{"id":1911,"date":"2011-05-12T07:56:51","date_gmt":"2011-05-12T06:56:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/?p=1911"},"modified":"2011-05-12T07:56:51","modified_gmt":"2011-05-12T06:56:51","slug":"convergences-narratives","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/resistances\/convergences-narratives.html","title":{"rendered":"CONVERGENCES NARRATIVES"},"content":{"rendered":"<p><strong>par Catherine Mengelle<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le Congres du CRAA \u00e0 Bordeaux, le 10 mai, avec une belle affiche, a \u00e9t\u00e9 l&#8217;occasion de confirmer que les id\u00e9es narratives \u00e9mergent dans tous les champs th\u00e9rapeutiques.<\/strong><\/p>\n<p>T\u00e9moignage narratif suite \u00e0 un colloque : ce que j&#8217;ai retenu, ce qui m&#8217;a frapp\u00e9e, l&#8217;image que cela me donne des intervenants, pourquoi leur propos ont autant r\u00e9sonn\u00e9 chez moi et o\u00f9 cela m&#8217;a amen\u00e9e.<br \/>\n\u00a0<br \/>\nForc\u00e9ment, j&#8217;avais \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9e par le th\u00e8me de la journ\u00e9e propos\u00e9e \u00e0 Bordeaux par le CRAA autour de Boris Cyrulnik &#8220;Faire de sa vie une histoire&#8221;.<\/p>\n<p>Ce fut l&#8217;occasion d&#8217;entendre plusieurs voix, en g\u00e9n\u00e9ral savantes, s&#8217;exprimer sur la force du r\u00e9cit et de la narration et de m&#8217;\u00e9tonner que les praticiens narratifs qui travaillent \u00e0 partir des id\u00e9es de White &#038; Epston ne repr\u00e9sentent qu&#8217;un petit bout d&#8217;une r\u00e9flexion plus globale qui semble se faire simultan\u00e9ment dans plusieurs endroits du monde. Cette simultan\u00e9it\u00e9 m&#8217;a frapp\u00e9e et \u00e9galement le fait que notre approche (pr\u00e9sente au colloque \u00e0 travers la pr\u00e9sentation qu&#8217;a faite Julien Betbeze des cartes narratives de White) ne soit qu&#8217;une histoire parmi beaucoup d&#8217;autres.<!--more--> Cela m&#8217;a beaucoup intrigu\u00e9e et m&#8217;a permis de me d\u00e9gager d&#8217;une posture que je qualifierai de &#8220;na\u00efvet\u00e9 de l&#8217;\u00e9merveillement&#8221; pour une perception plus assur\u00e9e des effets int\u00e9ressants de mon travail avec les gens en difficult\u00e9.<br \/>\nNous avons entendu Boris Cyrulnik redire que &#8220;notre histoire n&#8217;est pas notre destin&#8221;, une autre fa\u00e7on de croire qu&#8217;il existe des histoires alternatives, pour ne pas dire pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es. Nous avons entendu quelqu&#8217;un citer Paul Ricoeur : &#8220;notre identit\u00e9 est narrative&#8221;, Sartre : &#8220;L&#8217;essentiel n&#8217;est pas ce qu&#8217;on a fait de l&#8217;homme, mais ce que l&#8217;homme fait de ce qu&#8217;on a fait de lui&#8221;, Bourdieu et le concept d&#8217;habitus. Nous avons entendu l&#8217;id\u00e9e que \u00e9crire\/lire ou jouer\/assister \u00e0 une repr\u00e9sentation, peindre\/regarder, etc., sont des activit\u00e9s o\u00f9 les intervenants sont toujours co-auteurs d&#8217;une nouvelle \u0153uvre, que parler permet de fixer les souvenirs dans la m\u00e9moire (un enfant \u00e0 qui on ne parle pas enregistre les choses en m\u00e9moire mais n&#8217;aurait pas acc\u00e8s \u00e0 