u00e9oriciens, mais qu&#8217;il \u00e9tait la cause de profonds effets n\u00e9fastes et par voie de cons\u00e9quence, de r\u00e9ponses internalis\u00e9es dommageables.<\/p>\n<p>L&#8217;individualisme est la position philosophique h\u00e9g\u00e9monique dominante qui d\u00e9termine la fa\u00e7on de se construire des individus. Je crois que Michael pensait que la mise en pratique des id\u00e9es d&#8217;individualisation dans le cadre th\u00e9rapeutique cr\u00e9ait une d\u00e9tresse durable dans les communaut\u00e9s (et dans les vies et les rapports humains du praticien et du client).<\/p>\n<p>L&#8217;individualisme est encore au centre du discours psychologique. On peut m\u00eame consid\u00e9rer que son mariage avec la culture psychologique et la grande pharmacologie constitue aujourd&#8217;hui dans le monde un des bastions majeurs de la colonisation.<\/p>\n<p>Et tout cela, malgr\u00e9 la souffrance que g\u00e9n\u00e8re une th\u00e9rapie sous emprise individualiste, et rarement critiqu\u00e9e. J&#8217;ajouterais qu&#8217;aujourd&#8217;hui, il est plus que jamais important que l&#8217;approche narrative accentue sa critique de l&#8217;individualisme, \u00e0 la fois sur le plan th\u00e9orique et sur le plan pratique.<\/p>\n<p>Selon Michel Foucault :<\/p>\n<p>&#8220;La critique ne consiste pas \u00e0 dire que les choses ne sont pas bien comme elles sont. Elle consiste \u00e0 voir sur quels types d\u2019\u00e9vidences, de familiarit\u00e9s, des modes de pens\u00e9e acquis et non r\u00e9fl\u00e9chis reposent les pratiques que l\u2019on accepte. Faire la critique, c&#8217;est rendre difficile les gestes trop faciles&#8221;.<\/p>\n<p>Je dirais, apr\u00e8s les vingt ann\u00e9es d&#8217;apprentissage que j&#8217;ai pass\u00e9es avec Michael et David, que l&#8217;approche narrative est la premi\u00e8re m\u00e9thode th\u00e9rapeutique post-psychologique. Par cons\u00e9quent, elle est avant et plus que tout anti-individualiste.<\/p>\n<p>Un exemple : l&#8217;approche narrative anti-individualiste questionne la l\u00e9gitimit\u00e9 et l&#8217;\u00e9thique de pratiques localisant l&#8217;anorexie \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du corps de la jeune femme. La jeune femme souffre, son corps, s\u00e9rieusement bless\u00e9 et en danger, souffre. Si nous ne faisons pas le lien entre ces pratiques de normalisation du corps et les standards impos\u00e9s par la culture post-capitaliste, nous devenons complices du crime et du pouvoir de l&#8217;individualisme.<\/p>\n<p>Je vous invite \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux questions suivantes :<\/p>\n<p>Comment faire pour refuser d&#8217;inscrire et de privatiser le probl\u00e8me \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de la personne, dans son corps, et pour le replacer dans le contexte g\u00e9n\u00e9ral qui l&#8217;a cr\u00e9\u00e9 et le soutient ? Comment faire pour refuser de d\u00e9crire le probl\u00e8me de la personne avec des mots \u00e9trangers et l&#8217;inviter plut\u00f4t \u00e0 le faire et \u00e0 d\u00e9crire sa vie avec ses propres mots ?<\/p>\n<p>En mai dernier, j&#8217;\u00e9tais en Palestine avec Cheryl White et David Denborough pour travailler avec des praticiens palestiniens. Nous sommes all\u00e9s dans les camps de r\u00e9fugi\u00e9s et avons assist\u00e9 \u00e0 des consultations th\u00e9rapeutiques \u00e0 domicile. Le terme &#8220;trauma&#8221; doit pouvoir s&#8217;appliquer au niveau de souffrance \u00e9lev\u00e9 des gens que nous avons rencontr\u00e9s.