{"id":1699,"date":"2011-02-07T19:10:30","date_gmt":"2011-02-07T18:10:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/?p=1699"},"modified":"2011-02-07T19:11:03","modified_gmt":"2011-02-07T18:11:03","slug":"mister-pip","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/retellings\/mister-pip.html","title":{"rendered":"MISTER PIP"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/Mister_Pip-Lloyd_Jones.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-1700 alignleft\" title=\"Mister_Pip-Lloyd_Jones\" src=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/Mister_Pip-Lloyd_Jones-187x300.jpg\" alt=\"\" width=\"187\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/Mister_Pip-Lloyd_Jones-187x300.jpg 187w, https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/Mister_Pip-Lloyd_Jones-638x1024.jpg 638w, https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-content\/uploads\/Mister_Pip-Lloyd_Jones.jpg 1065w\" sizes=\"(max-width: 187px) 100vw, 187px\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>Dans \u00ab l&#8217;esp\u00e8ce fabulatrice \u00bb, Nancy Huston parle de ce roman du N\u00e9o-Z\u00e9landais Lloyd Jones dans les termes suivants <\/strong>: \u00ab bien des romans europ\u00e9ens contemporains, acharn\u00e9s \u00a0\u00e0 clamer la solitude de l&#8217;individu et \u00e0 d\u00e9plorer sa mortalit\u00e9, sont semblablement d\u00e9pourvus de grandeur d&#8217;\u00e2me\u2026 Mister Pip nous montre en quoi les fictions romanesques peuvent \u00eatre source d&#8217;\u00e9thique et de quelle mani\u00e8re elles peuvent nous \u00a0aider \u00e0 vivre \u00bb (page 168).<\/p>\n<p>L&#8217;histoire est racont\u00e9e par une jeune \u00a0fille nomm\u00e9e Matilda, \u00a0et se situe dans une \u00eele au large de la nouvelle Guin\u00e9e. Elle se passe pendant \u00a0la guerre et \u00a0le blocus, \u00e0 un moment o\u00f9 tout le monde a abandonn\u00e9 \u00a0cette \u00eele et o\u00f9 seules les femmes et les enfants sont rest\u00e9s, ainsi que quelques rebelles combattants. Dans ce village, il \u00a0ne reste plus qu&#8217;un seul blanc, un homme \u00e2g\u00e9 \u00a0un peu \u00e9trange nomm\u00e9 M. Watts et surnomm\u00e9 &#8220;Pop Eye&#8221; (&#8220;Bel Oeil&#8221;) par les enfants. \u00a0M.Watts accepte de rouvrir l&#8217;\u00e9cole et comme il n&#8217;y a aucun mat\u00e9riel scolaire, il commence \u00e0 lire aux enfants un livre qu&#8217;il admire, \u00ab les grandes esp\u00e9rances \u00bb de Charles Dickens.<!--more--><\/p>\n<p>Les \u00e9l\u00e8ves adorent le roman, m\u00eame si le monde dans lequel vivent les personnages de Dickens constitue pour eux une \u00e9nigme. Une fois le livre termin\u00e9, M. Watts leur demande de raconter \u00e0 leur tour l&#8217;histoire de Pip avec leurs propres mots, et les enfants commencent \u00a0\u00e0 \u00a0recr\u00e9er le roman \u00e0 partir de leurs propres exp\u00e9riences et depuis leur propre perspective. Le monde de Dickens devient une partie essentielle de leur vie, et leur apprend \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir autrement, \u00e0 \u00ab rentrer dans la t\u00eate d&#8217;un autre \u00bb, comme le dit Matilda dont la vie enti\u00e8re sera influenc\u00e9e par cette exp\u00e9rience.<\/p>\n<p><strong>C&#8217;est une belle illustration de la th\u00e9orie de Nancy Huston<\/strong> selon laquelle il faudrait parachuter les meilleurs romans de la culture occidentale sur les peuples soumis \u00e0 des r\u00e9gimes totalitaires, parce que selon elle, le roman est la seule forme de narration qui permet d&#8217;avoir un acc\u00e8s direct \u00e0 ce qui se passe dans la t\u00eate d&#8217;un autre que soi, et que cet acc\u00e8s permet de \u00a0r\u00e9aliser qu&#8217;il existe plusieurs histoires possibles pour un m\u00eame \u00e9v\u00e9nement, ce que Michael White appelait \u00abmultilayer \u00bb ou bien r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 plusieurs niveaux.<\/p>\n<p><strong>C&#8217;est \u00e9galement une fa\u00e7on de comprendre le travail narratif<\/strong> tr\u00e8s directement issue des observations de Jerome Bruner sur le fonctionnement du texte romanesque, avec des aller-retours permanents entre le paysage de l&#8217;action et ce que Bruner appelle le paysage de la conscience (et que Michael White traduira en &#8220;paysage de l&#8217;identit\u00e9&#8221;). Bruner dit que le bon roman transforme son lecteur en coauteur en l&#8217;invitant \u00e0 tisser lui-m\u00eame \u00a0de fa\u00e7on active les liens entre le d\u00e9veloppement de l&#8217;action et la psychologie des personnages. Mister Pip nous donne \u00e0 voir ce processus en dimension r\u00e9elle en nous faisant entrer dans la t\u00eate de Matilda qui rentre dans la t\u00eate de Pip et commence, \u00e0 partir des questions qu&#8217;elle se pose sur les intentions, les espoirs et les engagements des personnages, \u00e0 acqu\u00e9rir un regard diff\u00e9rent sur sa propre vie et sur la vie de ceux qui l&#8217;entourent.<\/p>\n<p><strong>Voil\u00e0 un livre de plus dans la biblioth\u00e8que narrative<\/strong>, qui approche au plus pr\u00e8s ce que Stephen Madigan en appelle la po\u00e9sie et l&#8217;\u00e9l\u00e9gance. Mais peut-\u00eatre vous aussi avez-vous rencontr\u00e9 un livre de fiction qui vous a aid\u00e9 \u00e0 comprendre des choses tr\u00e8s importantes, qu&#8217;il s&#8217;agisse du fonctionnement de la th\u00e9rapie narrative ou bien \u00a0de compr\u00e9hensions essentielles \u00e0 votre vie. \u00a0Auriez-vous envie de le partager ?<\/p>\n<h5>Merci \u00e0 Christine Thub\u00e9 de m&#8217;avoir \u00a0fait lire Mister Pip.<\/h5>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans \u00ab l&#8217;esp\u00e8ce fabulatrice \u00bb, Nancy Huston parle de ce roman du N\u00e9o-Z\u00e9landais Lloyd Jones dans les termes suivants : \u00ab bien des romans europ\u00e9ens contemporains, acharn\u00e9s \u00a0\u00e0 clamer la solitude de l&#8217;individu et \u00e0 d\u00e9plorer sa mortalit\u00e9, sont semblablement d\u00e9pourvus de grandeur d&#8217;\u00e2me\u2026 Mister Pip nous montre en quoi les fictions romanesques peuvent \u00eatre &hellip; <a href=\"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/retellings\/mister-pip.html\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de <span class=\"screen-reader-text\">MISTER PIP<\/span><\/span>&nbsp;<span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[11],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1699"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1699"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1699\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1707,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1699\/revisions\/1707"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1699"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1699"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lafabriquenarrative.eu\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1699"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}