ses souvenirs). J&#8217;ai aussi entendu que &#8220;le r\u00e9cit a pour fondement le v\u00e9cu&#8221; et que le fait de raconter sa vie \u00e0 quelqu&#8217;un permet (puisque l&#8217;orateur et l&#8217;auditeur sont co-auteurs d&#8217;un nouveau r\u00e9cit) de remanier la perception de ce qui est arriv\u00e9, de voir les choses autrement (Cyrulnik). Sylvia Nabinger, br\u00e9silienne, qui travaille sur le sujet de l&#8217;adoption internationale, a expliqu\u00e9 pourquoi il \u00e9tait important que les parents biologiques (souvent la m\u00e8re) donnent un nom \u00e0 l&#8217;enfant : ce pr\u00e9nom est attach\u00e9 \u00e0 l&#8217;imaginaire de la famille, c&#8217;est quelque chose d&#8217;une fine trace et cela n&#8217;emp\u00eache pas la famille adoptive d&#8217;ajouter un autre pr\u00e9nom au premier. Ca me rappelle que notre vie est multi-histoires.<\/p>\n<p>J&#8217;ai aim\u00e9 le t\u00e9moignage de ce jeune gar\u00e7on d&#8217;origine br\u00e9silienne, adopt\u00e9 en France et fou de cheval, que ses parents ont accompagn\u00e9 au Br\u00e9sil pour retrouver ses racines. Il avait notamment en t\u00eate l&#8217;image un peu id\u00e9alis\u00e9e des gauchos, des ranchs et des grandes \u00e9tendues de la pampa. Nous l&#8217;avons vu, l\u00e0-bas, galoper \u00e0 cheval avec les gauchos, emmitoufl\u00e9 dans un grand poncho de laine, comme s&#8217;il avait fait \u00e7a toute sa vie : &#8220;j&#8217;ai compris pourquoi j&#8217;aimais tant le cheval. Il n&#8217;y a pas de hasard&#8221; sont les mots qu&#8217;il a prononc\u00e9s. Ce jeune homme a aujourd&#8217;hui une vie qu&#8217;on pourrait qualifier de banale, une vie comme tout le monde, en France. Sans ce voyage et les compr\u00e9hensions qu&#8217;il a permises, peut-\u00eatre que sa vie n&#8217;aurait pas pu se d\u00e9rouler aussi simplement. Ce que je veux dire, c&#8217;est qu&#8217;il n&#8217;est pas devenu gaucho : cette id\u00e9e est essentielle dans le travail que je fais avec les jeunes (et les moins jeunes d&#8217;ailleurs) sur l&#8217;orientation.<\/p>\n<p>Christophe Niewiadomski a parl\u00e9 de la mont\u00e9e de l&#8217;individualisme r\u00e9flexif, presque comme une nouvelle injonction, en tout cas une obligation n\u00e9e \u00e0 mon avis des difficult\u00e9s et de l&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 du monde moderne : la question de l&#8217;orientation par exemple se pose de fa\u00e7on beaucoup moins aigu\u00eb en p\u00e9riode de plein emploi o\u00f9 on peut plus facilement laisser aller les choses, compter sur les opportunit\u00e9s, compenser un boulot pas tr\u00e8s &#8220;folichon&#8221; par la sensation de s\u00e9curit\u00e9 qu&#8217;il offre, compter sur les contre-parties.<\/p>\n<p>Le br\u00e9silien E.C. de Souza a tenu \u00e0 pr\u00e9senter son travail sur l&#8217;apprentissage par la biographie en Fran\u00e7ais. Sa mauvaise ma\u00eetrise de notre langue a malheureusement rendu son expos\u00e9 incompr\u00e9hensible. J&#8217;ai retenu qu&#8217;il y a des tas de choses qu&#8217;on sait faire et qui n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 apprises \u00e0 l&#8217;\u00e9cole. Vivre dans la rue notamment &#8220;permet&#8221; d&#8217;acqu\u00e9rir de nombreux savoirs et comp\u00e9tences. Cette id\u00e9e