<\/p>\n<p>Nous aurions pu \u00e9galement utiliser pour d\u00e9crire les \u00e9preuves qu&#8217;ils vivent l&#8217;expression stigmatisante de TSPT (trouble de stress post-traumatique), derni\u00e8re n\u00e9e de la terminologie scientifique. Mais si on ne reconna\u00eet pas pleinement que la vie de ces gens se d\u00e9roule dans des conditions g\u00e9n\u00e9rales de pauvret\u00e9, d&#8217;emprisonnement, de violence, de surveillance et de pertes multi-g\u00e9n\u00e9rationnelles, le terme trauma reste vide de sens. Il reste vide de sens au point de perdre toute \u00e9thique car il est incapable de v\u00e9hiculer les histoires de r\u00e9sistance et de survie.<\/p>\n<p>Comme la plupart d&#8217;entre vous le savent d\u00e9j\u00e0, la terminologie psychologique oublie d&#8217;int\u00e9grer dans ses appellations tout ce qui se rapporte aux in\u00e9galit\u00e9s structurelles ou aux jeux de pouvoir. Elle n&#8217;\u00e9voque jamais les questions de racisme, de classe, de post-colonialisme, de genre ou de pratiques sexuelles.<\/p>\n<p>J&#8217;en suis \u00e0 un point aujourd&#8217;hui, dans mon p\u00e9riple en th\u00e9rapie, o\u00f9 je n&#8217;ai plus l&#8217;impression de vraiment savoir ce que recouvrent des termes comme &#8220;d\u00e9pression&#8221; ou &#8220;anxi\u00e9t\u00e9&#8221;. Je ne peux pas en avoir la moindre id\u00e9e puisque les id\u00e9es elles-m\u00eames sont formul\u00e9es \u00e0 travers le prisme d&#8217;une id\u00e9ologie structuraliste et individualiste.<\/p>\n<p>Ce qui m&#8217;int\u00e9resse plut\u00f4t, c&#8217;est de trouver comment donner aux probl\u00e8mes un nom <em>dans leur contexte<\/em>, de savoir comment les replacer dans un contexte social, et dans un cadre collectif. En effet, nous ne pourrons aider les gens \u00e0 se d\u00e9livrer d&#8217;un sentiment individuel de culpabilit\u00e9 qu&#8217;\u00e0 partir du moment o\u00f9 les probl\u00e8mes seront d\u00e9crits dans un cadre collectif.<\/p>\n<p>L&#8217;approche narrative qui s&#8217;est nourrie des id\u00e9es post-structurelles soul\u00e8ve dans le domaine th\u00e9rapeutique des questions d&#8217;une tr\u00e8s grande puissance. Elle se bat pour entra\u00eener la psychologie sur le terrain du post-structuralisme, de l&#8217;anti-individualisme, de la justice sociale et de l&#8217;ethnographie critique. Elle n&#8217;a de cesse de bousculer les pratiques psychologiques pour les d\u00e9livrer des pr\u00e9jug\u00e9s individualistiques &#8220;normalisant&#8221; le travail, la supervision et la recherche th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<p>Je voudrais maintenant vous parler rapidement de deux histoires d&#8217;accompagnement associant la pratique narrative des campagnes d&#8217;\u00e9criture de lettres th\u00e9rapeutiques (si ce sujet vous int\u00e9resse, vous trouverez de nombreux exemples dans mon nouvel ouvrage intitul\u00e9 Approche Narrative \u2013 th\u00e9orie et pratique).<\/p>\n<p>J&#8217;ai rencontr\u00e9 Tom et Peter s\u00e9par\u00e9ment. Quand on m&#8217;a pr\u00e9sent\u00e9 Tom, il venait de passer 12 mois en h\u00f4pital psychiatrique. Peter, lui, y avait fait 4 mois.<\/p>\n<p>J&#8217;ai dirig\u00e9 avec chacun d&#8217;entre eux deux s\u00e9ances de th\u00e9rapie familiale \u00e0 mon bureau, avant de leur proposer \u00e0 chacun une campagne d&#8217;\u00e9criture de lettres th\u00e9rapeutiques impliquant leur communaut\u00e9 d&#8217;int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>Les campagnes d&#8217;\u00e9criture de lettres th\u00e9rapeutiques mettent \u00e0 contribution la communaut\u00e9 d&#8217;int\u00e9r\u00eat de la personne dans le but de l&#8217;aider \u00e0 se rappeler et \u00e0 r\u00e9unir des \u00e9l\u00e9ments de sa vie auxquels elle n&#8217;a plus acc\u00e8s pour l&#8217;instant. La communaut\u00e9 d&#8217;int\u00e9r\u00eat s&#8217;attache en quelque sorte aux histoires subordonn\u00e9es et aux potentiels de la personne jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;elle soit capable d&#8217;en rattraper le fil elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 leurs histoires :<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9quipe de l&#8217;h\u00f4pital psychiatrique local m&#8217;avait contact\u00e9 par deux fois pour me demander de recevoir un de leurs patients. Tom et Peter \u00e9taient deux hommes de classe moyenne, mari\u00e9s, h\u00e9t\u00e9rosexuels, qui avaient atterri en psychiatrie.