{"id":1915,"date":"2011-05-19T06:08:55","date_gmt":"2011-05-19T05:08:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/?p=1915"},"modified":"2011-05-19T06:46:54","modified_gmt":"2011-05-19T05:46:54","slug":"ue-lecon-de-tolerance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/explorations\/ue-lecon-de-tolerance.html","title":{"rendered":"UNE LECON DE TOLERANCE"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_1828\" aria-describedby=\"caption-attachment-1828\" style=\"width: 172px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/Ruth-32-bw.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-1828  \" title=\"Ruth 32 bw\" src=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/Ruth-32-bw-215x300.jpg\" alt=\"\" width=\"172\" height=\"240\" srcset=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/Ruth-32-bw-215x300.jpg 215w, https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/Ruth-32-bw-736x1024.jpg 736w\" sizes=\"(max-width: 172px) 100vw, 172px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-1828\" class=\"wp-caption-text\">Photo Julie Epp<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Ruth Pluznick \u00e9tait \u00e0 Bordeaux pendant deux jours pour un s\u00e9minaire sur l&#8217;approche narrative et la sant\u00e9 mentale.<\/strong><\/p>\n<p>Elle nous a parl\u00e9 en particulier du projet qu&#8217;elle m\u00e8ne \u00e0 Toronto avec son associ\u00e9e et qui consiste \u00e0 interviewer des enfants qui ont grandi avec des parents confront\u00e9s \u00e0 des difficult\u00e9s mentales importantes, puis \u00e0 interviewer les parents individuellement et en groupe, et \u00e0 croiser les expertises de vie des deux groupes en les documentant.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait la premi\u00e8re fois que la Fabrique Narrative organisait un s\u00e9minaire tr\u00e8s clairement tourn\u00e9 vers la psychopathologie.\u00a0Nous ne faisons pas en g\u00e9n\u00e9ral une tr\u00e8s grande distinction entre coaching narratif et th\u00e9rapie narrative dans la mesure o\u00f9 nous consid\u00e9rons qu&#8217;il s&#8217;agit de deux processus d&#8217;accompagnement aux intentions relativement proches, m\u00eame s&#8217;ils se r\u00e9alisent dans des contextes \u00e9loign\u00e9s.<\/p>\n<p><!--more-->Pourtant, le tout petit groupe qui a v\u00e9cu cet atelier avec Ruth a pu r\u00e9fl\u00e9chir au fait que si les pratiques narratives sont consistantes dans la recherche des comp\u00e9tences de vie des clients et dans leur fa\u00e7on de transformer le client lui-m\u00eame en consultant, avoir de bonnes connaissances en psychopathologie est tout de m\u00eame tr\u00e8s appr\u00e9ciable pour un praticien narratif, non pas pour soigner lui-m\u00eame, mais pour rep\u00e9rer et orienter.<\/p>\n<p><strong>Nous avons peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 trop influenc\u00e9s par un discours th\u00e9orique et radical sur Foucault,<\/strong> l&#8217;histoire de la folie, le pouvoir moderne et sa fa\u00e7on de classifier les individus dans des cat\u00e9gories d\u00e9finies par la norme sociale. Nous avons peut-\u00eatre pris des positions un peu excessive sur le rejet de toute forme de diagnostic, de toute forme de nosologie, au profit de l&#8217;expertise du patient sur sa propre maladie que nous avons sans doute confondue avec son expertise sur la fa\u00e7on de lutter contre les effets de sa maladie sur sa vie. Ceci nous a amen\u00e9s \u00e0 une position tr\u00e8s radicale sur les m\u00e9dicaments, vus souvent comme des outils du pouvoir moderne, des camisoles chimiques pour la normalisation sociale et culturelle des patients. Certains d&#8217;entre nous avons peut-\u00eatre m\u00e9lang\u00e9 une position politique et une position th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p><strong>Ruth nous donne une le\u00e7on de tol\u00e9rance et de modestie \u00e0 travers des r\u00e9cits qui nous am\u00e8nent \u00e0 comprendre l&#8217;utilit\u00e9 de la m\u00e9dication,<\/strong> l&#8217;importance de travailler en \u00e9quipe avec des regards crois\u00e9s venant de diff\u00e9rentes disciplines, et surtout l&#8217;importance du respect de tout ce qui peut rendre la vie du patient plus facile et l&#8217;aider \u00e0 diminuer les effets de la maladie mentale. La maladie mentale existe, elle n&#8217;est pas une construction narrative, m\u00eame si le diagnostic peut le devenir dans certaines conditions et enfermer le patient dans une histoire dominante de diagnostic. Pour autant, il n&#8217;est pas question d&#8217;ignorer que les m\u00e9dicaments peuvent aider \u00e0 diminuer les effets des voix dans la schizophr\u00e9nie, par exemple, et cr\u00e9er l&#8217;espace o\u00f9 les clients ont besoin de se tenir pour explorer de nouveaux territoires de leur identit\u00e9. Notre posture politique ne doit pas remplacer l&#8217;\u00e9coute simple et pragmatique de ce qui aide nos clients : certains clients ainsi sont rassur\u00e9s et renforc\u00e9 par le fait de disposer d&#8217;un diagnostic qui leur permet d&#8217;externaliser l&#8217;histoire de maladie. D&#8217;autres trouvent dans la m\u00e9dication une aide appr\u00e9ciable.<\/p>\n<p><strong>Notre travail n&#8217;est pas de remplacer celui des m\u00e9decins, ou de consid\u00e9rer que le patient est lui-m\u00eame son meilleur m\u00e9decin, ou de consid\u00e9rer que nous sommes plus que le m\u00e9decin car nous savons d\u00e9construire la m\u00e9decine et ses diagnostics<\/strong>. Nous sommes des passeurs, des accompagnateurs qui, l\u00e0 aussi, nous ne pouvons faire mieux que d&#8217;accorder \u00e0 nos clients la curiosit\u00e9 fascin\u00e9e pour leur vie qui leur permettra de se r\u00e9-int\u00e9resser \u00e0 leur propre comp\u00e9tence, explorer objectivement les effets des probl\u00e8mes dans leur vie, cr\u00e9er un r\u00e9f\u00e9rentiel de r\u00e9sistance ou un manuel \u00e0 partager avec d&#8217;autres des trucs et astuces qu&#8217;ils ont trouv\u00e9s pour r\u00e9duire la souffrance qu&#8217;ils \u00e9prouvent. Lorsqu&#8217;ils sont parents, les aider \u00e0 rester en contact avec leurs enfants malgr\u00e9 les ravages de la maladie mentale, et finalement, regarder ce qui peut \u00eatre &#8220;rescued&#8221; de la folie, ce qui peut subsister d&#8217;une vision de ce qu&#8217;est un parent, distincte de ce qu&#8217;est la maladie.<\/p>\n<p>Pour moi, ce sont de tr\u00e8s belles le\u00e7ons et une invitation \u00e0 penser un peu plus modestement \u00e0 notre travail de praticiens narratifs et \u00e0 la fa\u00e7on dont les id\u00e9es politiques qui servent de socle \u00e0 notre approche, et notre d\u00e9sir de tout bien faire, peuvent parfois polluer notre travail. PBS<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ruth Pluznick \u00e9tait \u00e0 Bordeaux pendant deux jours pour un s\u00e9minaire sur l&#8217;approche narrative et la sant\u00e9 mentale. 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