rejoint l&#8217;id\u00e9e narrative de reconstruire \u00e0 partir des talents et des savoirs populaires. Je me suis demand\u00e9e pourquoi je n&#8217;intervenais pas pour dire simplement que nous ne comprenions rien et qu&#8217;il vaudrait mieux que quelqu&#8217;un d&#8217;autre lise la contribution d&#8217;Elizeu \u00e0 sa place, quand Jean-Louis Roux \u00e0 ma gauche m&#8217;a tr\u00e8s finement rappel\u00e9 le jeu de Paulo Freire lorsqu&#8217;il avait re\u00e7u chez lui Cheryl White et David Denborough qui n&#8217;avaient pas fait l&#8217;effort de s&#8217;exprimer dans sa langue, et Christophe, \u00e0 ma droite (j&#8217;\u00e9tais bien entour\u00e9e), me soufflait le mot &#8220;respect&#8221;. Alors, je n&#8217;ai rien dit, je n&#8217;ai rien compris de ce qu&#8217;Elizeu disait mais j&#8217;ai \u00e9cout\u00e9 le son de sa voix et respect\u00e9 le point d&#8217;honneur qu&#8217;il mettait \u00e0 lire son texte dans notre langue. Il me semble ce matin que j&#8217;ai appris beaucoup plus de ce petit \u00e9v\u00e9nement insignifiant que de tous les discours de la journ\u00e9e d&#8217;hier.<\/p>\n<p>Je fais m\u00eame un autre lien : cette \u00e9coute sans compr\u00e9hension me rappelle aussi l&#8217;intervention\/performance de Philippe Lacad\u00e9e, po\u00e8te et psychanalyste, intervention un peu surr\u00e9aliste, \u0153uvre d&#8217;art d\u00e9lirante (ou bien est-ce mon travail de co-auteur qui en a fait une \u0153uvre d&#8217;art ?). Cette intervention m&#8217;a fait la m\u00eame impression que lorsque je suis devant un tableau de Dali o\u00f9 je ne comprends rien mais que je trouve \u00e9trangement tr\u00e8s beau ! Est-il n\u00e9cessaire de toujours comprendre?<\/p>\n<p>Pour revenir \u00e0 des choses plus pratiques, j&#8217;ai ador\u00e9 le travail de Sandra Cabrol dont l&#8217;\u00e9quipe est en train de pacifier les favelas de Rio. Elle appuie ce travail sur la r\u00e9silience, l&#8217;\u00e9cologie et l&#8217;activit\u00e9 cr\u00e9ative qui &#8220;transforme la subjectivit\u00e9&#8221;, c&#8217;est une \u00e9l\u00e8ve de Cyrulnik mais ce qu&#8217;elle fait ressemble tellement au travail de David Denborough que je lui ai propos\u00e9 de lui envoyer la traduction fran\u00e7aise de &#8220;Pratiques Narratives Collectives&#8221;. On dit au Br\u00e9sil pour parler de quelque chose r\u00e9put\u00e9e impossible &#8220;Faire \u00e7a, c&#8217;est comme extraire du lait de la pierre&#8221;, et c&#8217;est ce qu&#8217;elle fait !<br \/>\nBoris Cyrulnik a conclu sur une id\u00e9e qui m&#8217;est tr\u00e8s ch\u00e8re et qui l&#8217;oppose aux th\u00e9oriciens am\u00e9ricains qui ont repris ses travaux : &#8220;la r\u00e9silience n&#8217;est pas l&#8217;adaptation, c&#8217;est au contraire la r\u00e9sistance. Il ne s&#8217;agit pas de s&#8217;adapter aux mauvaises conditions mais de trouver des solutions pour r\u00e9sister, c&#8217;est le milieu qui doit s&#8217;adapter&#8221;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Catherine Mengelle Le Congres du CRAA \u00e0 Bordeaux, le 10 mai, avec une belle affiche, a \u00e9t\u00e9 l&#8217;occasion de confirmer que les id\u00e9es narratives \u00e9mergent dans tous les champs th\u00e9rapeutiques. 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