<\/p>\n<p>Tous deux avaient suivi les voies du d\u00e9sespoir et fini par choisir la mort plut\u00f4t que la vie. Et tous les deux avaient \u00e9t\u00e9 miraculeusement extirp\u00e9s des vapeurs toxiques d\u00e9gag\u00e9es par le moteur de leur voiture et sauv\u00e9s, juste \u00e0 temps.<\/p>\n<p>R\u00e9sultat : sauv\u00e9s, mais envoy\u00e9s en psychiatrie. Leur tentative de mettre fin \u00e0 leurs jours avait \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme un acte solitaire, dont ils avaient \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement rendus responsables.<\/p>\n<p>Quand Tom avait pris sa retraite, il s&#8217;\u00e9tait non seulement convaincu qu&#8217;il ne faisait pas ce qu&#8217;il fallait pour \u00eatre un bon retrait\u00e9, mais il avait en plus d\u00e9velopp\u00e9 la pens\u00e9e n\u00e9gative que sa vie n&#8217;avait pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur de ce qu&#8217;il appelait une &#8220;vie convenable&#8221;.<\/p>\n<p>Peter, de son c\u00f4t\u00e9, avait perdu sa petite fille de 3 ans, Mara, qui s&#8217;\u00e9tait noy\u00e9e tragiquement alors qu&#8217;il n&#8217;\u00e9tait pas en ville. Il trouvait lui aussi qu&#8217;il ne se comportait pas comme un p\u00e8re en deuil devrait le faire. Il ne se sentait pas capable de faire le deuil de son enfant.<\/p>\n<p>En entrant \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital, les deux hommes avaient int\u00e9gr\u00e9 un syst\u00e8me de croyance institutionnel d&#8217;individualisation o\u00f9 on avait consid\u00e9r\u00e9 leur corps comme une <em>tablette passive<\/em> sur laquelle on pouvait inscrire des troubles individualis\u00e9s. En d&#8217;autres termes, on avait utilis\u00e9 l&#8217;expertise psychiatrique pour coller <em>sur<\/em> <em>leur corps et les concernant<\/em> des \u00e9tiquettes pathologiques.<\/p>\n<p>Beaucoup avait \u00e9t\u00e9 \u00e9crit \u00e0 leur sujet.<\/p>\n<p>A vrai dire, la premi\u00e8re fois que j&#8217;ai rencontr\u00e9 Tom, il est arriv\u00e9 avec un dossier m\u00e9dical pesant six livres. Celui de Peter \u00e9tait plus l\u00e9ger, il ne pesait que 3 livres.<\/p>\n<p>La pratique d&#8217;individualisation du corps en psychologie qui consiste \u00e0 cat\u00e9goriser les gens et \u00e0 consigner leurs histoires dans des documents (ou des fiches) traditionnels, suivant le mod\u00e8le d&#8217;investigation des sciences &#8220;molles&#8221;, aboutit \u00e0 reproduire socialement des normes institutionnelles et culturellement \u00e9tablies.<\/p>\n<p>Ce qui se produit, chaque fois qu&#8217;on colle sur les gens une \u00e9tiquette psychiatrique, ce n&#8217;est pas seulement la r\u00e9p\u00e9tition d&#8217;un processus d&#8217;inscription identitaire, c&#8217;est aussi l&#8217;opportunit\u00e9 r\u00e9currente de v\u00e9rifier, de valoriser et d&#8217;\u00e9lever le degr\u00e9 de l\u00e9gitimit\u00e9 de la recherche scientifique et par la m\u00eame occasion, le statut de la profession lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>A <em>l&#8217;unanimit\u00e9<\/em>, Tom et Peter avaient \u00e9t\u00e9 <em>diagnostiqu\u00e9s<\/em> comme affect\u00e9s de &#8220;troubles chroniques de d\u00e9pression majeure&#8221;, ce qui m&#8217;a fait penser que l&#8217;\u00e9quipe posait sur les deux hommes qu&#8217;elle avait <em>document\u00e9s<\/em> et <em>mis en fiches<\/em> un regard limit\u00e9 au cadre confin\u00e9 du soi interne (moderne), essentialiste et individualis\u00e9.<\/p>\n<p>Pendant son hospitalisation, Tom avait subi 48 &#8220;traitements&#8221; ECT (\u00e9lectrochocs), 7 r\u00e9gimes m\u00e9dicamenteux et tout un tas de th\u00e9rapies cognitivo-comportementales. Rendu fou d&#8217;angoisse par ces protocoles qui lui donnaient l&#8217;impression d&#8217;aller de plus en plus mal, Tom avait essay\u00e9 de se suicider par deux fois.<\/p>\n<div>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, on avait prescrit \u00e0 Peter 3 r\u00e9gimes diff\u00e9rents d&#8217;anti-psychotiques et anti-d\u00e9pressifs, profusion d&#8217;\u00e9lectrochocs et de longues p\u00e9riodes d&#8217;isolement dans sa chambre pour &#8220;mauvais comportement&#8221;. Peter avait lui aussi fait une nouvelle tentative avort\u00e9e de suicide pendant son hospitalisation.<\/p>\n<p>L&#8217;institution avait fini par me contacter apr\u00e8s les avoir consid\u00e9r\u00e9s et cat\u00e9goris\u00e9s (et m\u00eame punis dans leur corps) comme \u00e9checs th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<p>Quand l&#8217;h\u00f4pital m&#8217;a contact\u00e9, j&#8217;ai r\u00e9alis\u00e9 la contradiction \u00e9vidente qu&#8217;il y avait, d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 les condamner \u00e0 une vie de <em>mort identaire<\/em> chronique (dans le sens o\u00f9 aucun des deux ne pouvait \u00eatre aid\u00e9), et de l&#8217;autre \u00e0 d\u00e9sirer dans le m\u00eame temps qu&#8217;ils &#8220;gu\u00e9rissent&#8221; gr\u00e2ce aux soins de la technologie psychiatrique.<\/p>\n<p>Le fait d&#8217;inviter les communaut\u00e9s d&#8217;int\u00e9r\u00eat de Tom et de Peter \u00e0 lancer des campagnes d&#8217;\u00e9criture de lettres th\u00e9rapeutiques a procur\u00e9 un moyen de contre balancer l&#8217;histoire satur\u00e9e par le probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Les campagnes d&#8217;\u00e9criture de lettres, fond\u00e9es sur l&#8217;id\u00e9e de communaut\u00e9, ont permis de recruter des groupes de personnes re-membr\u00e9es, au sens narratif de l&#8217;expression, qui se sont attach\u00e9es aux histoires pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es des deux hommes, alors que Tom et Peter se sentaient toujours limit\u00e9s par la version que le probl\u00e8me livrait sur leur compte. Leurs proches ont \u00e9crit des lettres racontant des histoires appartenant \u00e0 d&#8217;autres territoires que celui du discours professionnel et culturel sur la souffrance, des histoires qui s&#8217;appuyaient en outre sur la croyance que le changement \u00e9tait possible.<\/p>\n<p>La structure de ces campagnes est g\u00e9n\u00e9ralement toujours la m\u00eame. Avec l&#8217;aide de la personne et de sa famille, j&#8217;\u00e9cris une lettre \u00e0 des membres choisis dans sa famille ou dans sa communaut\u00e9 (s\u00e9lectionn\u00e9s par la personne et\/ou un membre de la famille) dans laquelle je leur demande de remonter le temps et de t\u00e9moigner en \u00e9crivant des r\u00e9cits qui insistent sur a) les souvenirs qu&#8217;ils ont gard\u00e9s de leurs relations avec la personne, b) les espoirs qu&#8217;ils formulent aujourd&#8217;hui pour elle et, c) comment ils aimeraient poursuivre cette relation \u00e0 l&#8217;avenir.<\/p>\n<p>Voici la lettre que j&#8217;ai co-\u00e9crite avec Peter \u00e0 l&#8217;attention de sa communaut\u00e9 d&#8217;int\u00e9r\u00eat :<\/p>\n<\/div>\n<p>Apr\u00e8s trois s\u00e9ances, Peter, moi-m\u00eame et l&#8217;\u00e9quipe avions r\u00e9dig\u00e9 une lettre pour sa communaut\u00e9 d&#8217;int\u00e9r\u00eat. Il avait choisi de l&#8217;envoyer \u00e0 une douzaine de personnes. Elle disait :<\/p>\n<p><em>Chers amis, chers membres de la famille de Peter,<\/em><\/p>\n<p><em>Je m&#8217;appelle Stephen Madigan. Je suis th\u00e9rapeute familial et travaille avec Peter. Depuis la mort tragique de Mara, Peter me dit qu&#8217;il &#8220;n&#8217;a pas su faire face&#8221;. Il n&#8217;y a pas si longtemps encore, un sentiment de &#8220;d\u00e9sespoir&#8221; &#8220;envahissait sa vie&#8221;, au point de la mettre en danger. Un autre aspect terrible de cette immense perte est que Peter &#8220;ne se rappelle pas grand-chose de sa vie&#8221; avant la mort de Mara. Il se sent \u00e9galement &#8220;curieusement responsable de la mort de Mara&#8221;, m\u00eame s&#8217;il sait &#8220;quelque part dans sa t\u00eate&#8221; qu&#8217;il &#8220;n&#8217;\u00e9tait pas en ville le jour de l&#8217;accident&#8221;. Peter est persuad\u00e9 qu&#8217;il y a &#8220;l\u00e0 une forte injonction&#8221; lui sugg\u00e9rant de &#8220;simplement continuer \u00e0 vivre sa vie&#8221;. Il dit qu&#8217;il trouve cette suggestion &#8220;d\u00e9rangeante&#8221; parce que &#8220;chacun est diff\u00e9rent&#8221;. Il se dit qu&#8217;il &#8220;ne pourra sans doute jamais s&#8217;en remettre mais qu&#8217;il pourrait apprendre \u00e0 vivre avec&#8221;.<\/em><\/p>\n<p><em>Nous vous \u00e9crivons pour vous demander d&#8217;envoyer \u00e0 Peter une lettre de soutien en d\u00e9crivant a) les souvenirs que vous avez gard\u00e9s de votre vie avec lui, b) ce que vous avez partag\u00e9, c) ce que Mara \u00e9tait pour vous, d) ce que vous pourriez faire pour aider Peter \u00e0 faire son deuil, e) ce que Peter vous a apport\u00e9 dans la vie, et f) \u00e0 quoi vos vies vont ressembler quand il quittera l&#8217;h\u00f4pital.<\/em><\/p>\n<p><em>Merci beaucoup pour votre aide,<\/em><\/p>\n<p><em>Peter, Stephen et l&#8217;\u00e9quipe<\/em><\/p>\n<p>La structure &#8220;g\u00e9n\u00e9rale&#8221; du processus th\u00e9rapeutique de lecture et de t\u00e9moignage d&#8217;une campagne de lettres est le suivant :<\/p>\n<ol>\n<li>Tous les auteurs des lettres sont invit\u00e9s \u00e0 la s\u00e9ance (si c&#8217;est g\u00e9ographiquement possible) et convi\u00e9s \u00e0 lire chacun \u00e0 leur tour leur lettre \u00e0 haute voix devant un public compos\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral de la personne, de moi-m\u00eame, des autres auteurs de lettres et parfois d&#8217;une \u00e9quipe de th\u00e9rapeutes pouvant comporter des initi\u00e9s.<\/li>\n<li>Dans le cas de Tom et Peter, chaque auteur a lu sa lettre \u00e0 haute voix. Puis j&#8217;ai demand\u00e9 \u00e0 Tom et Peter de lire \u00e0 leur tour la lettre \u00e0 l&#8217;auteur, de fa\u00e7on \u00e0 ce que l&#8217;auteur au m\u00eame titre que Tom et Peter puisse assister \u00e0 la lecture aussi bien de la position de l&#8217;orateur que de celle du public.<\/li>\n<li>Apr\u00e8s la lecture et le commentaire de chacune des lettres, les autres participants du groupe (ceux qui sont assis et \u00e9coutent) t\u00e9moignent bri\u00e8vement de ce que la lettre \u00e9voque pour eux et pour leur propre vie.<\/li>\n<li>On continue ce processus jusqu&#8217;\u00e0 ce que toutes les lettres soient <em>lues, relues, et aient fait l&#8217;objet de r\u00e9actions et de t\u00e9moignages.<\/em><\/li>\n<li>Chaque membre de l&#8217;\u00e9quipe miroir \u00e9crit et lit ensuite un petit mot \u00e0 la personne et au groupe.<\/li>\n<li>Ils t\u00e9moignent sur l&#8217;image que la personne et sa communaut\u00e9 ont propos\u00e9e d&#8217;elle-m\u00eame [\u2026] et sur les aspects des lettres qui les ont personnellement touch\u00e9s.<\/li>\n<li>On fait des copies de chaque mot et on les distribue \u00e0 tous les participants.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Apr\u00e8s la s\u00e9ance, j&#8217;envoie un courrier \u00e0 tous les participants : la personne, la communaut\u00e9 d&#8217;int\u00e9r\u00eat et l&#8217;\u00e9quipe miroir.<\/p>\n<p>Tom a quitt\u00e9 d\u00e9finitivement l&#8217;h\u00f4pital psychiatrique 2 mois apr\u00e8s le d\u00e9but de la th\u00e9rapie narrative et peu de temps apr\u00e8s, il abandonnait toute m\u00e9dication.<\/p>\n<p>Peter a quitt\u00e9 l&#8217;h\u00f4pital 6 semaines apr\u00e8s le d\u00e9but de la th\u00e9rapie et lui aussi laissait tomber les m\u00e9dicaments. Tous les deux ont gard\u00e9 avec eux les lettres-souvenir d&#8217;amour et de soutien. Ces deux campagnes d&#8217;\u00e9criture de lettres ont \u00e9t\u00e9 pour moi une formidable exp\u00e9rience collective et m&#8217;ont fourni le moyen de contrer les pratiques th\u00e9rapeutiques d&#8217;individualisation du corps de la psychologie.<\/p>\n<p>En <em>sortant l&#8217;expertise du milieu de l&#8217;h\u00f4pital<\/em>, nous permettons aux gens d&#8217;adopter, de privil\u00e9gier, de re-narrer et d&#8217;appliquer des savoirs alternatifs.<\/p>\n<p>Pendant nos s\u00e9ances, Tom et Peter ont tous les deux renou\u00e9 avec des savoirs locaux traditionnels, culturels et sociaux. Ils se sont remis \u00e0 raconter une histoire qu&#8217;ils avaient perdue dans les discours du probl\u00e8me et des professionnels. Perdue dans l&#8217;immensit\u00e9 d&#8217;un discours culturel qui d\u00e9finit les standards de comportement de ceux qui partent \u00e0 la retraite, ou d&#8217;un p\u00e8re qui perd un enfant de 3 ans \u00e0 la suite d&#8217;une noyade.<\/p>\n<p>A travers eux, j&#8217;ai eu la preuve qu&#8217;on pouvait r\u00e9agir de fa\u00e7on subversive m\u00eame dans les circonstances les plus oppressives.<\/p>\n<p>J&#8217;ai consacr\u00e9 une partie des conversations avec Tom et Peter \u00e0 un travail sur la r\u00e9sistance et le changement, un <em>v\u00e9ritable<\/em> travail d&#8217;historiens. Nous avons analys\u00e9, \u00e9mis des doutes et reconsid\u00e9r\u00e9 un certain nombre de discours. Nous avons \u00e9galement commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9tricotter de fa\u00e7on rigoureuse les fils discursifs de diff\u00e9rents th\u00e8mes, la &#8220;retraite&#8221;, les &#8220;\u00e9lectrochocs&#8221;, &#8220;l&#8217;identit\u00e9 masculine&#8221;, &#8220;la psychiatrie&#8221;, &#8220;la paternit\u00e9&#8221;, le &#8220;deuil&#8221; et les &#8220;rapports humains&#8221;.<\/p>\n<p>Ma posture anti-individualiste vient sans doute du fait que je suis n\u00e9 au Canada, mais aussi que je suis n\u00e9 de parents militant tous les deux pour l&#8217;union des travailleurs immigr\u00e9s irlandais, qui ont consacr\u00e9 toute leur vie aux pauvres et aux d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s (b\u00e9n\u00e9volement, je devrais ajouter).<\/p>\n<p>Mes parents et la communaut\u00e9 de la diaspora irlandaise ont collect\u00e9 et distribu\u00e9 de la nourriture pour les soupes populaires, construit des abris pour les sans-abris avant qu&#8217;on les appelle ainsi, recueilli des fonds pour organiser des camps d&#8217;\u00e9t\u00e9 pour les jeunes des quartiers pauvres de Toronto, et visit\u00e9 les m\u00eames maisons de retraite tous les lundis pendant 35 ans, etc.<\/p>\n<p>Avec mes deux s\u0153urs, j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 m\u00eal\u00e9 \u00e0 toutes ces activit\u00e9s et nous avions le droit de choisir celle que nous pr\u00e9f\u00e9rions. Pour ma part, j&#8217;aimais beaucoup aller aux soupes populaires parce que j&#8217;observais mon p\u00e8re interagir avec les autres &#8220;types&#8221; \u2013 \u00e0 l&#8217;\u00e9poque essentiellement un groupe d&#8217;hommes blancs, pauvres et d&#8217;\u00e2ge moyen, qui luttaient contre des probl\u00e8mes d&#8217;alcool, de violence et de r\u00e9insertion.<\/p>\n<p>J&#8217;adorais voir comment mon p\u00e8re s&#8217;y prenait pour amener les &#8220;types&#8221; \u00e0 raconter leurs histoires de crimes, d&#8217;amours et de contes de f\u00e9e. Apr\u00e8s le repas, on restait assis tous ensemble pendant des heures\u00a0; les &#8220;types&#8221; fumaient et racontaient des histoires compl\u00e8tement folles. Des fois, mon p\u00e8re se mettait \u00e0 chanter et les gens criaient et riaient si fort qu&#8217;il nous arrivait d&#8217;oublier qu&#8217;on \u00e9tait \u00e0 la soupe populaire.<\/p>\n<p>Frankie, mon p\u00e8re, \u00e9tait le meilleur th\u00e9rapeute de groupe que j&#8217;ai jamais connu.<\/p>\n<p>A moins que ma m\u00e9moire ne me trompe, je n&#8217;ai jamais entendu mes parents ni aucun de leurs amis parler des probl\u00e8mes des gens avec des mots qui acculent dans des coins sans issue ou cataloguent dans des syst\u00e8mes d\u00e9gradants de classe ou de race.<\/p>\n<p>Un jour, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60, je devais avoir 9 ans, je suis all\u00e9 faire une &#8220;visite&#8221; avec mon p\u00e8re (qu&#8217;on appellerait aujourd&#8217;hui une visite \u00e0 domicile). Je lui ai demand\u00e9 de fa\u00e7on innocente ce que la famille avait fait de <em>mal<\/em> pour ne plus avoir les moyens de payer le loyer ou de se nourrir. Je suppose que j&#8217;individualisais sans le savoir la pauvret\u00e9 et que je reliais son id\u00e9e au fait d&#8217;\u00eatre mauvais ou d&#8217;avoir fait quelque chose de mal.<\/p>\n<p>Mon p\u00e8re s&#8217;est tourn\u00e9 vers moi et malgr\u00e9 son fort accent irlandais, il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s clair : &#8220;Mon fils, \u00eatre pauvre n&#8217;est pas un crime, ils n&#8217;y sont pour rien, ce n&#8217;est pas faute de travail ou d&#8217;efforts. Ils ont simplement manqu\u00e9 d&#8217;un peu de chance. Tu sais, un jour, ta maman et moi, nous avons entendu Mr et Mrs Green chanter ensemble et c&#8217;\u00e9tait si beau que tous ceux qui pouvaient entendre se sont mis \u00e0 pleurer. Je crois m\u00eame que les oiseaux et les chiens qui \u00e9coutaient ont eux aussi vers\u00e9 une petite larme, \u00e0 leur fa\u00e7on. Et aujourd&#8217;hui, nous devons tout faire pour que Mr et Mrs Green se rappellent qu&#8217;ils ont ce don incroyable et recommencent \u00e0 chanter.&#8221;<\/p>\n<p>Et en effet, dix minutes plus tard, peu apr\u00e8s que mon p\u00e8re les ait fait se tordre de rire en leur racontant l&#8217;histoire d&#8217;un go\u00fbt douteux des deux p\u00eacheurs irlandais de County Clare oblig\u00e9s de faire pipi dans leur bateau et leur ait habilement glisser l&#8217;argent du loyer et des courses, les Green avaient souri et s&#8217;\u00e9taient mis \u00e0 chanter aussi merveilleusement que mon p\u00e8re l&#8217;avait d\u00e9crit\u2026 et Mrs Green avait dit que cela faisait six mois qu&#8217;elle ne s&#8217;\u00e9tait pas senti aussi bien.<\/p>\n<p>Il n&#8217;a pas fallu longtemps ensuite pour que nous soyons invit\u00e9s \u00e0 f\u00eater chez les Green le retour \u00e0 l&#8217;emploi de l&#8217;un et la nomination de l&#8217;autre au poste de secr\u00e9taire d&#8217;\u00e9cole. Mrs Green avait pr\u00e9par\u00e9 pour mes parents une tarte meringu\u00e9e au citron, sa recette pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce soir-l\u00e0, nous avons chant\u00e9 tard dans la nuit.<\/p>\n<p>Mes parents n&#8217;ont pas eu la chance de faire des \u00e9tudes sup\u00e9rieures. Ils ont pourtant fait preuve de qualit\u00e9s extraordinaires pour aider les gens \u00e0 se rem\u00e9morer les meilleurs aspects de leur personne, qui ils avaient \u00e9t\u00e9 et qui ils pourraient devenir. Pendant toutes ces ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 les regarder intervenir, avec leurs amis irlandais, dans la communaut\u00e9, je ne les ai jamais vus ass\u00e9ner la moindre appellation ridicule ou individualiser quiconque.<\/p>\n<p>Les mots qu&#8217;ils utilisaient d\u00e9coulaient d&#8217;un postulat id\u00e9ologique d&#8217;\u00e9galit\u00e9 et de communautarisme fond\u00e9 sur la compassion et la compr\u00e9hension.<\/p>\n<p>Depuis, j&#8217;ai pass\u00e9 toute ma vie \u00e0 me demander comment se fabrique l&#8217;histoire identitaire de la personne. Quelles sont les influences discursives institutionnelles sur cette histoire ? Quelles histoires dominantes ont construit cette vie ? Comment a-t-elle r\u00e9sist\u00e9, surv\u00e9cu, comment a-t-elle r\u00e9agi ?<\/p>\n<p>Nous vivons toujours au sein d&#8217;une communaut\u00e9. Nous sommes sans arr\u00eat en phase de n\u00e9gociation et de construction identitaire. En cons\u00e9quence, la fa\u00e7on dont les sciences, les psychoth\u00e9rapies, les institutions religieuses et judiciaires essayent de nous \u00e9tiqueter n&#8217;a aucune importance, on ne peut m\u00eame pas nous figer un seul instant de notre vie.<\/p>\n<p>On reproduit les traditions que d&#8217;autres nous ont transmises et, m\u00eame si nous investissons ces traditions diff\u00e9remment, elles fa\u00e7onnent les personnes que nous sommes et nos fa\u00e7ons de vivre.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9cho de notre histoire culturelle est permanent. Nous vivons dans un monde qui reflue dans le pass\u00e9 et s&#8217;\u00e9tend dans le futur. La fa\u00e7on dont nous racontons ce futur nous aide \u00e0 d\u00e9terminer notre pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Donc, plut\u00f4t que de se mesurer \u00e0 l&#8217;histoire, il serait plus utile que chacun fasse l&#8217;effort de se rappeller et d&#8217;\u00e9voquer ses souvenirs, ainsi que je le fais quand je me rem\u00e9more le chant de Mr et Mrs Green, les activit\u00e9s de mes parents et les mots de Michael quand il pilotait son avion.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 cette pratique de rem\u00e9morisation, nous pourrons \u00e9galement, je l&#8217;esp\u00e8re, cr\u00e9er de nouvelles formes de pratiques narratives anti-individualistes, des fa\u00e7ons de pratiquer qui rendent justice \u00e0 la beaut\u00e9 et \u00e0 la complexit\u00e9 de la vie des gens.<\/p>\n<p>Je crois que les prochains chapitres de l&#8217;approche narrative pourraient bien s&#8217;\u00e9crire ici, \u00e0 Bordeaux.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Stephen Madigan est \u00e0 Arcachon pendant trois jours dans le cadre de la Classe de Mer 2011 de la Fabrique Narrative. Voici le magnifique texte d&#8217;ouverture par lequel il a d\u00e9marr\u00e9 hier ce s\u00e9minaire (traduction de Catherine Mengelle). Je voudrais commencer par vous transmettre de cordiales salutations du Canada, de la part de ma famille &hellip; <a href=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/conferences\/une-therapie-de-la-reconnaissance.html\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de <span class=\"screen-reader-text\">UNE THERAPIE DE LA RECONNAISSANCE<\/span><\/span>&nbsp;<span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[23],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2170"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2170"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2170\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2171,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2170\/revisions\/2171"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2170"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2170"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2170"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}